Le FMI pourrait ne conclure aucun nouveau programme en CEMAC si un seul des six États présente pour 2027 un budget dont le déficit dépasse 1,5 % du produit intérieur brut (PIB). C’est ce qu’a affirmé une source autorisée interrogée le 28 septembre 2026 à Yaoundé, en marge du Comité de politique monétaire de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), selon Investir au Cameroun. Or le Gabon est projeté par le Fonds à un déficit de 10 % du PIB en 2026.
Cette conditionnalité collective n’apparaît pas, à ce stade, dans les documents publics du Fonds monétaire international consultés par le journal. Elle n’a pas été confirmée officiellement.
Un seuil ancien, une exigence nouvelle
Le chiffre de 1,5 % n’a rien d’une invention de Washington. C’est le critère de convergence de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) : le « solde budgétaire de référence » de chaque État ne doit pas être inférieur à −1,5 % du PIB. Le Tchad avait d’ailleurs conclu en 2025 avec le Fonds un programme visant un déficit moyen de ce niveau.
Ce qui serait nouveau, c’est la règle du « tous ou personne ». Dans une union monétaire, six budgets pèsent sur les mêmes réserves de change et sur une même monnaie, le franc CFA d’Afrique centrale. Un État qui creuse son déficit fragilise l’ensemble, et c’est ce raisonnement que le Fonds applique à la zone.
Le verrou des assurances régionales
Avant même les budgets 2027, un premier obstacle doit sauter. La revue des « assurances régionales » de la CEMAC, c’est-à-dire les engagements communs pour préserver les réserves de change et la stabilité monétaire et bancaire, est suspendue depuis décembre 2025. Sa validation par le FMI est un préalable à tout nouveau programme national.
Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a rencontré le 8 septembre 2026 à Washington Zeine Zeidane, directeur du département Afrique du FMI, pour tenter de débloquer le dossier. Des missions du Fonds sont attendues en octobre, pour une validation espérée en décembre 2026. Rien n’est acquis.
FMI CEMAC : trois pays sans programme
Le blocage pèse surtout sur les trois pays qui n’ont plus d’accord en cours. Le Congo a achevé en mars 2025 son programme au titre de la Facilité élargie de crédit. Au Cameroun, les dernières revues ont été approuvées en juillet 2025. L’accord du Gabon, approuvé en juillet 2021 pour trois ans, a expiré en 2024.
Pour Yaoundé, l’enjeu est chiffré : le cadrage budgétaire 2027-2029 intègre 300 milliards de francs CFA d’appuis budgétaires conditionnés à la signature d’un nouveau programme. Sans accord, il faudra emprunter davantage, reporter des dépenses ou trouver d’autres ressources.
Qui est loin du compte
Selon les estimations compilées par Investir au Cameroun, les écarts sont considérables pour 2026 :
- Gabon : 10 % du PIB selon le FMI, entre 6,7 % et 12,2 % selon des agences de notation ;
- Centrafrique : 1,2 % selon le gouvernement, mais 3,5 % à 4 % selon des bailleurs comme la Banque africaine de développement ;
- Guinée équatoriale : entre 2,1 % et 3,3 % ;
- Tchad : environ 2 % selon les autorités ;
- Cameroun : 1,7 % selon le FMI, qui le juge dans les limites du critère régional ;
- Congo : un excédent en 2025, et un solde encore positif attendu en 2026.
Le Congo apparaît ainsi le mieux placé, le Gabon le plus éloigné. Si la règle rapportée s’appliquait telle quelle, le budget gabonais 2027 déciderait aussi du sort des programmes camerounais et congolais.
Des chiffres régionaux à manier avec prudence
Au niveau de la zone, la Banque mondiale estime dans son Baromètre économique d’août 2026 que le déficit moyen est passé de 1,6 % du PIB en 2024 à 3,3 % en 2025. La BEAC, sur son propre périmètre (base engagements, hors dons), le chiffre à 4,5 % en 2025 et prévoit 3,3 % en 2026. Ces séries ne se comparent pas mécaniquement entre elles, ni avec le critère de 1,5 %.
La situation n’est pas celle d’une crise : la BEAC table sur une croissance de 3 % en 2026, après 3,7 % en 2025, une inflation de 2,2 % et des réserves couvrant environ 4,5 mois d’importations. Mais pour les États, l’équation est politique : réduire le déficit sans couper dans l’investissement utile. Aligner les dépenses sur les recettes réellement mobilisables, comme le recommande la source citée par Investir au Cameroun, suppose des arbitrages que peu de gouvernements aiment afficher avant un budget.
Sources
- Investir au Cameroun, « Cemac : sans réduction du déficit budgétaire des États à 1,5 % du PIB en 2027, le FMI ne signera aucun nouveau programme », 30 septembre 2026 : investiraucameroun.com.
- Gabonreview, « Cemac-FMI : vers une reprise des discussions sur les assurances régionales en décembre », 17 septembre 2026.
- BEAC, Comité de politique monétaire, projections de septembre 2026.
- Banque mondiale, Baromètre économique de la CEMAC, août 2026.
- Ministère camerounais des Finances, Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029.
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