Depuis l’arrêt de la mine burundaise de Gakara en 2021, l’Afrique ne produit plus une seule tonne de terres rares à l’échelle industrielle. Cette parenthèse pourrait se refermer dès la fin 2026 : au Malawi, la société australienne Lindian Resources a réussi début juillet le premier tir de mine de son projet Kangankunde, lançant les opérations extractives. Le continent, qui pourrait assurer 7 à 9 % de l’offre mondiale à l’horizon 2029-2034, se positionne comme une alternative à une Chine qui domine — et verrouille — toute la chaîne de valeur de ces 17 métaux stratégiques.
Kangankunde, la mine qui rouvre le bal
Le projet malawite fait figure de tête de pont. Lindian Resources vise une mise en production industrielle d’ici fin 2026, ce qui ferait de Kangankunde la première mine de terres rares lancée en Afrique depuis Gakara. L’enjeu dépasse le Malawi : ces éléments sont indispensables à la fabrication des aimants permanents qui équipent les moteurs de véhicules électriques, les éoliennes et les systèmes de défense. Dans un marché où la moindre nouvelle capacité compte, le tir de mine de juillet est un signal — mais un signal parmi d’autres, dans un paysage de projets encore largement au stade du développement.
Un portefeuille continental en gestation
Plusieurs pays se positionnent. En Angola, le projet Longonjo avance surtout via le fonds souverain, mais le traitement du minerai est prévu au Royaume-Uni, à Hull — illustration crue de la difficulté à capter la valeur localement. En Tanzanie, le projet Ngualla figure parmi les plus avancés, avec un investissement d’environ 320 millions de dollars pour une production annuelle visée de 37 200 tonnes de concentré sur vingt ans. D’autres initiatives, notamment tournées vers le marché américain (ReElement) ou une cotation au Nasdaq (Pensana pour Longonjo), restent en phase de planification, sans calendrier arrêté. Selon les estimations de Fitch Solutions et Benchmark Minerals, l’Afrique pourrait fournir 7 à 9 % de l’offre mondiale d’ici le début de la prochaine décennie.
Le verrou chinois : bien plus que la production
Le vrai obstacle n’est pas géologique — les terres rares, malgré leur nom, ne sont pas si rares —, il est industriel et géopolitique. Selon un rapport de l’Atlantic Council, la Chine ne se contente pas de dominer l’extraction : elle verrouille l’accès mondial par une stratégie coordonnée de contrôle industriel, logistique, normatif et géopolitique — conglomérat d’État, restrictions technologiques, contrats d’approvisionnement verrouillés, mécanismes de traçabilité imposés à l’export. Pékin ajuste ses restrictions d’exportation au gré des tensions commerciales avec l’Occident, notamment vers le Japon depuis janvier 2026. C’est précisément ce verrou qui pousse les États-Unis et leurs alliés à chercher des sources alternatives — et à courtiser l’Afrique.
Ce que l’Afrique peut vraiment y gagner
La question décisive n’est pas de savoir si l’Afrique produira des terres rares, mais quelle place elle occupera dans la chaîne de valeur. Extraire du minerai brut pour l’expédier vers des raffineries européennes, américaines ou asiatiques — comme le montre le cas angolais avec Hull — reproduit le schéma extractif classique, celui-là même qui prive le continent de la valeur ajoutée. Le raffinage et la séparation des terres rares, étapes les plus rémunératrices et les plus polluantes, restent quasi absents du continent. Pour que le « retour » africain soit autre chose qu’un changement de fournisseur de matière première au bénéfice des puissances occidentales, il faudra investir dans la transformation locale — un pari industriel autrement plus lourd qu’un tir de mine. La fenêtre géopolitique est ouverte ; reste à savoir si l’Afrique la saisira pour monter dans la chaîne, ou seulement pour l’alimenter.
Sources : Agence Ecofin (18 juillet 2026 et articles associés), Atlantic Council, Fitch Solutions, Benchmark Minerals, Lindian Resources.






