Le 15 octobre 2026, la chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ramené à 4 ans et 8 mois de prison la peine de Mohamed Diané, ancien ministre guinéen de la Défense sous Alpha Condé. Relaxé du détournement de deniers publics, il reste condamné pour enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, avec 3 milliards de francs guinéens (GNF) d’amende et 300 milliards GNF de dommages et intérêts au profit de l’État, contre 500 milliards en première instance. Le parquet annonce un pourvoi en cassation. Reste la question que les montants n’épuisent pas : condamner n’est pas recouvrer.
Mohamed Diané : ce que la cour d’appel a décidé
Selon Guinee360, la chambre des appels a infirmé le jugement sur le chef de détournement de deniers publics, estimant les preuves matérielles insuffisantes, et confirmé les condamnations pour enrichissement illicite et blanchiment. Le raisonnement rapporté par la presse guinéenne et par Africa Radio : les revenus d’un ministre ne permettaient pas de justifier les biens identifiés à son nom, et l’intéressé n’a pas apporté la preuve de l’origine licite de l’ensemble de son patrimoine. L’amende de 3 milliards GNF représente environ 300 000 euros selon RFI ; les 300 milliards de dommages et intérêts, environ 30 millions d’euros selon Africa Radio. Le texte intégral de l’arrêt n’a pas été obtenu, et les articles consultés ne précisent pas le sort réservé en appel aux confiscations ordonnées en 2024.
Le parquet spécial avait requis le 23 juillet 2026 dix ans de prison, 50 milliards GNF d’amende et la confiscation de l’ensemble des biens attribués à l’ancien ministre, y compris ceux enregistrés au nom de tiers. La cour n’a suivi ces réquisitions ni sur la peine ni sur l’amende. Le procureur spécial Alphonse Charles Wright a annoncé un pourvoi devant la Cour suprême, estimant que l’arrêt mérite un nouvel examen. Tant que ce recours n’est pas tranché, la décision n’est pas définitive.
De la première instance à l’appel
Le 18 décembre 2024, la CRIEF avait condamné Mohamed Diané à cinq ans de prison ferme pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment, avec 5 milliards GNF d’amende, 500 milliards de dommages et intérêts et la confiscation d’une large part de ses biens, dont des immeubles à Kankan et à Conakry. Sans attendre l’arrêt d’appel, l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués avait annoncé en mai 2025 la vente aux enchères d’immeubles saisis ; l’un des avocats de l’ancien ministre avait alors averti les acheteurs du risque juridique, des tiers revendiquant certains biens. Les sources consultées ne disent pas ce que cette vente a rapporté.
Mohamed Diané est en détention depuis 2022. Son avocat Sidiki Bérété, cité par Africa Radio, a salué la réduction de peine et estime qu’il reste à son client environ un mois et demi à purger ; Guinee360 parle de deux mois, et les dates de début de détention divergent selon les comptes rendus. Aucune date de sortie ne peut être tenue pour acquise. Le 22 janvier 2026, l’ancien ministre avait déclaré à la barre que « quatre-vingts pour cent des biens qui me sont attribués ne sont pas les miens ».
La CRIEF, machine à recouvrer ?
La CRIEF a été créée par les autorités de transition après le coup d’État du 5 septembre 2021 pour juger les crimes économiques et financiers. Selon Africa Radio, environ 180 hauts responsables de l’ancien régime sont visés par ses procédures. Le 26 novembre 2025, le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, affirmait que la juridiction avait traité plus de 226 dossiers et recouvré 160 milliards GNF. D’autres chiffres officiels donnent une image plus modeste : le 19 décembre 2025, l’Agent judiciaire de l’État, Mohamed Sampil, présentait pour 2025 des recouvrements de 12,79 milliards GNF, 1,1 million d’euros et 239 000 dollars, tous périmètres confondus, et 119 procédures en cours devant la CRIEF.
Mis côte à côte, ces chiffres sont parlants. Les 300 milliards GNF accordés dans cette seule affaire, déjà réduits de 200 milliards en appel, représentent près du double des 160 milliards présentés comme recouvrés par l’ensemble de la juridiction depuis sa création. Entre les condamnations prononcées, les sommes réellement encaissées et les biens vendus, il n’existe à ce jour aucun tableau public consolidé. Une condamnation financière et son recouvrement sont deux étapes qu’un suivi doit distinguer.
Une justice sous pression
L’affaire montre aussi les fragilités de la procédure. Dès décembre 2024, le collectif d’avocats de Mohamed Diané dénonçait un « procès politique et expéditif », invoquant une décision de la Cour de justice de la CEDEAO d’octobre 2023 qui aurait constaté une détention arbitraire ; son contenu n’a pas pu être vérifié dans une source primaire. Dans son bilan de 2025, Guinéenews décrit des renvois en série et des chambres incomplètes. Plusieurs anciens dignitaires ont été libérés sous contrôle judiciaire après de longues détentions, et la peine de l’ancien Premier ministre Kassory Fofana a elle aussi été réduite en appel.
Le contexte politique pèse sur la lecture de ces dossiers. Le général Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par le coup d’État de 2021, a été élu président le 28 décembre 2025 avec 86,72 % des voix, un résultat validé par la Cour suprême le 4 janvier 2026, dans un scrutin dont plusieurs figures de l’opposition étaient exclues. L’arrêt du 15 octobre peut se lire de deux façons : le signe d’une cour d’appel qui exerce un contrôle réel, puisqu’elle a écarté un chef d’accusation et réduit la réparation ; ou la confirmation que le recouvrement repose désormais surtout sur l’enrichissement illicite, infraction qui oblige le prévenu à justifier l’origine de ses biens. La Cour suprême aura le dernier mot sur le droit. La réussite de cette politique, elle, se mesurera aux sommes que l’État encaissera réellement.
Sources
- Guinee360, « CRIEF : la peine de Mohamed Diané ramenée à 4 ans et 8 mois en appel », 15 octobre 2026 ; Guinee360, 23 juillet 2026.
- Africa Radio, 16 octobre 2026 ; RFI via allAfrica, 16 octobre 2026 ; Guinéenews, 15 octobre 2026, 30 juillet 2026, 22 janvier 2026 et 5 janvier 2026.
- APA News, 18 décembre 2024 ; Guinéenews, 19 décembre 2024, 26 et 27 mai 2025.
- Mosaiqueguinee, novembre 2025 (bilan du porte-parole du gouvernement) ; Mediaguinee, décembre 2025 (Agent judiciaire de l’État).
- Burkina24, « Mamady Doumbouya confirmé président », 5 janvier 2026.








