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PLF 2027 au Maroc : déficit à 3 %, un budget hérité

Le Parlement marocain à Rabat, où sera déposé le PLF 2027 du Maroc

Le roi Mohammed VI a présidé le samedi 17 octobre 2026, au Palais royal de Rabat, le premier Conseil des ministres du Maroc du nouveau gouvernement, consacré aux orientations générales du projet de loi de finances (PLF) 2027. Le cap : un déficit budgétaire ramené à 3 % du produit intérieur brut (PIB) et environ 25 milliards de dirhams, près de 2,3 milliards d’euros, pour les programmes territoriaux. Mais l’essentiel de l’architecture budgétaire a été fixé par l’équipe sortante, et le Conseil n’a pas « adopté » le texte : conformément à l’article 49 de la Constitution, il a délibéré de ses orientations.

PLF 2027 au Maroc : un calendrier qui dit tout

Le Parti authenticité et modernité (PAM) est arrivé en tête des législatives du 23 septembre 2026, avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (66 sièges) et le Parti de l’Istiqlal (65 sièges). Le roi a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri, secrétaire générale du PAM, cheffe du gouvernement le 29 septembre, première femme à occuper cette fonction. Son équipe de 32 membres a été nommée le 16 octobre, selon Médias24, sur une coalition PAM, Istiqlal, Union socialiste des forces populaires et Parti du progrès et du socialisme, totalisant 207 sièges. Le RNI de l’ancien chef du gouvernement Aziz Akhannouch passe dans l’opposition.

Le lendemain de sa nomination, le gouvernement se retrouvait donc devant le souverain pour présenter un budget. L’exposé a été fait par Fouzi Lekjaa, désormais ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, après avoir été ministre délégué chargé du Budget dans l’équipe précédente. La cheffe du gouvernement doit présenter son programme le lundi 19 octobre 2026 devant les deux chambres réunies, selon l’agence APA.

Cinq priorités, peu de montants

Le communiqué officiel, relayé par la presse marocaine, fixe cinq axes : restaurer le pouvoir d’achat et consolider un « État social » durable ; intégrer les jeunes par l’éducation, la formation et l’emploi, via un programme national 2027-2031 ; accélérer la régionalisation avancée ; renforcer la souveraineté hydrique, énergétique, alimentaire et numérique ; bâtir une économie capable de financer ces ambitions. Côté chiffres, le texte en avance trois : une croissance attendue à 4,7 % à la fin de 2026, une inflation contenue à 0,7 % et un déficit ramené à 3 % du PIB. Le seul montant sectoriel concerne les programmes de développement territorial intégré, dotés d’environ 25 milliards de dirhams.

Le quotidien Le Matin souligne que les mesures concrètes, les crédits et leurs modalités ne seront précisés que dans le projet de loi lui-même, attendu au Parlement dans les prochains jours. À ce stade, aucun chiffre officiel n’est publié sur le total des recettes, la masse salariale, les dépenses d’investissement du budget général, le coût du Mondial 2030 ou le nombre de postes créés. Une annonce de revalorisation sociale ne suffit pas à connaître un montant individuel ni une date de versement.

Un cadrage hérité de l’équipe Akhannouch

Ces orientations prolongent un cadrage posé avant le scrutin. Le 22 juillet 2026, la ministre de l’Économie d’alors, Nadia Fettah, avait présenté au Parlement les grandes lignes du PLF 2027, selon Médias24 : croissance de 5,3 % en 2026 et de 4,1 % en 2027, baril de pétrole à 70 dollars, gaz butane à 500 dollars la tonne et récolte céréalière de 70 millions de quintaux. Le 5 août, Aziz Akhannouch a diffusé sa note d’orientation : dette du Trésor autour de 65 % du PIB en 2027, créations de postes limitées aux « besoins effectifs », rationalisation des dépenses de fonctionnement.

Surtout, la note inscrit des engagements lourds. Les accords du dialogue social sur les salaires de la fonction publique et le salaire minimum coûteraient 49,7 milliards de dirhams en 2027. Le soutien aux prix du gaz butane, du blé tendre et du sucre mobilise 13,2 milliards. L’aide sociale directe touche plus de 4 millions de familles pour environ 2,2 milliards de dirhams par mois, soit de l’ordre de 26 milliards par an. Les programmes territoriaux sont programmés à environ 210 milliards sur huit ans, soit environ 26 milliards par an : l’enveloppe de 25 milliards annoncée le 17 octobre correspond à cet ordre de grandeur. L’expert Amine Sami décrit dans Finances News Hebdo un budget au « taux élevé de rigidité ». LeBrief résume : la majorité sortante a fixé le cap, la nouvelle l’exécutera.

Des hypothèses qui bougent déjà

Premier signal : la croissance 2026, annoncée à 5,3 % en juillet, est désormais attendue à 4,7 %, soit 0,6 point de moins. Le Haut-Commissariat au Plan, dans son budget économique exploratoire de juillet 2026, était plus prudent encore : 4,8 % en 2026 et 3 % en 2027, loin des 4,1 % retenus par le gouvernement. Deuxième point de vigilance : l’énergie. Le scénario est bâti sur un baril à 70 dollars, quand le Haut-Commissariat au Plan retenait, sur des données du Fonds monétaire international, un Brent moyen de 78,7 dollars en 2027. Un écart persistant pèserait sur la compensation du butane et sur une balance commerciale dont le déficit s’est creusé de 20,8 % à fin mai 2026.

Troisième enjeu : la dette. Les cibles officielles portent sur la dette du Trésor ; le Haut-Commissariat au Plan estime la dette publique globale, qui inclut la dette garantie des entreprises publiques, à 76,1 % du PIB en 2027. Or près de la moitié de l’investissement public programmé en 2026, environ 380 milliards de dirhams au total, transite par ces entreprises, avec en ligne de mire les chantiers du Mondial 2030. Les recettes offrent un appui : les recettes ordinaires nettes ont progressé de 15,4 % à fin juin 2026, et le déficit était revenu à 3,5 % du PIB en 2025, contre 7,1 % en 2020. L’espace laissé au gouvernement El Mansouri se joue sur des leviers étroits : la réforme des marchés et des prix annoncée pour 2027, le programme jeunesse dont le coût reste inconnu, et la répartition de l’investissement entre État, entreprises publiques et Fonds Mohammed VI. Le dépôt du PLF dira si la nouvelle majorité a pu y imprimer sa marque.

Sources

  • APAnews, « Maroc : Adoption en Conseil des ministres du PLF 2027 », 17 octobre 2026 ; allAfrica (reprise MAP), 17 octobre 2026 ; La Nouvelle Tribune, 17 octobre 2026.
  • Le Matin, « PLF 2027 : voici les orientations générales validées par S.M. le Roi », 17 octobre 2026 ; Le Matin, 6 août 2026.
  • Médias24, composition du gouvernement, 16 octobre 2026 ; Médias24, 23 juillet 2026 ; LeBrief, 6 août 2026.
  • Finances News Hebdo, 17 août et 1er septembre 2026.
  • Haut-Commissariat au Plan, « Budget économique exploratoire 2027 », juillet 2026.

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