Après près de dix années passées dans la région de la Volta, au sud-est du Ghana, Patrice Ann Robertson a vécu un moment chargé d’émotion. Tenant fermement son certificat de citoyenneté contre elle, la nouvelle Ghanéenne n’a pas pu retenir quelques larmes. Désormais binationale américano-ghanéenne, elle affirme se sentir pleinement chez elle dans ce pays où elle a choisi de construire sa vie. En près de neuf ans, elle n’est retournée qu’une seule fois aux États-Unis.
fait partie des 150 membres de la diaspora africaine ayant obtenu la citoyenneté ghanéenne lors d’une cérémonie organisée lundi. Ce groupe s’inscrit dans une dynamique croissante visant à reconnecter les descendants d’Africains vivant à l’étranger avec le continent de leurs ancêtres. Ces dernières années, plus d’un millier de personnes issues de la diaspora, majoritairement afro-américaines, ont été naturalisées au Ghana. Beaucoup sont attirées par un mélange de motivations historiques, culturelles et personnelles.
Pour plusieurs nouveaux citoyens, cette démarche représente l’aboutissement d’un long cheminement identitaire. Nataki Kambon, naturalisée en 2019 et présente à la cérémonie, explique que sa décision de devenir Ghanéenne découle d’un désir profond de renouer avec ses racines africaines. Elle souligne avoir grandi en sachant que ses ancêtres venaient d’Afrique, mais estime que l’image du continent souvent véhiculée aux États-Unis crée une certaine distance avec cette identité.
Une cérémonie officielle à Accra
La cérémonie de naturalisation s’est tenue à Accra en présence de plusieurs responsables politiques, dont la vice-présidente Jane Naana Opoku-Agyemang et le ministre de l’Intérieur Muntaka Mubarak Mohammed. Les nouveaux citoyens ont prêté serment devant la juge de la cour d’appel Annette Sophia Essel avant de recevoir leur certificat officiel. S’adressant aux participants, la vice-présidente a insisté sur la portée symbolique de l’événement, affirmant que la distance géographique ne saurait effacer l’identité commune des peuples africains. Elle a également rappelé que le Ghana entend demeurer une terre d’accueil pour la grande famille africaine à travers le monde.
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L’héritage de l’initiative «Year of Return»
Depuis le lancement en 2019 de l’initiative «Year of Return», le Ghana s’est positionné comme un point de rencontre pour les descendants d’Africains vivant à l’étranger. Ce programme marquait les 400 ans du début de la déportation des Africains réduits en esclavage vers l’Amérique du Nord. L’initiative encourage les membres de la diaspora à visiter le pays, à y investir et à renouer avec leurs racines. Les cérémonies de naturalisation s’inscrivent dans cette stratégie visant à renforcer les liens entre le Ghana et sa diaspora.
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La diaspora, un atout pour le développement
Malgré les démarches administratives nécessaires pour obtenir la naturalisation, beaucoup estiment que la dimension émotionnelle de ce retour symbolique l’emporte sur les contraintes bureaucratiques. Kevin Harris, originaire de Washington D.C., affirme avoir été profondément ému en recevant sa nouvelle nationalité. Son choix s’explique aussi par des préoccupations liées à la sécurité et à la qualité de vie aux États-Unis. Il dit espérer que ses petits-enfants puissent grandir dans un environnement plus serein.
Pour les autorités ghanéennes, la diaspora représente également un levier de développement. Grâce à leurs compétences, leurs investissements et leurs réseaux internationaux, ces nouveaux citoyens peuvent contribuer activement à l’avenir du pays. Nataki Kambon rappelle toutefois que la citoyenneté ne doit pas se limiter à un symbole. Selon elle, obtenir un passeport implique aussi de s’engager dans la vie des communautés locales et de participer à la construction collective du pays.
Notre Afrik avec AFP