Terres rares en Angola : Longonjo repoussé à janvier 2028

Poudres d'oxydes de terres rares, dont néodyme et praséodyme, le type de matière que vise la mine de Longonjo pour les terres rares en Angola

Les terres rares en Angola attendront 2028. Le 26 octobre 2026, le britannique Pensana a repoussé à janvier 2028 la mise en service de la mine de Longonjo, seul projet du pays en construction, et à septembre 2028 sa pleine production. Le chantier n’est réalisé qu’à 30 % et il manque encore 75 à 90 millions de dollars de fonds propres, sans compter une dette toujours pas signée.

Ce glissement d’environ un an change la lecture du projet que NotreAfrik décrivait en septembre, dans son enquête sur les minerais critiques africains soutenus par la DFC : il ne s’agit plus seulement de savoir où partira la valeur, mais quand la mine produira.

Terres rares en Angola : ce que dit le communiqué du 26 octobre

Longonjo est développée par Pensana, coté à Londres, via sa filiale angolaise Ozango Minerais, dans la province de Huambo, sur la voie ferrée qui mène au port de Lobito. Selon le communiqué de Pensana du 26 octobre 2026, plus de 60 % des achats sont engagés et plus de 90 millions de dollars ont été dépensés, sur une première phase chiffrée à 250 millions.

Le calendrier a reculé par étapes. Le 8 juin 2026, Pensana se disait « dans les temps et dans le budget » pour une mise en service en 2027. Le 25 septembre, il évoquait un chantier allongé « de 2028, annoncé précédemment, à fin 2028 ». Le 26 octobre, il fixe enfin des mois.

La cause est financière. Dans son communiqué du 25 septembre, Pensana indiquait avoir réduit les activités les plus coûteuses sur le site et les commandes à long délai, dans l’attente du bouclage de son financement.

Un financement annoncé, pas encore versé

Le principal apport en capital vient de Cascade Natural Resources, qui s’est engagé à investir 165 millions de dollars. Pensana présente cet investisseur comme bénéficiant du soutien de l’État du Qatar, une affirmation que nous n’avons pas pu vérifier de façon indépendante. Au 26 octobre 2026, Cascade n’avait versé que 15 millions de dollars et annonçait une « tranche importante » sous quatorze jours.

Côté dette, rien n’est signé. En juin 2026, Pensana décrivait un projet de financement de 160 millions de dollars arrangé par la banque sud-africaine Absa et garanti par la Banque américaine d’import-export (US EXIM). Le communiqué d’octobre ne donne plus de montant : il se dit « bien avancé » avec ces deux partenaires et vise février 2027 pour les accords de dette et les contrats d’achat fermes.

Il faut donc distinguer trois étapes : un chantier engagé, un financement dont aucun communiqué consulté n’annonce le bouclage, et une production qui n’interviendra pas avant 2028. L’État angolais, lui, a déjà payé : le Fonds souverain de l’Angola (FSDEA) a versé l’intégralité d’une enveloppe de 25 millions de dollars en fonds propres, selon le communiqué de juin 2026.

Des acheteurs japonais et américains, sans contrat ferme

Longonjo doit produire d’abord 20 000 tonnes par an de carbonate mixte de terres rares, un concentré dont la valeur tient au néodyme et au praséodyme, deux métaux des aimants permanents. La capacité doublerait à 40 000 tonnes à partir de la quatrième année. Pensana affirme que ses discussions avec des partenaires japonais couvriraient la plus grande partie, voire la totalité, de la première phase.

Les engagements publiés restent des protocoles d’accord non contraignants. Le négociant japonais Toyota Tsusho en a signé un en juin 2025, pour jusqu’à 20 000 tonnes par an sur cinq ans, prix à fixer, avec une séparation en Inde. Les américains ReElement Technologies et eVAC Magnetics ont signé des textes du même type.

Bailundo et Coola : de la géologie, pas encore des mines

Autour de Longonjo, des sociétés australiennes prennent position. Le 27 octobre 2026, Connected Minerals a publié des données historiques sur Bailundo, dans la même province : un complexe d’environ 39 km², 3 414 mètres de forages anciens et un intervalle de 227,3 mètres à 2 % d’oxydes de terres rares. L’Agence Ecofin, qui rapporte ces chiffres, souligne qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle découverte.

Plus au nord-ouest, Pensana cède une partie du permis de Coola. L’australienne Tyranna Resources pourra y acquérir jusqu’à 70 %, selon Ecofin, en dépensant 2,6 millions de dollars sur trois ans, ce qui ramènerait Pensana à 20 %, selon le communiqué de ce dernier du 25 septembre 2026. Tyranna a publié des teneurs historiques en surface atteignant 13,18 %, des prélèvements ponctuels, et envisage des forages en 2027.

Ces projets ne sont donc pas des permis nouvellement attribués par l’État, mais des titres existants qui changent de mains. Aucune communication de l’Agence nationale des ressources minérales (ANRM) ni du ministère des Ressources minérales, du Pétrole et du Gaz sur ces titres n’a pu être consultée.

Lobito finance le rail, pas la transformation

Le carbonate de Longonjo partira par train vers l’Atlantique. En décembre 2025, la Société américaine de financement du développement international (DFC) a signé un prêt de 553 millions de dollars au consortium Lobito Atlantic Railway, complété par 200 millions de la Banque de développement d’Afrique australe (DBSA), pour réhabiliter environ 1 300 km de voie. La DFC avait aussi accordé à Pensana, en décembre 2024, 3,4 millions de dollars pour ses études.

Ces financements paient l’évacuation du minerai, pas sa séparation. Les étapes qui rapportent le plus, isoler chaque élément, produire les métaux puis les aimants, se feraient en Inde, aux États-Unis ou au Royaume-Uni, où Pensana retravaille son projet d’usine de Saltend. La Chine assurait environ 70 % de l’extraction mondiale en 2025, selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS) cité par Ecofin, et domine plus encore le raffinage.

Une diversification réelle mais étroite

Pour un pays dont les exportations restent dominées par le pétrole, comme le rappelle la course de Luanda pour relancer ses concessions pétrolières, Longonjo ouvre une diversification. Mais elle reste étroite : une seule mine, un produit intermédiaire, des acheteurs étrangers et une transformation hors du pays.

Le Malawi, avec le projet Kangankunde, suit le même chemin. En Angola, les indicateurs à suivre sont concrets : le versement de la tranche de Cascade, la signature de la dette et des contrats d’achat fermes en février 2027, puis la part des emplois et des recettes qui restera dans la province de Huambo.

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