Le Cashewnut Board of Tanzania (CBT), régulateur tanzanien de la filière, table sur 750 000 tonnes de noix de cajou brutes pour la campagne 2026/2027, soit 21,3 % de plus que les 618 497 tonnes de 2025/2026, selon l’Agence Ecofin. Au Mozambique, l’État a relevé le 7 octobre 2026 le prix de référence au producteur à 48 meticais le kilo. Deux pays qui assurent ensemble environ 98 % de l’offre régionale, et un même problème pour l’anacarde est-africain : la noix part encore brute vers l’Asie.
Tanzanie : un objectif record, des enchères perturbées
L’objectif de 750 000 tonnes reste une prévision. La campagne, elle, est lancée : selon le résumé des règles de vente publié par le CBT en septembre 2026, la saison commerciale s’est ouverte le 1er septembre, et les enchères y étaient annoncées pour le 19 octobre. Le CBT a finalement avancé au 12 octobre le début des enchères nationales, selon l’Agence Ecofin. À Masasi, dans la région de Mtwara, l’union coopérative MAMCU (Mtwara Masasi Cooperative Union) a organisé une première vente le 12 octobre 2026.
Elle a tourné court. Selon Radio Fadhila, des problèmes de réseau ont interrompu l’enchère électronique : seuls 5 lots sur 64 ont été vendus, entre 3 040 et 3 310 shillings tanzaniens (TSh) le kilo, d’après les chiffres attribués au directeur général du CBT, Francis Alfred. La vente a repris le 13 octobre, selon MAMCU et Radio Fadhila. Les résultats complets n’étaient pas publiés au 15 octobre. Ces premiers prix, sur une poignée de lots, ne disent rien encore de la moyenne de la campagne.
Toutes les ventes passent par des enchères électroniques gérées par la bourse tanzanienne des matières premières (Tanzania Mercantile Exchange, TMX), lot par lot, avec des prix exprimés en shillings, départ entrepôt. Les transformateurs locaux disposent d’un accès particulier au marché primaire. L’acheteur paie en outre une taxe à l’exportation de 160 dollars la tonne ou de 15 % de la valeur FOB, le montant le plus élevé étant retenu, selon le même document.
Mozambique : un prix de référence, pas un prix garanti
À Maputo, la première session du Comité des amandes, qui réunit le gouvernement, les producteurs et l’industrie, a fixé le 7 octobre 2026 le « prix de référence au producteur » à 48 meticais le kilo pour 2026/2027, trois meticais de plus que la campagne précédente, selon l’Institut des amandes du Mozambique (Instituto de Amêndoas de Moçambique, IAM). La hausse atteint 6,7 %. Le communiqué de l’IAM parle bien d’un prix de référence : il ne le qualifie pas de prix minimum garanti et ne précise pas son caractère contraignant.
Le gouvernement a aussi relevé de 18 % à 22 % la surtaxe à l’exportation de la noix brute, rapporte l’agence Lusa reprise par Club of Mozambique, avec l’objectif affiché d’orienter la matière première vers les usines locales. Selon l’IAM, cité dans la même dépêche, 35 000 tonnes de noix brutes sont sorties illégalement du pays en trois ans, vers l’Inde et le Vietnam notamment, pour 457 millions de meticais de pertes. Le ministre de l’Agriculture, de l’Environnement et des Pêches, Roberto Mito Albino, a appelé à criminaliser ces pratiques.
La récolte s’annonce en baisse. Selon le quotidien Notícias, cité par l’Agence Ecofin, elle tomberait à 146 000 tonnes, contre 204 000 tonnes en 2025/2026. L’IAM n’avait pas confirmé ce chiffre au 15 octobre.
Kenya : des usines qui manquent de noix
Le Kenya, petit producteur, illustre l’autre versant du problème. Selon les données de l’Autorité de l’agriculture et de l’alimentation (Agriculture and Food Authority, AFA) reprises par l’Agence Ecofin en janvier 2026, sa production est tombée à 7 803 tonnes en 2024, contre 22 140 tonnes en 2014. Sa capacité de transformation installée atteint pourtant 45 000 tonnes. L’AFA attribue ce déclin aux ravageurs et aux maladies, à l’abattage des arbres pour le bois de chauffe et à des prix au producteur jugés trop bas.
L’anacarde est-africain face au défi de la transformation
Les trois pays posent la même équation, sous trois formes. La Tanzanie produit davantage mais, selon les estimations du secteur, exporte encore l’essentiel de ses noix sans les transformer. Le Mozambique taxe davantage l’exportation brute alors que sa récolte recule et que la contrebande prospère, au risque de pousser des noix vers les circuits informels. Le Kenya montre que des usines sans approvisionnement ne suffisent pas : la transformation ne tient que si le producteur est assez payé pour entretenir ses vergers.
Pour les agriculteurs, le juge de paix sera le montant net reçu, après prélèvements, décotes de qualité et délais de paiement. Les prochaines enchères tanzaniennes et l’application du prix de référence mozambicain le diront.
Sources
- Instituto de Amêndoas de Moçambique (IAM), « Preço de referência da castanha de caju sobe para 48 meticais por quilograma », 7 octobre 2026.
- Cashewnut Board of Tanzania, résumé des règles et conditions de vente pour la campagne 2026/2027 (PDF), septembre 2026.
- Radio Fadhila, compte rendu de la première enchère MAMCU (en swahili), 12 octobre 2026.
- Club of Mozambique (Lusa), « Mozambique raises raw cashew nut reference price by 6.67% », 7 octobre 2026.
- Ecofin Agency, « East Africa’s Cashew Producers Face Diverging Outlooks for 2026/27 Season », 14 octobre 2026.
- Ecofin Agency, « Kenya Targets Cashew Revival Amid Processing Overcapacity », 12 janvier 2026, d’après l’AFA.
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