Dans les milieux catholiques, certains fidèles et acteurs religieux redoutent que cette visite de quatre jours ne soit instrumentalisée sur le plan politique, en particulier au profit du chef de l’État, âgé de 93 ans et au pouvoir depuis 1982.
octobre a ravivé de fortes tensions. Les manifestations qui ont suivi ont été violemment réprimées, faisant
«plusieurs dizaines» de morts selon les autorités, sans bilan officiel précis.
Dans ce climat encore tendu, la présence du souverain pontife dans un pays majoritairement chrétien, mais officiellement laïc et multiconfessionnel, est perçue par certains comme un enjeu de légitimation internationale pour le pouvoir en place.
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Des affiches montrant côte à côte le pape et le président camerounais ont d’ailleurs déjà été observées dans plusieurs grandes villes, alimentant les spéculations sur une possible récupération politique de l’événement.
Des voix critiques au sein de l’Église
La visite a également ravivé les divisions au sein de la communauté catholique. Le prêtre jésuite Ludovic Lado, connu pour ses positions critiques, a dénoncé publiquement le risque d’une «validation implicite» du pouvoir, estimant que certains fidèles y voient une forme de caution internationale à un régime contesté.
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Dans une lettre adressée au Vatican, il a exprimé ses réserves avant d’être prié de ne plus s’exprimer sur le sujet, selon ses propres déclarations. Une consigne qui illustre, selon certains observateurs, la volonté du clergé de limiter les tensions internes autour de cette visite sensible.
Une lecture plus nuancée dans une partie du clergé
D’autres voix ecclésiastiques appellent à dissocier la dimension pastorale de toute lecture politique. Dans un pays où plus d’un tiers des près de 30 millions d’habitants sont catholiques, les évêques jouent un rôle social important et interviennent régulièrement dans le débat public.
Le prélat Samuel Kleda a insisté sur la dimension spirituelle de la visite, appelant les fidèles à en faire un moment d’engagement pour la paix et la réconciliation nationale. Il a néanmoins évoqué la situation des personnes détenues à la suite de la crise post-électorale, dont certaines n’ont pas été jugées, notamment dans la région de Douala.
Plusieurs responsables religieux, dont les évêques de Bafoussam, Ngaoundéré et Yagoua, ont également exprimé des positions critiques ces dernières années, certains allant jusqu’à dénoncer la longévité du pouvoir ou à remettre en cause la légitimité du scrutin.
Entre prudence institutionnelle et soutien affiché
Une autre lecture, plus modérée, est portée par certains responsables ecclésiastiques proches de la ligne officielle, comme l’archevêque de Yaoundé Jean Mbarga, qui relativise les tensions internes et insiste sur le caractère pluraliste des débats au sein de l’Église.
Selon lui, la diversité des positions n’implique pas une fracture institutionnelle, mais reflète plutôt la pluralité d’opinions dans une société camerounaise elle-même fortement politisée.
Dans ce contexte, la visite du pape apparaît à la fois comme un événement religieux majeur et un moment politiquement sensible, où se croisent attentes spirituelles, enjeux de légitimité et débats sur la gouvernance du pays.
Notre Afrik avec AFP