L’entreprise technologique américaine Cybastion annonce 75 millions de dollars — environ 42,25 milliards de FCFA — pour un « data center souverain » à Douala, adossé à sa propre capacité de production électrique. Présenté le 27 août 2026 lors du premier Dialogue économique et commercial entre le Cameroun et les États-Unis, le projet reste une intention : ni le financement, ni la puissance informatique, ni le calendrier n’ont été rendus publics.
L’intelligence artificielle a besoin de données, de puissance de calcul et, surtout, d’électricité. À Douala, Cybastion veut réunir les trois dans un même projet.
Ce qui a été annoncé
Le projet a été dévoilé lors du premier Dialogue économique et commercial États-Unis–Cameroun, organisé le 27 août 2026, puis rendu public par l’ambassade américaine à Yaoundé le lendemain.
Dans son communiqué, l’ambassade l’intègre à un portefeuille beaucoup plus vaste : environ 7 milliards de dollars — près de 4 000 milliards de FCFA — d’investissements américains nouveaux ou en expansion au Cameroun. Ce dialogue, qui portait sur quatre secteurs prioritaires, était le premier du genre entre les deux pays.
Washington apporte toutefois une précision essentielle : ces projets se trouvent à « différents stades de développement ». Les 75 millions de dollars de Cybastion constituent donc une intention d’investissement, non l’annonce d’un financement bouclé.
Ce que l’on ignore
La liste est longue, et l’entreprise elle-même ne l’a pas comblée. Cybastion n’a communiqué :
- ni la puissance informatique prévue du centre de données ;
- ni la capacité de la centrale électrique associée ;
- ni la technologie retenue pour produire cette énergie ;
- ni le site exact à Douala ;
- ni le calendrier de construction ;
- ni la structure de financement des 75 millions de dollars.
Ce sont pourtant ces paramètres qui permettront de mesurer la dimension réelle du projet. Un data center se juge à sa puissance disponible, à ses tarifs, à son niveau de redondance et à ses clients — aucune de ces données n’existe aujourd’hui.
Pourquoi l’électricité est le vrai sujet
L’association d’un centre de données à une capacité de production électrique dédiée n’est pas un détail d’architecture. Les data centers fonctionnent en continu et exigent une alimentation stable pour les serveurs, les équipements réseau et les systèmes de refroidissement.
Les infrastructures destinées aux charges de calcul de l’intelligence artificielle accroissent encore ces besoins. Adosser une centrale au projet revient à reconnaître que le réseau existant ne suffit pas — ou n’est pas assez fiable.
Le Cameroun n’est pas un marché vierge
Cybastion n’arriverait pas sur un terrain nu. L’opérateur public CAMTEL exploite à Zamengoé, près de Yaoundé, un data center certifié Tier III. À Douala même, ST Digital dispose d’une infrastructure privée équipée pour des usages liés à l’intelligence artificielle.
Le futur équipement devra donc trouver sa place dans un écosystème déjà engagé dans la localisation des données et des capacités de calcul, que le pays consolide aussi par le réseau — Yaoundé a mobilisé 195 millions de dollars pour son backbone en fibre optique.
Un précédent ivoirien, et ce qu’il révèle
L’entreprise peut présenter une référence africaine solide. Le 21 août 2025, l’Export-Import Bank of the United States (EXIM) a approuvé une garantie d’environ 66 millions de dollars pour soutenir la construction du data center national de Côte d’Ivoire, avec Cybastion Institute of Technology comme exportateur.
EXIM a distingué cette opération le 4 mai 2026 comme son « Industries of the Future Deal of the Year », présentant l’infrastructure comme le futur hub central des systèmes numériques de l’administration ivoirienne.
Ce précédent est aussi géopolitique : EXIM indique explicitement que son financement permettait à une entreprise américaine de supplanter une concurrence chinoise. Les infrastructures numériques africaines sont devenues un terrain de compétition industrielle entre fournisseurs internationaux.
Pour le Cameroun, aucun mécanisme comparable de garantie n’a été annoncé.
Ce que « souverain » veut dire, et ne veut pas dire
L’appellation ouvre une question qui dépasse l’hébergement physique. Installer les serveurs au Cameroun renforce la capacité du pays à conserver localement certaines infrastructures critiques.
Mais la souveraineté numérique dépend aussi de la propriété des équipements, des logiciels utilisés, de l’administration des systèmes, de la cybersécurité et du contrôle effectif des données. Un centre de données détenu et opéré par un acteur étranger n’est souverain que sur sa géographie. C’est la contrainte que décrit notre dossier sur l’IA africaine sous contrainte.
La prochaine étape sera chiffrée
Pour l’heure, l’annonce de 42,25 milliards de FCFA traduit surtout l’intérêt croissant des investisseurs américains pour les infrastructures numériques camerounaises.
Ce qui la rendra vérifiable est simple à énoncer : identifier les financeurs, publier la puissance du data center et de sa centrale, fixer le site et le calendrier. Tant que ces éléments manquent, le chiffre de 75 millions de dollars reste une intention exprimée à Yaoundé, pas une infrastructure en construction à Douala.








