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AES-CEDEAO : 18 domaines à Dakar, 2 certificats d’origine

Vue aérienne du port de Dakar, point d'entrée des importations maliennes au cœur des négociations AES-CEDEAO

Le 17 octobre 2026 à Dakar, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Confédération des États du Sahel (AES) ont signé un communiqué conjoint, pas un accord. Il crée des groupes de travail chargés de préparer un accord-cadre de coopération dont le projet, porté par la CEDEAO, couvre 18 domaines répartis en cinq pôles, sans liste publique ni calendrier. Après notre article sur les 37 % d’importations du Sahel en jeu dans ces négociations AES-CEDEAO, voici ce qui a été signé et le dossier que personne n’a encore ouvert : deux systèmes de règles d’origine qui s’ignorent.

AES-CEDEAO : un communiqué conjoint, deux signataires, zéro date

Le communiqué final publié par la CEDEAO est daté du seul 17 octobre 2026 et a été mis en ligne le 18. Aucune source consultée ne décrit de séance le 18 octobre. Selon le quotidien sénégalais Le Soleil et Burkina24, les travaux ont été coprésidés par Cheikh Niang, ministre sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, qui préside le Conseil des ministres de la CEDEAO, et Karamoko Jean-Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères, qui préside le Comité ministériel de pilotage de la Confédération.

Le texte ne contient aucun engagement chiffré. Les parties visent un cadre de coopération « équilibré, réaliste » qui préserve les intérêts de leurs peuples. Les groupes de travail thématiques conjoints mèneront des échanges techniques et soumettront leurs résultats aux ministres lors d’une session suivante, dont la date et le lieu « seront fixés ultérieurement », par voie diplomatique. La rencontre est présentée comme le prolongement des consultations de Bamako du 22 mai 2025.

Les « 18 domaines en cinq pôles » ne figurent pas dans le communiqué : c’est le projet interne de la CEDEAO, décrit par l’Agence de presse africaine (APA) le 17 octobre, qui précise que la liste complète n’a « pas encore été rendue publique ». Seuls quatre thèmes sont cités : la libre circulation des personnes et des biens, le commerce, la sécurité et la coopération transfrontalière. Côté AES, leFaso.net rapportait avant Dakar que Karamoko Jean-Marie Traoré évoquait 14 secteurs d’intérêt retenus lors des échanges de Niamey et de Bamako en 2025. Aucune source n’explique le passage de 14 à 18.

« Lignes rouges » : trois versions selon les sources

Ce que l’AES a posé comme non négociable varie selon les comptes rendus de la réunion ministérielle de la Confédération tenue à Ouagadougou le 16 octobre 2026. La dépêche APA du 16 octobre titre sur « trois lignes rouges » mais son texte parle de « priorités » : la souveraineté des trois États, la consolidation de la Confédération et la défense des intérêts des populations. Une seconde dépêche APA, le 17 octobre, retient le respect de la souveraineté, la reconnaissance institutionnelle de la Confédération et la préservation des acquis de l’intégration régionale.

La troisième version est la plus précise : le communiqué final de Ouagadougou, « fait à Ouagadougou, le 16 octobre 2026 », reproduit par le journal malien L’Aube et Bamada.net, qualifie de « lignes rouges non négociables » quatre sujets, « la libre circulation, le commerce, la sécurité et la protection des ressortissants ». Il exige « la reconnaissance de la personnalité juridique et institutionnelle de la Confédération » et confie la négociation à « une délégation unique, coordonnée et solidaire » parlant « d’une seule voix au nom des trois États ».

La CEDEAO est arrivée avec la même discipline. Lors de la consultation des ministres des Affaires étrangères tenue à Dakar le 16 octobre, le président de la Commission, le général Birame Diop, a demandé un mandat clair de défense des intérêts communautaires, et Cheikh Niang a appelé les États membres à négocier en bloc et à s’abstenir de tout accord bilatéral avec les pays sahéliens, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS). Le médiateur en chef de la CEDEAO auprès de l’AES, Lansana Kouyaté, a résumé l’esprit : « Une négociation réussie n’est pas celle où une partie l’emporte sur l’autre. » Chaque bloc interdit donc à ses membres de négocier séparément ; la reconnaissance d’entité à entité réclamée par l’AES, elle, n’apparaît pas explicitement dans le communiqué conjoint.

Règles d’origine : le risque de la double certification

C’est le dossier que le communiqué ne nomme pas et que les exportateurs vivront en premier. Le Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO (SLEC) exonère de droits de douane les produits du cru, l’artisanat et les produits industriels agréés. Pour ces derniers, le protocole A/P1/1/03 de 2003 fixe trois critères non cumulatifs : au moins 60 % de matières premières communautaires en quantité, un changement de position tarifaire, ou au moins 30 % de valeur ajoutée dans le prix de revient départ usine hors taxes. Un certificat d’origine, délivré par l’État membre, atteste cette qualité. Depuis le retrait des trois États sahéliens, effectif le 29 janvier 2025, le statut de leurs entreprises agréées dépend de ce que l’accord-cadre dira.

Or l’AES construit en parallèle son propre système, et elle va plus vite. Selon Faso7, la cinquième réunion des directeurs généraux des douanes de la Confédération, à laquelle participait l’Office togolais des recettes, s’est achevée à Ouagadougou le 16 octobre 2026, la veille de Dakar, sur un avant-projet de décision instituant un régime tarifaire préférentiel confédéral et fixant ses propres règles d’origine, avec des certificats sécurisés par code QR. Les États doivent transmettre les listes d’entreprises pour un code d’identifiant régional au plus tard le 1er janvier 2027, et la prochaine réunion des douanes est déjà fixée à octobre 2027 à Niamey. Le dialogue avec la CEDEAO, lui, n’a aucune date.

L’accord-cadre devra donc dire si un produit agréé à Dakar l’est aussi à Ouagadougou, et inversement. Sans reconnaissance mutuelle des certificats, un industriel de Bobo-Dioulasso qui vend à Abidjan et un transformateur de Thiès qui vend à Bamako devront faire certifier leurs produits deux fois, selon deux grilles de critères. C’est l’analyse de la rédaction : aucune des deux organisations n’a encore évoqué publiquement cette articulation.

Deux calendriers, un seul test

Les douanes de l’AES ont fixé leurs échéances jusqu’en octobre 2027 ; les groupes de travail AES-CEDEAO n’ont pas encore de première réunion. Entre les deux, le flou se paie déjà sur les corridors : NotreAfrik a décrit les 5 396 camions-citernes escortés en un mois vers Bamako et le tracé de la frontière Côte d’Ivoire-Mali adopté en août 2026, deux dossiers où libre circulation, transit et sécurité ne font qu’un, comme le montrait déjà notre dossier le jour où l’Afrique a regardé ses frontières. Le financement d’une coopération sécuritaire n’apparaît dans aucune source publique sur Dakar. Ce sont les certificats d’origine et les files de camions qui, les premiers, diront si le « cadre équilibré et réaliste » existe autrement que sur le papier.

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