Lors de la 12e édition du Rebranding Africa Forum, le groupe panafricain d’assurances a mis en avant des solutions associant couverture médicale, technologies numériques et mobilisation de la diaspora. Sa participation illustre les transformations d’un secteur appelé à jouer un rôle croissant dans le financement de la santé et l’inclusion financière en Afrique.
Une mère hospitalisée à Douala, un fils installé à Paris qui doit régler les frais médicaux. Une famille à Conakry dont les proches vivant en Europe se mobilisent pour financer des soins. À Kinshasa, à Abidjan ou ailleurs sur le continent, les situations varient, mais la préoccupation demeure : comment assurer durablement la protection sanitaire des familles sans dépendre uniquement de transferts d’argent effectués dans l’urgence ?
Cette interrogation, au croisement de la solidarité familiale, de l’assurance et des nouvelles technologies, a trouvé un écho particulier lors de la 12e édition du Rebranding Africa Forum (RAF), organisée les 23 et 24 octobre 2026 à Bruxelles. Consacrée aux systèmes de santé africains, cette rencontre a notamment permis d’explorer les mécanismes susceptibles de rapprocher les besoins des populations des instruments financiers capables d’y répondre.
Parmi les acteurs présents, le groupe Activa a défendu une approche associant assurance santé, digitalisation des services et implication des communautés africaines établies hors du continent. Une démarche qui dépasse le seul marché camerounais et soulève une question plus large : la diaspora peut-elle devenir l’un des leviers du développement de la couverture sanitaire en Afrique ?
Transformer les transferts de solidarité en protection organisée
L’idée repose sur une réalité économique et sociale profondément ancrée dans les sociétés africaines. Les transferts financiers des migrants constituent une ressource importante pour les familles. Une partie de ces sommes sert à répondre aux dépenses quotidiennes, aux frais de scolarité et aux urgences médicales.
Mais cette solidarité, aussi essentielle soit-elle, intervient souvent lorsque la difficulté est déjà survenue. Une maladie grave, un accident ou une hospitalisation oblige alors les proches à rechercher rapidement les ressources nécessaires. Avec des conséquences parfois lourdes sur les finances des ménages.
Le modèle présenté par Activa lors de sa masterclass du 23 octobre cherche précisément à apporter une réponse à cette situation : permettre à une personne vivant à l’étranger de participer, de manière anticipée et structurée, à la couverture médicale de membres de sa famille restés au pays.
Introduite par Willy Brize Ngangue, responsable du marketing, du réseau commercial, de la communication et de l’expérience client du groupe, cette séquence a été organisée autour de solutions développées avec les partenaires Sosan Med et Jaabi.
L’une des illustrations les plus concrètes est « Diaspo Support », une offre d’assurance santé développée avec Sosan Med et lancée en juin 2026, quelques mois avant la tenue du forum. Actuellement destinée à la diaspora camerounaise, elle permet de souscrire une couverture pour des proches résidant au Cameroun.
Trois formules, Silver, Gold et Premium, proposent différents niveaux de garanties. Consultations médicales, examens, médicaments, hospitalisations et certaines prestations spécifiques peuvent être pris en charge suivant les contrats souscrits.
Le principe consiste à substituer, au moins partiellement, une logique de prévoyance à celle de l’assistance financière ponctuelle. Les cotisations sont organisées à l’avance, les garanties définies et les prestations encadrées par un contrat.
Cette approche ne supprime évidemment ni les risques médicaux ni les limites financières des ménages. Mais elle introduit une autre manière d’organiser la solidarité entre les Africains de la diaspora et leurs familles.
Le numérique ouvre de nouvelles perspectives
L’autre dimension de cette évolution est technologique. La souscription d’un contrat, la gestion des garanties, la recherche d’un établissement de santé ou le suivi d’une prestation peuvent désormais s’effectuer, en partie, à distance.
Dans cette transformation, des plateformes comme Sosan Med et Jaabi apportent des outils complémentaires. La première intervient dans l’accompagnement des bénéficiaires et l’accès aux services de santé. La seconde développe des services numériques permettant notamment de comparer des offres d’assurance, de demander des devis et de gérer des contrats en ligne, y compris à travers des applications mobiles et WhatsApp.
Pour les assureurs, ces technologies peuvent réduire certaines contraintes commerciales et administratives. Pour les clients, elles ouvrent la possibilité d’accéder plus facilement aux informations et aux services, sans nécessairement se déplacer dans une agence.
L’enjeu est particulièrement important sur un continent où l’assurance demeure encore insuffisamment diffusée. Selon le rapport 2025 de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) consacré aux marchés de capitaux africains, le continent ne représentait que 0,9 % du marché mondial de l’assurance en 2023.
