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AGF : 7,4 milliards $ mobilisés pour le crédit aux PME

Immeuble de l’AGF (African Guarantee Fund) à Lomé, fonds panafricain de garantie des crédits aux PME

L’African Guarantee Fund entend minimiser la difficulté des petites et moyennes entreprises à accéder au financement. Derrière un instrument encore méconnu se joue une question essentielle : comment transformer les ressources bancaires en investissements productifs ?

Une PME peut disposer de commandes et d’un marché sans obtenir le prêt nécessaire pour acheter une machine ou recruter. Pour la banque, l’absence de garanties suffisantes ou l’incertitude sur les remboursements rendent le dossier risqué. C’est entre l’ambition de l’entrepreneur et la prudence du prêteur qu’intervient l’African Guarantee Fund (AGF).

Créé en 2011 à l’initiative de la Banque africaine de développement (BAD) et des gouvernements danois et espagnol, rejoints ensuite par l’Agence française de développement et le Fonds nordique de développement, l’AGF est une institution financière panafricaine spécialisée dans le partage des risques. Sa vocation n’est pas de prêter directement aux PME, mais de garantir une partie des crédits accordés par des banques et d’autres établissements financiers. Si un emprunteur fait défaut, le mécanisme couvre une partie des pertes selon les termes convenus. La banque conserve une part du risque et la responsabilité d’examiner le projet.

Immeuble de l’AGF (African Guarantee Fund) à Lomé, fonds panafricain de garantie des crédits aux PME
Immeuble de l’African Guarantee Fund (AGF) à Lomé. Photo Edison McCullen, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

Du risque bancaire au moteur économique

Grâce aux garanties individuelles ou portant sur des portefeuilles de crédits, un établissement peut financer des entreprises qu’il aurait autrement écartées. L’AGF complète cet appui par du renforcement des capacités : mieux évaluer les PME, adapter les produits bancaires et accompagner les entrepreneurs. Une garantie ne remplace donc ni un projet viable ni une bonne gestion ; elle rapproche deux acteurs qui peinent souvent à se faire confiance.

Les indicateurs publiés par l’institution donnent la mesure de son action : 7,4 milliards de dollars de financements mobilisés, 2,75 milliards de garanties émises, environ 55 800 PME soutenues dans 44 pays. Ces sommes ne constituent pas des prêts directement décaissés par l’AGF : elles illustrent l’effet d’entraînement recherché sur les ressources des partenaires financiers. L’enjeu est considérable. Selon la Société financière internationale, les petites entreprises représentent jusqu’à 90 % des entreprises et 80 % des emplois en Afrique.

Des PME aux défis de la transformation

L’AGF oriente aussi cet effet de levier vers des priorités stratégiques : entrepreneuriat féminin, agriculture, transition énergétique et innovation. Son dispositif de garanties vertes accompagne les entreprises investissant dans les technologies sobres en carbone. La facilité « Mission 300 », lancée avec l’ambition de mobiliser 5 milliards de dollars en faveur de l’accès à l’énergie, illustre cette orientation. Au Cameroun, un protocole d’accord signé en mai 2026 avec la Caisse des dépôts et consignations ouvre des pistes de coopération pour le financement des PME, sans préjuger des crédits effectivement accordés.

La santé constitue un autre terrain possible. Fabricants de médicaments, fournisseurs d’équipements médicaux, entreprises de logistique sanitaire ou jeunes pousses de santé numérique ont besoin de capitaux souvent difficiles à obtenir. Pour eux, le partage des risques peut favoriser l’investissement productif. C’est ce lien entre financement et souveraineté sanitaire que doit éclairer Constant N’Zi, directeur général du groupe AGF depuis juin 2026, lors du Rebranding Africa Forum, les 23 et 24 octobre à Bruxelles.

Reste un défi décisif : mesurer ce qui change réellement pour les entreprises. Les garanties se traduisent-elles par davantage de prêts, à des conditions plus accessibles et par des emplois durables ? Réduisent-elles les écarts entre grandes villes et territoires peu bancarisés ? Sans suivi de ces résultats, les milliards mobilisés ne suffiront pas à démontrer un véritable impact sur le développement.

À l’heure où l’Afrique cherche à financer sa transformation économique, l’AGF occupe une place singulière : celle d’un intermédiaire qui ne remplace ni les banques ni les entrepreneurs, mais tente de rendre leurs ambitions compatibles. Sa prochaine frontière sera de démontrer que la réduction du risque peut aussi faire reculer l’exclusion du crédit.

Georges Auréole Bamba

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