Orpaillage en Afrique : 85 tonnes au Ghana, et après ?

Puits d'orpaillage creusés à la main sur un site de Talensi, au nord du Ghana, symbole de l'orpaillage en Afrique

Au Ghana, l’orpaillage et la petite mine ont exporté 85,4 tonnes d’or entre le 1er janvier et le 20 octobre 2026, pour 11,6 milliards de dollars, davantage que les grandes mines industrielles sur la même période. Dans un éditorial publié le 28 octobre 2026, l’Agence Ecofin pose la question que ces chiffres rendent pressante : l’orpaillage en Afrique peut-il produire de vraies entreprises minières, et pas seulement des creuseurs mieux enregistrés ?

Orpaillage en Afrique : au Ghana, les petits exportent plus que les grands

Les chiffres ghanéens ont été présentés par Sammy Gyamfi, directeur général du Ghana Gold Board (GoldBod), l’organisme public qui a le monopole d’achat et d’exportation de l’or de la petite mine, lors d’un forum minier à Accra. Sur la même période, les grandes mines ont exporté 76 tonnes pour 11,1 milliards de dollars, selon l’Agence Ecofin. En 2024, la petite mine n’avait exporté que 63 tonnes sur toute l’année.

Cette progression ne traduit pas seulement une hausse de la production. Une partie de l’or vendu auparavant en contrebande est revenue dans les circuits officiels, comme le rappelle l’éditorial d’Ecofin. Le bilan 2025 du GoldBod, et le faible impôt payé par la petite mine, ont été détaillés dans notre article sur les 103 tonnes déclarées au Ghana.

Le Ghana n’est pas un cas isolé. Au Zimbabwe, les exploitants artisanaux et à petite échelle ont livré 25,78 tonnes sur 35,88 tonnes achetées par le raffineur public Fidelity Gold Refinery de janvier à septembre 2026, soit environ 72 %, selon le quotidien The Herald. À l’échelle mondiale, l’orpaillage fournit 15 à 20 % de l’or extrait chaque année et occupe un peu moins de 20 millions de mineurs dans 70 pays, selon une note de février 2025 du Forum intergouvernemental sur les mines (IGF).

Formaliser pour contrôler : la priorité des États

Jusqu’ici, la formalisation sert surtout à reprendre la main. Le Ghana a centralisé les achats. La Côte d’Ivoire a gelé pour six mois la délivrance des autorisations artisanales et déployé 21 pelotons sur ses fleuves, comme nous l’avons rapporté dans notre article sur le moratoire ivoirien. Le Gabon a retiré 52 permis miniers après audit.

Ces mesures répondent à des urgences réelles : contrebande, pollution des cours d’eau, pertes de recettes. Mais elles ne disent rien de ce que devient l’orpailleur une fois régularisé. C’est le cœur de l’éditorial signé Louis-Nino Kansoun : faire de la formalisation « le premier échelon d’un parcours entrepreneurial », et non une simple procédure d’enregistrement.

La question de fond est celle de la valeur. Un dispositif d’achat public peut améliorer les recettes en devises de l’État sans que le revenu du mineur augmente. Si l’acheteur officiel paie moins que le négociant informel, ou si les taxes sont trop lourdes, la contrebande reprend.

Le Ghana esquisse une échelle entre la petite et la grande mine

Le Ghana est le pays qui avance le plus loin sur ce terrain. Le GoldBod prépare pour 2027 un programme de formalisation et de financement de la petite mine (ASM Formalisation and Financing Support Programme). Ses partenaires annoncés sont le ministère des Terres et des Ressources naturelles, l’Université des mines et de la technologie, le fonds souverain Minerals Income Investment Fund et, pour l’appui technique, le raffineur sud-africain Rand Refinery, selon la Ghana News Agency le 24 octobre 2026. Son montant et ses conditions d’accès n’ont pas été publiés.

Le second outil est juridique. La réforme du code minier, présentée en juillet 2025 par le ministre des Terres et des Ressources naturelles Emmanuel Armah-Kofi Buah, prévoit une catégorie de licence de taille moyenne entre les petites exploitations et les multinationales, selon Reuters. Le projet de loi n’est pas adopté : début octobre 2026, Reuters annonçait qu’une version révisée allait remplacer le texte déposé au Parlement. Ni les seuils de cette catégorie ni ses conditions d’éligibilité n’ont été rendus publics.

Le sujet reste sensible : le 24 octobre 2026, le GoldBod a démenti qu’une vidéo virale montrait son directeur cautionner l’exploitation illégale. Il s’agit, selon l’organisme, de régulariser les seuls exploitants éligibles.

Crédit, gisements, compétences : les trois verrous

Un permis ne fait pas une entreprise. Pour grandir, un exploitant doit accéder durablement à un gisement viable, obtenir des financements, acheter des équipements et maîtriser l’extraction, le traitement et la gestion, résume l’éditorial d’Ecofin.

Le crédit est le verrou le plus concret. Au Burkina Faso, le programme planetGOLD et Coris Bank International ont lancé le 25 janvier 2024 à Ouagadougou un fonds renouvelable adossé à une garantie, réservé aux orpailleurs regroupés en sociétés coopératives, avec l’objectif de supprimer le mercure. Son montant n’a pas été rendu public. La coopérative sert ici de porte d’entrée : elle donne une personnalité juridique et un dossier présentable à une banque.

La Côte d’Ivoire a choisi une autre voie le 11 juillet 2025 : un partenariat avec la Banque mondiale et le World Gold Council, associant les industriels Endeavour Mining et Perseus Mining, pour créer des « petites mines modèles ». Le secteur y fait vivre environ un demi-million de personnes, et quelque 40 tonnes d’or auraient quitté le pays illégalement en 2022, selon la Banque mondiale. Ce dernier chiffre est une estimation, pas un volume saisi.

Qui captera la valeur de l’or ?

Aucun de ces programmes n’a encore démontré qu’il augmente le revenu des mineurs. Pour les juger, le nombre de licences délivrées ne suffit pas. Il faudra regarder le nombre d’exploitations disposant d’un titre effectif, le revenu net des mineurs, la part de l’or vendue par des circuits traçables, la fréquence des accidents et la part des achats réalisés localement.

L’aval compte autant que l’amont. Selon le Daily Graphic, 18,7 tonnes d’or de la petite mine ont été raffinées localement au Ghana depuis le 1er août 2026, et le GoldBod vise zéro exportation d’or brut d’ici à 2030. Tant que l’or artisanal part brut, l’essentiel de la marge se fait ailleurs.

L’enjeu dépasse donc le contrôle. Les politiques minières peuvent faire des orpailleurs des fournisseurs mieux encadrés des grands acheteurs, ou des entrepreneurs capables d’investir, d’embaucher et de négocier. Le Ghana a ouvert les deux chantiers ; les résultats de 2027 diront lequel l’emporte.

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