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Pétrole en Angola : 100 blocs et des concessions en 3 mois

Siège de Sonangol à Luanda, compagnie nationale du pétrole en Angola

L’Agence nationale du pétrole, du gaz et des biocarburants (ANPG) d’Angola veut abandonner les cycles pluriannuels d’appels d’offres, ouvrir plus de 100 blocs, surtout à terre, et ramener le délai d’attribution des concessions de six à trois mois dès 2027. L’annonce, faite le 14 octobre 2026 au Cap, vise à enrayer le déclin du pétrole en Angola, dont la production est tombée à 1,03 million de barils par jour en 2025 selon le Fonds monétaire international (FMI), alors que le brut assure encore l’essentiel des exportations du pays.

Ce qu’a annoncé l’ANPG le 14 octobre 2026

C’est Alcides Andrade, administrateur de l’ANPG, l’organisme à la fois régulateur et concessionnaire national, qui a détaillé le projet à l’agence Reuters, en marge d’une conférence sur l’énergie au Cap, en Afrique du Sud. Luanda entend mettre en place des concessions d’exploration plus rapides à partir de 2027, dans le cadre d’une stratégie des hydrocarbures sur 25 ans, une fois ce plan adopté avant la fin de 2026. Les termes contractuels varieraient selon le profil de risque : champs marginaux ou matures, blocs terrestres, blocs en eaux profondes.

Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un projet de loi ni d’une révision formelle de la loi des activités pétrolières de 2004. Le texte de référence est la Stratégie des hydrocarbures de l’Angola pour l’amont 2025-2050, publiée par l’ANPG et portée par le ministère des Ressources minérales, du Pétrole et du Gaz (MIREMPET). Elle fixe un objectif d’adjudication en 90 jours et prévoit de réviser les décrets présidentiels n° 86/18 sur les concours publics et n° 249/21 sur l’offre permanente. Aucun communiqué officiel de l’ANPG sur la déclaration du 14 octobre n’avait été publié au 20 octobre 2026.

Pétrole en Angola : une production tombée à 1,03 million de barils

Les chiffres expliquent l’urgence. Selon le communiqué du FMI du 1er mai 2026 concluant la consultation au titre de l’article IV, la production a atteint 1,03 million de barils par jour en 2025, et le FMI n’attend que 1,05 million en 2026 et 2027. La valeur ajoutée du secteur pétrolier a reculé de 5,2 % en 2025. Le FMI situe la chute à près de 40 % depuis 2015, quand le pays extrayait environ 1,7 million de barils par jour, faute de découvertes pour compenser le vieillissement des champs offshore.

C’est ce plafond qui a poussé Luanda hors de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Le 21 décembre 2023, le ministre Diamantino Azevedo a annoncé ce départ, en désaccord avec la baisse du quota angolais pour 2024. Hors de l’OPEP, l’Angola n’a plus de plafond de production, mais le gros du potentiel restant se trouve dans des gisements plus petits, plus risqués ou à terre.

Le 15 octobre 2026, devant l’Assemblée nationale, le président João Lourenço a présenté le cadre actuel comme un acquis : offre permanente de blocs, incitations pour les champs marginaux, régime de contenu local, cadre pour le gaz naturel. Il a fixé l’objectif de maintenir la production au-dessus d’un million de barils par jour.

Un régime d’offre permanente qui existe depuis 2021

La réforme ne part pas de zéro. Le 31 août 2021, le Conseil des ministres a approuvé un régime d’offre permanente, qui permet déjà de proposer des blocs non attribués hors de tout calendrier d’enchères, par appel d’offres, négociation directe ou appel restreint. La nouveauté de 2026 tient donc moins au principe qu’au délai cible et à l’ampleur de l’offre.

Le bilan du système précédent est mitigé. La Stratégie générale d’attribution des concessions 2019-2025, lancée après la création de l’ANPG qui a retiré à Sonangol son rôle de concessionnaire, a abouti à 65 négociations pour un objectif de 50, mais seuls 37 contrats étaient signés fin 2025, selon le rapport de gestion de l’agence. Le plan d’exploration 2020-2025 n’a été exécuté qu’à 59 %. NotreAfrik avait décrit en juillet 2026 ce que l’Algérie pouvait retenir du redressement angolais ; la réforme d’octobre montre que Luanda juge ce redressement inachevé.

Un délai de trois mois au guichet ne supprime pas le temps géologique. Le projet Kaminho, dont TotalEnergies, Petronas et Sonangol ont pris la décision finale d’investissement le 21 mai 2024, ne doit produire qu’en 2028, avec un plateau de 70 000 barils par jour. Le nombre de blocs attribués devra donc être distingué du nombre de projets financés, forés puis mis en exploitation.

Qui capte la rente : État, créanciers, Sonangol

La dépendance de l’Angola au pétrole explique la prudence du gouvernement. D’après les tableaux du FMI, les recettes pétrolières ont représenté 8,5 % du produit intérieur brut (PIB) sur un total de 14,8 % en 2025, soit plus de la moitié des recettes publiques, et les hydrocarbures ont pesé 19,9 points sur 21,6 points de PIB d’exportations de biens, soit environ neuf dollars exportés sur dix. Le déficit budgétaire a atteint 4,1 % du PIB en 2025 et la dette publique 51,3 % du PIB. La Banque mondiale attend 4,3 % de croissance pour l’Afrique subsaharienne en 2026 ; le FMI n’en prévoit que 2,3 % pour l’Angola.

Une partie de cette rente reste gagée. Selon le ministère des Finances, cité par l’Agence Ecofin en juillet 2026, la dette adossée au pétrole, contractée pour l’essentiel auprès de la Chine, est passée de 7,37 milliards de dollars fin 2025 à 6,83 milliards en juin 2026. Ces barils remboursent des prêts et ne rapportent pas de devises fraîches au Trésor, ce qui pousse Luanda à faire venir des opérateurs privés sur les nouveaux blocs.

Sonangol se trouve au centre de ces arbitrages. L’introduction en Bourse de 30 % de son capital, annoncée pour 2022, a été retirée du programme de privatisations qui court jusqu’en 2026 : le 25 février 2026, l’administrateur Baltazar Miguel a invoqué le retard de la réforme des subventions aux carburants et la restructuration en cours. Le 14 octobre 2026, au Cap, l’administrateur exécutif Osvaldo Inácio a réaffirmé l’engagement sans donner de date. La compagnie investit aussi dans l’aval : la raffinerie de Lobito, achevée à environ 26 % pour 1,6 milliard de dollars dépensés, n’entrerait en service qu’en 2029.

Ce qui reste à publier avant 2027

La réforme de l’attribution des blocs est un pari sur le temps : attirer assez vite des capitaux pour enrayer le déclin, avant que la dette, les subventions et la baisse naturelle des champs matures ne réduisent encore la marge de l’État. Son succès dépendra de l’adoption effective du plan d’ici à la fin de 2026, du point de départ exact des 90 jours, et des conditions fiscales réellement proposées pour les blocs terrestres, que personne n’a encore rendues publiques. Une grille publique des obligations de travaux et des conditions de restitution des permis permettrait de vérifier que la souplesse accordée produit des forages, et non une immobilisation prolongée de titres. Luanda sera jugée sur les puits engagés, pas sur la vitesse des signatures.

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