Cette faible pénétration traduit des défis persistants : pouvoir d’achat limité, poids du secteur informel, méconnaissance des produits et confiance parfois fragile entre les populations et les compagnies.
La digitalisation peut contribuer à surmonter certains de ces obstacles. Elle ne constitue cependant pas une solution suffisante à elle seule. La qualité du réseau médical, les délais de remboursement, les exclusions de garanties et le coût des cotisations demeurent déterminants pour les assurés.
De Douala à plusieurs marchés africains
La portée panafricaine de cette réflexion tient également au profil du groupe qui la porte.
Fondé en 1998 au Cameroun, Activa s’est progressivement développé au-delà de son marché d’origine. Le groupe revendique aujourd’hui une présence dans neuf pays, à travers quatorze entités, avec des activités notamment en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Guinée, au Libéria, en Sierra Leone et en République démocratique du Congo.
Cette implantation dans des environnements économiques, linguistiques et réglementaires différents lui donne une expérience des réalités du marché africain de l’assurance.
Elle pourrait également constituer un atout dans la conception de produits davantage adaptés à la mobilité des populations et aux solidarités transfrontalières.
Car les besoins auxquels répond une offre comme « Diaspo Support » ne sont pas propres au Cameroun. Des communautés originaires d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale ou de la région des Grands Lacs entretiennent elles aussi des relations financières étroites avec leurs familles restées dans leurs pays d’origine.
L’expérience camerounaise pourrait ainsi nourrir une réflexion sur des dispositifs comparables dans d’autres marchés. Une perspective qui reste toutefois à distinguer d’un déploiement effectif : aucune extension continentale précise de « Diaspo Support » n’a été confirmée à l’occasion du forum.
La réussite d’un tel modèle dépendrait notamment des partenariats avec les établissements de santé, des réglementations nationales, de la tarification et de la capacité des assureurs à construire des offres accessibles à différentes catégories sociales.
L’assurance dans la nouvelle économie africaine de la santé
La participation d’Activa au rendez-vous de Bruxelles s’inscrivait dans un débat beaucoup plus vaste sur le financement de la santé. Le ministre ivoirien de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre Dimba, a notamment présenté les ambitions de son pays en matière de couverture sanitaire et de production locale de médicaments. Pour sa part, George Agyekum Donkor, président de la Banque d’investissement et de développement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (BIDC), a abordé la mobilisation des capitaux. Constant N’Zi, directeur général de l’African Guarantee Fund (Fonds africain de garantie), a consacré son intervention au financement des petites et moyennes entreprises du secteur sanitaire. Manuel Moses, directeur général de l’Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique (ATIDI), s’est intéressé à la couverture des risques et au coût du capital.
Ces différentes interventions ont mis en évidence la complémentarité des instruments nécessaires à la transformation des systèmes de santé : investissements publics, financements bancaires, garanties, assurances et nouvelles technologies.
L’assurance privée peut ainsi participer à cet effort en contribuant à la mutualisation de certains risques et au financement des dépenses médicales. Elle ne saurait cependant se substituer aux politiques publiques de santé ni aux mécanismes de solidarité destinés aux populations les plus vulnérables.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle d’ailleurs que les paiements directs supportés par les ménages continuent de représenter une part importante des dépenses sanitaires dans de nombreux pays africains. Le développement de couvertures accessibles constitue donc un enjeu social autant qu’économique.
C’est désormais sur ce terrain que les initiatives présentées à Bruxelles seront attendues : nombre de familles effectivement couvertes, accessibilité des cotisations, qualité de la prise en charge, efficacité des procédures et capacité à adapter les dispositifs à d’autres marchés. L’enjeu dépasse la réussite commerciale d’un groupe. Il concerne l’émergence de modèles africains de protection capables de tenir compte de la mobilité des populations, de la diversité des revenus et des besoins sanitaires.
À travers l’expérience portée par Activa, Sosan Med et Jaabi, le Rebranding Africa Forum 2026 aura ainsi donné un aperçu des évolutions possibles de l’assurance sur le continent. Une assurance moins liée aux frontières nationales, davantage connectée aux usages numériques et appelée à jouer un rôle dans la construction de systèmes de santé plus accessibles.
Reste à transformer cette perspective en une réalité mesurable pour les familles africaines. Car, au bout du compte, le progrès ne se jugera pas seulement au nombre de contrats souscrits, mais aussi à celui des patients qui pourront se soigner sans mettre en péril l’équilibre financier de leurs proches.
Simon Pierre Etoundi