Le Tchad compte 250 cas confirmés de dengue et 8 décès au 19 octobre 2026, pour plus de 3 000 cas suspects, selon le ministère de la Santé publique et de la Prévention. Détectée en juillet dans le camp de réfugiés de Kounoungou, à l’est, la deuxième épidémie de dengue au Tchad de l’histoire du pays touche désormais cinq provinces et se concentre à N’Djamena. Elle frappe un système de santé dont les ménages financent environ 65 % des dépenses courantes.
De Kounoungou à N’Djamena : la chronologie
Selon la secrétaire d’État à la Santé publique et à la Prévention, Mbaïdédji Dekandji, le virus a d’abord circulé en juillet 2026 dans le camp de Kounoungou, dans la province du Wadi Fira, qui accueille des réfugiés soudanais. Le 3 octobre 2026, le ministère a déclaré l’épidémie en signalant des cas dans le Ouaddaï, le Wadi Fira, le Sila et à N’Djamena. Le 16 octobre, devant les partenaires techniques et financiers, la secrétaire d’État a présenté un bilan arrêté au 8 octobre : 2 929 cas suspects, 213 confirmés par PCR (test de laboratoire par amplification génique) et 7 décès, d’après l’agence Anadolu.
N’Djamena concentrait alors 173 cas confirmés, soit 81 % du total, dans cinq de ses districts sanitaires. Le 19 octobre, en conférence de presse à N’Djamena, le Dr Fissou Henry Yandaï, gestionnaire d’incident de la riposte, a actualisé le bilan à plus de 3 000 cas suspects, 250 confirmés et 8 décès, et ajouté une cinquième province, le Batha, selon Tchadinfos. En onze jours, les cas confirmés ont progressé de 37. Ni le sérotype en circulation ni la répartition hors de la capitale n’ont été publiés.
Le média Alwihda Info décrit des hôpitaux de la capitale « submergés » et, citant des acteurs de terrain, une probable sous-notification, avec des décès survenus hors des structures de santé. Un rapport de terrain de la Fédération internationale de la Croix-Rouge, daté du 15 octobre, signale le même risque de sous-notification, sans avancer de chiffre corrigé. Les bilans officiels doivent donc se lire comme le produit d’un dispositif de détection, dont la couverture reste à mesurer.
Dengue au Tchad : le précédent de 2023
Le pays a connu sa première épidémie de dengue déclarée le 15 août 2023, à partir du district d’Abéché, dans le Ouaddaï. Au 1er octobre 2023, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait 1 342 cas suspects, 41 confirmés et 1 décès dans huit districts de quatre provinces : N’Djamena, Ouaddaï, Sila et Wadi Fira. Le sérotype, inconnu à cette date, a été identifié ensuite comme DENV-1 par séquençage avec l’Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa et Africa CDC.
La géographie de 2026 reprend celle de 2023, à une différence près : l’épicentre n’est plus le Ouaddaï mais la capitale, où le moustique Aedes trouve dans les réserves d’eau domestiques et les flaques de fin de saison des pluies un terrain favorable. À date comparable, le nombre de cas suspects atteint plus du double de celui de 2023. La dynamique est régionale : au Darfour-Nord voisin, 927 cas de dengue ont été enregistrés dans la zone de Tawila depuis septembre, selon Sudan Tribune.
Un système de santé financé à 65 % par les ménages
La riposte s’appuie sur un socle étroit. Selon le bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, les ménages tchadiens ont financé environ 65 % des dépenses courantes de santé entre 2020 et 2022, par paiement direct au moment des soins, l’assurance maladie étant quasi inexistante. Les dépenses de santé représentaient en moyenne 5,3 % du produit intérieur brut sur 2018-2022. La Banque mondiale recense moins d’un médecin pour 10 000 habitants.
Concrètement, une épidémie de dengue, sans traitement spécifique, dont la prise en charge repose sur le suivi clinique et l’hospitalisation des formes graves, se paie d’abord dans le budget des familles. Le diagnostic par PCR dépend, lui, de kits et de réactifs fournis par les partenaires : selon Alwihda Info, l’OMS prévoit d’en doter le ministère et l’UNICEF appuie la sensibilisation. Le coût du plan de riposte, organisé en sept axes (coordination, surveillance, diagnostic, prise en charge, communication, lutte antivectorielle, logistique), n’a pas été rendu public.
L’Est, entre réfugiés et plan humanitaire sous-financé
Le Tchad accueille environ 1,58 million de réfugiés, selon le portail de données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au 5 octobre 2026, pour l’essentiel des Soudanais arrivés depuis avril 2023 dans les trois provinces orientales touchées. Dans l’Est, une personne sur trois est réfugiée, selon une note de plaidoyer des Nations unies d’avril 2026. Le financement du HCR y est déjà en recul.
Pour 2026, le plan de réponse humanitaire requiert 986 millions de dollars ; à la mi-avril, 215 millions avaient été reçus, soit environ 21 %, selon la même note. L’appel de l’UNICEF pour le Tchad ne réserve que 6,3 millions de dollars à la santé. Dans les camps, l’OMS relevait dès 2023 que la densité des abris compliquait la pulvérisation d’insecticide, et que la lutte contre Aedes, qui pique le jour et pond dans les petits contenants, exige des campagnes répétées de porte-à-porte.
Qui paie entre deux crises
Le ministère appelle à éliminer les eaux stagnantes, à se protéger des piqûres et à conduire sans délai tout malade suspect dans un centre de santé. Ces consignes n’auront d’effet que si les districts disposent d’équipes, d’insecticides et de circuits de diagnostic : les documents consultés ne permettent de mesurer ni la couverture des opérations antivectorielles ni les moyens engagés par province. Le Tchad mène en parallèle une riposte au choléra.
Deux épidémies simultanées, un plan humanitaire couvert au cinquième, un système porté aux deux tiers par les ménages : la question dépasse la santé. Elle porte sur qui finance la surveillance et la prévention entre deux crises, dans un pays où le médicament lui-même est un marché à risque, au moment où l’aide extérieure se contracte.








