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Julius Nyerere : 27 ans après, un héritage encore disputé

Portrait en noir et blanc de Julius Nyerere, souriant, en veste à col montant, en 1975

Le 14 octobre 2026 marquait le 27e anniversaire de la mort de Julius Nyerere, survenue le 14 octobre 1999 à Londres. Premier président de la Tanzanie, figure de l’unité africaine, le « Mwalimu » (« l’enseignant » en swahili) laisse un héritage politique largement salué et un bilan économique beaucoup plus disputé : selon la Banque mondiale, citée par l’économiste Sebastian Edwards, le produit national brut (PNB) nominal par habitant est tombé de 180 à 100 dollars entre 1976 et 1991.

Né en 1922 à Butiama, Nyerere prend en 1954 la tête de l’Union nationale africaine du Tanganyika (TANU). Il conduit le Tanganyika à l’indépendance le 9 décembre 1961, en devient président en 1962, puis dirige la République-Unie de Tanzanie née en 1964 de l’union avec Zanzibar. Il quitte volontairement la présidence en 1985.

Julius Nyerere, bâtisseur de l’unité africaine

Sur le plan continental, son rôle fait consensus. Nyerere compte parmi les fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963. Son pays sert de base arrière aux mouvements de libération d’Afrique australe, notamment en Angola, au Mozambique et en Afrique du Sud, rappelle South African History Online. « Dès que le Tanganyika a obtenu son indépendance en 1961, Nyerere a affirmé que celle-ci n’aurait aucun sens tant qu’un seul centimètre carré de l’Afrique resterait sous domination coloniale », rappelle l’universitaire Sabatho Nyamsenda, de l’université de Dar es Salaam, interrogé par l’agence Anadolu le 14 octobre 2026.

À l’intérieur, sa politique d’unité nationale, appuyée notamment sur le swahili, reste l’un des acquis les plus cités. « Nyerere a défendu l’idée que nous étions tous Tanzaniens sans nier nos différences », souligne le journaliste tanzanien Hamisi Iddi Hamisi, également cité par Anadolu.

Ujamaa : le pari économique en procès

Le versant économique est plus sévèrement jugé. La déclaration d’Arusha de 1967 fait du socialisme africain, l’Ujamaa (« famille » en swahili), et de l’autonomie la doctrine de l’État. Banques, assurances et grandes entreprises sont nationalisées. Le cœur du projet est rural : regrouper les paysans dans des villages collectifs. Face aux résistances, le gouvernement passe en 1974-1975 à une villagisation forcée, selon Edwards, dans une étude publiée en 2012 par le National Bureau of Economic Research (NBER). Selon Edwards, plus de douze millions de paysans ont été contraints de quitter leurs terres.

Les indicateurs réunis par l’économiste sont sévères. L’investissement agricole réel recule de 37 % entre 1976 et 1981. La prime du dollar sur le marché noir atteint 368 % en octobre 1982. Le revenu par habitant, mesuré en parité de pouvoir d’achat, baisse d’environ 15 % entre 1976 et 1991 et ne retrouve son niveau de 1976 qu’en 2000. Edwards souligne aussi le poids des facteurs extérieurs, dont l’aide internationale, et une sécheresse en 1973-1974. Le tournant intervient en 1986, après le départ de Nyerere de la présidence : un programme avec le Fonds monétaire international (FMI) s’accompagne d’une forte dévaluation du shilling.

Les défenseurs de Nyerere mettent en avant les progrès de la scolarisation et de l’alphabétisation dans les années 1970. Ces chiffres, souvent cités, n’ont pas pu être vérifiés sur une source statistique primaire pour cet article.

Un héritage disputé dans la Tanzanie de 2026

La Tanzanie d’aujourd’hui a abandonné le modèle d’Arusha tout en revendiquant son auteur. Le barrage hydroélectrique Julius Nyerere, d’une capacité de 2 115 mégawatts, sur le fleuve Rufiji, porte son nom.

L’héritage politique est, lui, invoqué par tous les camps. Lors des élections générales d’octobre 2025, la présidente Samia Suluhu Hassan a été déclarée élue avec 97,66 % des voix ; le principal parti d’opposition, Chadema, avait été écarté du scrutin en avril 2025 par la commission électorale pour ne pas avoir signé le code de conduite électoral. Son président, Tundu Lissu, est poursuivi pour trahison en raison de propos tenus le 3 avril 2025 . Le 21 août 2026, la Haute Cour de Tanzanie a estimé qu’il avait à présenter sa défense, une étape qui ne vaut pas condamnation, selon le quotidien The Citizen. Le procès est en cours et Tundu Lissu reste présumé innocent.

Vingt-sept ans après sa mort, Nyerere demeure ainsi une référence partagée, dont chacun revendique une part de l’héritage. Ses choix économiques et son système de parti unique continuent, eux, de nourrir le débat.

Sources

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