Le Kenya compte huit cas confirmés d’Ebola au 18 octobre 2026, dont un décès, tous rattachés à un seul patient arrivé de République démocratique du Congo (RDC) le 3 octobre. Quatre des sept contaminations secondaires touchent du personnel hospitalier : trois soignants et un agent de service. L’épisode d’Ebola au Kenya met à l’épreuve la protection des équipes de première ligne et une riposte chiffrée à plus de 70 milliards de shillings, financée à plus de 95 % par l’extérieur.
Quatre cas le 17 octobre, un huitième le 18
Le samedi 17 octobre 2026, le ministère kényan de la Santé a annoncé quatre nouvelles infections par le virus Bundibugyo, l’une des souches d’Ebola, portant le bilan à sept cas. Il s’agit de trois soignants ayant pris en charge le premier patient et d’un membre de sa famille, tous déjà en quarantaine lorsque la fièvre est apparue. Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) ont confirmé le même jour que 128 des 130 contacts identifiés, soit 98,5 %, étaient placés en quarantaine, deux restant à localiser.
Le dimanche 18 octobre, le directeur général de la Santé, Patrick Amoth, a signalé sur Citizen TV un huitième cas parmi 38 personnes testées : un homme de 49 ans, agent hospitalier chargé des ustensiles et du linge, exposé au premier malade. Le ministère précise qu’il n’est pas un professionnel de santé. Aucun nouveau cas n’avait été annoncé au 20 octobre dans les sources consultées, et la secrétaire principale à la Santé publique, Mary Muthoni, répète qu’il n’existe « aucune preuve de transmission communautaire ».
Ebola au Kenya : une seule chaîne de transmission
Le patient zéro est un Kényan qui vivait en RDC depuis plusieurs années. Malade depuis des semaines, il a rejoint Kampala par la route, puis Nairobi par avion le 3 octobre 2026, avant d’être admis dans un hôpital privé de la capitale, où il est mort le 5 octobre. Sa confirmation, le 6 octobre, constituait le premier cas d’Ebola jamais enregistré au Kenya, avec 57 contacts alors recherchés.
Les cas suivants sont tous issus de son entourage immédiat ou de l’équipe qui l’a soigné : deux proches parents, un homme de 39 ans et une femme de 65 ans, confirmés entre le 14 et le 16 octobre, puis les cinq cas des 17 et 18 octobre. Cette concentration dans les cercles déjà surveillés est, pour les autorités, la preuve que le traçage fonctionne. Elle rappelle aussi que la fenêtre la plus dangereuse se situe dans les heures qui suivent l’admission, avant le diagnostic, quand le malade est au plus contagieux et que les précautions ne sont pas encore renforcées.
Les soignants, maillon exposé de la riposte
Le Syndicat des médecins, pharmaciens et dentistes du Kenya (KMPDU) réclame des équipements de protection individuelle (EPI) de qualité dans tous les comtés, et pas seulement dans ceux classés à haut risque. « Sans EPI et sans couverture santé pour les agents, on ne peut pas leur demander d’être en première ligne », a déclaré son secrétaire général, Davji Atellah, le 18 octobre 2026, selon Citizen Digital. Le syndicat demande à chaque médecin de recenser les EPI, les unités d’isolement et les médicaments disponibles dans son établissement.
Selon le même média, huit contacts supplémentaires ont été identifiés le 18 octobre, dont sept soignants ayant approché le premier patient. Aucun préavis de grève lié à Ebola n’a été déposé. Le ministère répond avoir formé plus de 4 900 agents de santé à la prise en charge de la maladie. Les circonstances exactes de la contamination des trois soignants ne sont pas rendues publiques : rien ne permet, à ce stade, d’imputer ces cas à un défaut précis d’équipement ou à une faute individuelle.
Une riposte de 70 milliards de shillings financée à 96 % par l’extérieur
Le 6 octobre 2026, le gouvernement a annoncé mobiliser « plus de 70 milliards de shillings », selon Citizen Digital. Le détail donne 2,6 milliards de shillings du Trésor national, déjà constitués en fonds d’atténuation, 21 milliards attendus des États-Unis et 51,8 milliards demandés à la Banque mondiale au titre de son option de réponse rapide. La somme fait 75,4 milliards, et seule la première enveloppe est acquise : la part nationale représente moins de 4 % de l’ensemble.
La dépendance a un versant politique. L’enveloppe américaine est liée à une unité de bio-isolement de 50 lits sur la base de Laikipia, dont l’installation a été suspendue par la justice kényane. Des dons ponctuels s’ajoutent, dont 130 millions de shillings de la Chine et 83,4 millions de shillings de fournitures indiennes, selon la presse kényane. En RDC, où les fonds de la riposte sont contestés, Africa CDC signale plus de 700 millions de dollars de financements non justifiés, sans parler de détournement.
Nairobi, hub aérien sous surveillance
Le patient zéro est arrivé par un vol régional Entebbe-Nairobi et a franchi les contrôles de l’aéroport international Jomo Kenyatta, première plateforme d’Afrique de l’Est. Conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Kenya n’impose aucune restriction de voyage ni de commerce. Aucun vaccin ni traitement n’est homologué contre le virus Bundibugyo ; un premier candidat vaccin de l’université d’Oxford est en essai de phase I depuis juillet 2026.
La source reste l’épidémie congolaise, déclarée en mai : plus de 9 400 cas et plus de 4 500 décès à la mi-octobre, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), avec une huitième province touchée, le Nord-Ubangi. L’Ouganda, qui a compté 20 cas, a été déclaré libre d’Ebola en août. Au Nord-Kivu, MSF a déployé une équipe mobile dès le 6 octobre. Pour le Kenya, la fin de l’épidémie ne pourra être déclarée que 42 jours après le dernier cas, soit au plus tôt fin novembre 2026 si aucune nouvelle infection n’apparaît. D’ici là, chaque cas hors des quarantaines changerait l’équation pour le tourisme, le transit aérien et des finances publiques déjà sous tension.








