En 2025, les trois consulats de France en Algérie ont refusé 72 740 demandes de visa de court séjour, soit un taux de non-délivrance de 28,5 %, contre 29 175 refus et 10 % au Maroc, selon le fichier consulaire publié le 28 mai 2026 par la Commission européenne. Pour un demandeur de visa France Algérie, le risque de refus est ainsi près de trois fois supérieur à celui d’un dossier déposé à Rabat ou Casablanca. À 90 euros le dossier, non remboursés, les refus représentent jusqu’à 6,5 millions d’euros versés sans visa en retour.
Trois consulats, trois taux : Alger 24,6 %, Annaba 28,3 %, Oran 38,5 %
Les données de la direction générale de la Migration et des Affaires intérieures de la Commission européenne (DG HOME) détaillent chaque poste. En 2025, Alger a enregistré 141 885 demandes de visa uniforme, en a délivré 105 452 et en a refusé 34 425, soit 24,6 % des décisions. Annaba compte 57 130 demandes, 42 711 visas et 16 842 refus (28,3 %). Oran affiche le taux le plus élevé : 49 666 demandes, 34 277 visas et 21 473 refus, soit 38,5 %.
Au total, la France a reçu 248 681 demandes en Algérie et délivré 182 440 visas uniformes, auxquels s’ajoutent 100 visas à validité territoriale limitée. Le taux de 28,5 % rapporte les refus à l’ensemble des décisions rendues, selon la méthode de la Commission ; rapporté aux demandes enregistrées, il monte à 29,3 %, chiffre repris par la presse algérienne. La catégorie « non délivrés » inclut les refus proprement dits et quelques dossiers dont l’examen a été interrompu.
Visa France Algérie : 2,9 fois le taux marocain, 2,5 fois les refus
Au Maroc, les consulats de Rabat et de Casablanca ont traité 295 272 demandes françaises, délivré 263 561 visas et refusé 29 175 dossiers : 10,8 % à Rabat, 8,7 % à Casablanca, 10 % en moyenne. Le rapport entre les taux algérien et marocain est de 2,9 ; en nombre de refus, il n’est que de 2,5, car les Marocains déposent 46 600 dossiers de plus que les Algériens auprès de la France. En Tunisie, le consulat de Tunis a refusé 17 865 demandes sur 116 833, soit 15,4 %.
L’écart se lit aussi dans la nature des visas accordés. Les visas à entrées multiples représentent 27 % des visas délivrés par la France en Algérie, contre 56 % au Maroc et 43 % en Tunisie. Pour une famille qui organise des visites répétées, un visa à entrée unique signifie un nouveau dossier, un nouveau rendez-vous et de nouveaux frais à chaque voyage. Tous États Schengen confondus, le taux de refus atteint 31 % pour les demandeurs algériens, selon le communiqué de la Commission.
Au sud du Sahara, Dakar à 46 % de refus
Le cas algérien reste en deçà de plusieurs postes français d’Afrique subsaharienne. À Dakar, la France a refusé 16 513 des 35 242 demandes de 2025, soit 46 % des décisions. À Abidjan, 20 118 refus pour 65 416 demandes, soit 30,3 % ; à Douala, 6 770 refus pour 18 599 demandes, soit 36,7 %. Ces taux reflètent des critères officiels, garanties de retour, ressources, historique de voyage, et une appréciation du « risque migratoire » dont les grilles ne sont pas publiées.
Le volume change l’échelle du problème : les trois postes algériens à eux seuls produisent plus de refus (72 740) que Dakar, Abidjan, Douala et Tunis réunis (61 266). La question des frontières et de la mobilité se joue, pour le Maghreb, d’abord au guichet français : la France reçoit environ 60 % des demandes algériennes de visa Schengen, selon le site Visas et Voyages Algérie.
Jusqu’à 6,5 millions d’euros de frais sans visa en retour
Les frais de visa Schengen sont fixés à 90 euros par adulte depuis le 11 juin 2024, contre 80 euros auparavant, et ne sont pas remboursés en cas de refus, comme le rappelle le portail France-Visas. Les enfants de 6 à 12 ans paient un tarif réduit et certaines catégories en sont exemptées : le calcul refus × 90 euros donne donc un plafond. Pour l’Algérie, il atteint 6,5 millions d’euros en 2025 ; 2,6 millions pour le Maroc, 1,6 million pour la Tunisie, 1,5 million pour le Sénégal, hors frais de service des prestataires privés et déplacements vers les centres de dépôt.
À l’échelle mondiale, le collectif de recherche LAGO, fondé par Marta Foresti, chercheuse invitée à l’institut ODI Global, chiffre à 157,1 millions d’euros le coût des visas Schengen refusés en 2025, contre 145,1 millions en 2024. L’Afrique et l’Asie en supportent 90 % ; un tiers provient de quatre pays, la Turquie, l’Algérie, l’Inde et le Maroc. Ces sommes couvrent l’instruction du dossier, qu’il aboutisse ou non, ce que le code des visas assume.
Le guichet et la crise entre Paris et Alger
Le taux de 2025 enregistre une année de relation dégradée. Le soutien de Paris au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, en juillet 2024, puis les expulsions croisées de diplomates au printemps 2025, ont gelé la coopération, y compris sur les laissez-passer consulaires nécessaires aux éloignements. Le 30 octobre 2025, l’Assemblée nationale a adopté à une voix près une résolution, sans portée contraignante, appelant à dénoncer l’accord franco-algérien de 1968, un texte qui régit le séjour, pas les visas de court séjour, du ressort du droit européen. La France avait déjà mis fin à l’exemption de visa des diplomates algériens à l’été 2025.
Un dégel s’est amorcé en 2026 : visite du ministre français de l’Intérieur à Alger en février 2026, reprise des reconduites au printemps et annonce, le 2 juin 2026, de la réouverture du dossier de l’accord de 1968, selon le ministère. Paris conditionne tout assouplissement consulaire à la coopération d’Alger sur les réadmissions. Les statistiques 2026, attendues au printemps 2027, diront si ce dégel se lit au guichet. D’ici là, un demandeur algérien doit compter, en moyenne, sur près d’un refus pour trois dossiers et, le plus souvent, sur un visa à entrée unique.








