Pour la première fois depuis plusieurs années, l’Organisation mondiale de la Santé a activé son niveau d’alerte le plus élevé face à une épidémie Ebola qui a déjà traversé les frontières entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda.
C’est une souche particulière du virus qui est en cause : le Bundibugyo, du nom du district ougandais où il avait été identifié pour la première fois en 2007. Moins mortel que la variante Zaïre, taux de létalité d’environ 30 %, il présente une difficulté majeure car il n’existe à ce jour aucun vaccin ni traitement homologué pour le combattre.
Un foyer en Ituri, des cas jusqu’à Kampala et Kinshasa
L’épicentre de l’épidémie se situe dans la province d’Ituri, à l’est de la RD Congo, où 246 cas suspects et 80 décès ont été recensés au 16 mai, pour huit cas confirmés en laboratoire dans les zones de Bunia, Rwampara et Mongbwalu. Mais le virus a depuis débordé les frontières congolaises puisque deux cas ont été confirmés à Kampala, la capitale ougandaise, chez des voyageurs en provenance d’Ituri, dont l’un est décédé. Un troisième cas a également été détecté à Kinshasa.
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La situation est aggravée par plusieurs signaux inquiétants. Au moins quatre membres du personnel soignant sont morts, suggérant des contaminations à l’intérieur même des structures de santé. Sur les treize premiers échantillons analysés, huit se sont révélés positifs, un taux de positivité élevé qui traduit une circulation active du virus. À cela s’ajoutent la forte mobilité des populations dans la région et l’insécurité chronique dans l’est de la RD Congo, qui avait déjà rendu difficile la gestion de l’épidémie Ebola-Zaïre entre 2018 et 2019.
D’après Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, l’épidémie constitue une urgence de santé publique de portée internationale, sans toutefois atteindre le seuil d’une urgence pandémique au sens du Règlement sanitaire international.
Renforcer sans isoler
L’OMS a demandé aux deux pays de mobiliser leurs dispositifs nationaux d’urgence, de densifier la surveillance épidémiologique, de renforcer les laboratoires et d’ouvrir des centres de traitement dédiés. Les cas contacts se voient interdire tout déplacement international, et des contrôles sanitaires sont exigés dans les aéroports et points de départ internationaux.
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L’organisation a en revanche mis en garde contre toute tentation de fermeture des frontières ou de restriction des voyages, qu’elle juge contraire aux données scientifiques. De telles mesures risquent en réalité d’aggraver la propagation en poussant les populations à emprunter des voies non surveillées. Un Comité d’urgence sera prochainement réuni pour préciser les recommandations.