Les « subventions et transferts » des États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) atteindront un montant record en 2026 : 3 388,3 milliards de francs CFA (FCFA), soit 30 % de plus qu’en 2025, selon la note de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur l’évolution de l’inflation à fin juin 2026. Ces subventions CEMAC ne sont pas une facture d’importation : il s’agit de dépenses publiques dont le maintien des prix du carburant à la pompe est, selon la BEAC, « la principale composante ».
Ce que mesure exactement le chiffre de la BEAC
L’encadré consacré aux marges de raffinage est précis. « L’évolution des subventions et transferts dans la CEMAC dont la principale composante est dédiée au maintien des prix à la pompe » suit, écrit la BEAC, la courbe des marges de raffinage. Ces dépenses sont passées de 1 828,3 milliards FCFA en 2020 à 2 605,8 milliards en 2025, puis à 3 388,3 milliards prévus en 2026, « un record sur la période ». Rapportées au produit intérieur brut (PIB), elles représenteraient 4,03 % en 2026, contre 3,26 % en 2025. En part du PIB, ce n’est pas un record : le point haut reste 4,28 % en 2023, selon la même note. La note ne détaille pas la part revenant aux seuls carburants.
La facture d’importation est une autre grandeur. La même note rappelle que les produits pétroliers raffinés importés par la zone « coûtent environ 2000 milliards FCFA », selon une déclaration du gouverneur de la BEAC lors de la « Finance Week » du 17 juin 2025 à Yaoundé.
Une zone pétrolière qui importe son carburant
Le paradoxe est structurel : cinq des six États membres produisent du pétrole brut, mais les raffineries de la zone « fonctionnent avec des capacités limitées », note la BEAC. La Société gabonaise de raffinage (SOGARA), la Congolaise de raffinage (CORAF) et la Société de raffinage de N’Djamena (SRN) ne couvrent qu’une partie des besoins nationaux, tandis que la Société nationale de raffinage (SONARA) du Cameroun « demeure à l’arrêt ». Selon la BEAC, le Cameroun, la Centrafrique et la Guinée équatoriale importent la totalité de leurs besoins.
La marge de raffinage à Rotterdam, référence pour les importations africaines, a culminé à 42,13 dollars par baril en juillet 2026, au-dessus du record d’octobre 2022. Dans son rapport sur la politique monétaire de septembre 2026, la BEAC souligne que ces tensions « renchériraient les coûts d’approvisionnement de la CEMAC, structurellement déficitaire en produits finis ». Le même rapport relève que les prix à la pompe, « maintenus fixes », entraînent un montant de subventions « qui pourrait s’avérer insoutenable à court terme ».
Subventions carburant dans la CEMAC : le Cameroun et le Gabon en chiffres
Au Cameroun, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a déclaré à Investir au Cameroun, dans un entretien publié le 14 octobre 2026, que le soutien aux prix à la pompe avait coûté 57 milliards FCFA en septembre. Le document de programmation budgétaire 2027-2029 prévoyait 310 milliards FCFA de subventions à l’énergie, carburant et électricité compris, pour toute l’année 2026.
Au Gabon, selon Gabonactu, le Conseil des ministres du 8 octobre 2026 a indiqué une dépense de 30 milliards FCFA en septembre, contre 15 milliards par mois pendant la crise ukrainienne et 7 à 9 milliards auparavant. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a demandé au gouvernement d’étudier les moyens d’alléger, voire de supprimer à terme, cette charge. Aucune hausse des prix à la pompe n’a été décidée à ce stade.
Ce que recommande la banque centrale
La BEAC appelle les États à revoir leur politique de subvention « en adoptant une démarche progressive et ciblée » : transferts directs aux ménages vulnérables, publication des formules de prix et mécanisme d’ajustement « progressivement aligné sur les cours internationaux ». Elle cite la modernisation de la SOGARA, la relance de la SONARA, le renforcement de la CORAF et de la SRN, ainsi qu’un mécanisme régional de stabilisation alimenté par les recettes pétrolières exceptionnelles. Elle suggère aussi de diversifier les fournisseurs, par exemple vers la raffinerie Dangote au Nigeria. Il s’agit de recommandations, pas de décisions des États.
Sur le plan monétaire, le Comité de politique monétaire a maintenu le 28 septembre 2026 le taux d’intérêt des appels d’offres à 4,50 %. La BEAC prévoit une croissance de 3,0 % en 2026, contre 3,7 % en 2025, et une inflation moyenne de 2,2 %, sous la norme communautaire de 3 %. Le gel des prix à la pompe contribue à contenir l’inflation, mais il en reporte le coût sur les budgets publics.
Sources
- BEAC, « Évolution de l’inflation dans la CEMAC à fin juin 2026 et perspectives à court et moyen termes », encadré 1, pages 10 à 13 : note PDF
- BEAC, Rapport sur la politique monétaire, septembre 2026 : rapport PDF
- Investir au Cameroun, entretien avec Louis Paul Motaze, 14 octobre 2026 : article
- Gabonactu, Conseil des ministres du 8 octobre 2026, 9 octobre 2026 : article
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