Le parquet fédéral éthiopien a engagé des poursuites contre treize personnes, parmi lesquelles plusieurs responsables publics de premier plan, dans une affaire de détournement massif de carburant qui aurait fortement aggravé les pénuries enregistrées ces derniers mois à travers le pays.
Selon les autorités judiciaires, les accusés sont soupçonnés d’avoir organisé un système parallèle de distribution frauduleuse portant sur plus de 70 millions de birrs de carburant, soit environ 248 millions FCFA, en dehors de tout circuit légal.
Cette affaire intervient alors que de nombreuses villes éthiopiennes ont récemment connu de longues files d’attente devant les stations-service, conséquence d’un approvisionnement devenu particulièrement instable.
Des cadres du secteur pétrolier directement visés
Parmi les personnalités poursuivies figurent Esmealem Mihretu, directeur général de l’Entreprise éthiopienne d’approvisionnement en pétrole (EPSE), ainsi que Dibara Fufa, haut responsable au sein de l’Autorité du pétrole et de l’énergie.
Shum-Alem Berhane, également lié à l’EPSE, fait aussi partie des personnes inculpées, aux côtés d’autres acteurs publics et privés. Le parquet estime que ces responsables auraient utilisé leurs fonctions pour contourner les mécanismes de régulation et faciliter des opérations illicites sur le marché des produits pétroliers.
Des pénuries alimentées par le marché noir
Pour la justice éthiopienne, les faits reprochés ne relèvent pas seulement de la corruption financière. Les enquêteurs considèrent que le transfert de carburant vers des circuits clandestins a directement contribué à la rareté de l’essence et du diesel sur le marché intérieur.
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Cette situation aurait désorganisé le quotidien des populations, multiplié les ruptures de stock et fragilisé un secteur stratégique pour l’économie nationale.
Quatre principaux volets d’accusation
Le premier dossier concerne l’acquisition irrégulière de plus de 466 000 litres de diesel blanc, qui auraient été revendus à des sociétés minières avec la complicité de plusieurs responsables. Le préjudice pour l’État est estimé à plus de 8,4 millions de birrs (environ 29,7 millions FCFA).
Le deuxième chef d’accusation porte sur une entente présumée ayant permis la sortie frauduleuse de plus de 1,28 million de litres de carburant, causant des pertes supérieures à 22,5 millions de birrs(79,7 millions FCFA).
Le troisième volet vise les dirigeants de Yegna Petroleum P.L.C., soupçonnés d’avoir obtenu illégalement une licence de distribution grâce à des complicités internes. Les pertes associées dépasseraient 21,3 millions de birrs(75,4 millions FCFA).
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Enfin, trois autres prévenus sont accusés d’avoir détourné près de 1,9 million de litres de carburant subventionné transporté depuis Djibouti, en échappant au système officiel d’approvisionnement.
Un réseau plus vaste que prévu
Les premières conclusions de l’enquête évoquent un dispositif structuré de corruption dépassant le simple vol de carburant.
Les suspects auraient également saboté plusieurs mécanismes de contrôle financier et réglementaire, notamment des plateformes numériques de paiement censées sécuriser les transactions dans le secteur énergétique.
Ce scandale met en lumière les fragilités persistantes de la gouvernance économique en Éthiopie, alors que le pays tente de stabiliser son approvisionnement énergétique et de restaurer la confiance des consommateurs.