La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a inauguré le samedi 22 août 2026 la centrale hydroélectrique Julius Nyerere, d’une capacité installée de 2 115 mégawatts — le plus grand barrage du genre en Afrique de l’Est.
Construit sur le fleuve Rufiji par un consortium égyptien pour environ 2,9 milliards de dollars, financés sur ressources publiques tanzaniennes, l’ouvrage fournissait déjà, au 31 mai 2026, près de 45 % de l’électricité injectée sur le réseau national au cours des douze mois précédents.
Un chantier confié à l’Égypte
La cérémonie s’est tenue dans le district de Rufiji, au sud-ouest de Dar es-Salaam, en présence du Premier ministre égyptien Mostafa Madbouly, venu représenter le président Abdel Fattah al-Sissi. Cette présence n’a rien d’anodin : le contrat, attribué en décembre 2018, a été exécuté par le consortium égyptien formé d’Arab Contractors et d’Elsewedy Electric, familier des grands chantiers hydrauliques du bassin du Nil.
Les travaux, lancés en juin 2019, se sont achevés en mars 2025. L’inauguration formelle intervient après plusieurs mois d’exploitation progressive des neuf turbines de 235 mégawatts chacune, fournies par le chinois Dongfang Electric. Le chantier a employé environ 14 000 travailleurs locaux.
L’ouvrage est un barrage-poids en béton compacté au rouleau, haut de 131 mètres et long d’environ 1 025 mètres en crête, doté d’un évacuateur de crues à sept vannes radiales. Son réservoir — 33 milliards de mètres cubes selon le ministre de l’Énergie, 34 milliards selon plusieurs médias — constitue désormais la quatrième plus grande étendue d’eau du pays, derrière les lacs Victoria, Tanganyika et Nyasa.
Un financement intégralement domestique
Le coût, d’environ 7,45 billions de shillings tanzaniens — autour de 2,9 milliards de dollars —, a été financé intégralement par l’État, sans recours aux prêts concessionnels des bailleurs multilatéraux.
Ce choix traduit la volonté de Dodoma de garder le contrôle d’un actif jugé stratégique. Il a un coût : l’enveloppe a progressé en cours de route, de 6,56 billions de shillings au lancement à 7,45 billions aujourd’hui.
Cette approche tranche avec celle d’autres pays du continent, où les grands ouvrages énergétiques s’adossent à des financements liés — comme le prêt coréen de 170 millions de dollars que la Tanzanie vient par ailleurs de contracter pour une école d’intelligence artificielle.
Le barrage Nyerere fait basculer le mix électrique
L’impact sur le système électrique est massif. La centrale porte la capacité installée du pays à environ 4 646 mégawatts, soit une augmentation de l’ordre de 80 %.
Une précision s’impose ici, car une formulation inexacte circule : le barrage ne « double » pas la capacité nationale. Il l’augmente de quelque 80 %, ce qui est déjà considérable, mais ce n’est pas la même chose.
Le mix s’en trouve transformé. Dominé en 2023 par le gaz naturel — environ 70 %, contre 25 % pour l’hydroélectricité —, il a vu la part des énergies renouvelables grimper à 51 % de la production nationale dès 2024, selon l’institut national de la statistique.
La présidente Hassan a souligné que l’ouvrage avait contribué à résorber le déficit de production à l’origine des délestages des années précédentes. Elle a aussitôt prévenu que les réserves actuelles pourraient ne pas suffire face à la croissance de la demande, justifiant la poursuite des investissements dans le solaire et l’éolien.
Un accès à l’électricité qui progresse vite, sans suffire
La Tanzanie affiche l’une des progressions d’accès à l’électricité les plus rapides du continent : d’environ 14 % de la population en 2011 à 46 % en 2022, selon la Banque mondiale.
Ce taux reste néanmoins en deçà des besoins d’une économie qui s’industrialise. Plus de la moitié des Tanzaniens n’ont toujours pas accès au réseau.
L’excédent attendu ouvre par ailleurs la perspective d’exportations d’électricité vers les voisins, dans une Afrique de l’Est qui interconnecte progressivement ses réseaux.
Un ouvrage qui reste contesté
Le barrage est édifié dans les gorges de Stiegler, au cœur de l’ancienne réserve de gisement de Selous, site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Les instances de l’organisation avaient exprimé de vives préoccupations sur l’impact écologique de l’ouvrage : modification du régime hydrologique du Rufiji, effets sur le delta et sur la biodiversité en aval. Les autorités tanzaniennes ont constamment défendu l’arbitrage en faveur du développement énergétique.
Six ans après le début des travaux, l’inauguration referme le débat politique intérieur. Elle n’éteint pas la question du suivi environnemental de long terme, qui accompagnera l’exploitation de l’ouvrage pendant des décennies.




