Le RAF 2026, douzième édition du Rebranding Africa Forum, se tient les vendredi 23 et samedi 24 octobre 2026 à Bruxelles, sur le thème « Systèmes de santé en Afrique : innover pour soigner, soigner pour développer ». L’intitulé paraît réservé aux professionnels du soin. Il ne l’est pas : l’Afrique rassemble 17 % de la population mondiale et 3 % de ses professionnels de santé, et importe 99 % des vaccins qu’elle utilise. Combler ces écarts est un chantier de BTP, d’énergie, de logistique et de finance.
Ce que le thème du RAF 2026 recouvre réellement
Une remarque revient chez les entreprises sollicitées cette année : le forum serait dédié aux professionnels de santé, sans opportunité pour les autres. La seconde moitié du thème répond à l’objection — « soigner pour développer ». La santé n’y est pas traitée comme un secteur isolé, mais comme un moteur qui irrigue le reste de l’économie.
Le raisonnement tient à une évidence matérielle. Un système de santé, ce sont d’abord des bâtiments, des routes, du courant, des camions réfrigérés, des logiciels et des mécanismes d’assurance. Aucun de ces métiers n’est médical.
Les chiffres qui font du soin un chantier économique

Le déséquilibre tient en deux nombres, que le forum reprend de l’Organisation mondiale de la santé : le continent rassemble 17 % de la population mondiale et 3 % de ses professionnels de santé. Rapporté à la densité médicale, la même source donne environ un médecin pour 5 000 habitants en Afrique, contre un pour 300 dans les pays de l’OCDE.
Ces ratios varient selon ce que l’on compte — médecins seuls, ou l’ensemble des soignants, infirmiers et sages-femmes inclus. Nous les reprenons donc tels que l’OMS les établit et que les organisateurs les citent, sans prétendre à une précision que les jeux de données ne permettent pas. L’ordre de grandeur, lui, n’est pas contesté : l’OMS chiffre à environ 6,1 millions le déficit d’agents de santé attendu sur le continent d’ici 2030.
Côté production, la dépendance est presque totale. L’Afrique importe 99 % des vaccins qu’elle administre, n’en produisant qu’environ 1 %. Pour les médicaments, la proportion importée avoisine les 70 % — un chiffre que le Ghana a lui-même qualifié d’alerte. Les projections démographiques ajoutent l’urgence : le continent comptera environ 2,5 milliards d’habitants en 2050.

Ces écarts ne se comblent pas avec la seule diaspora médicale. Ils se comblent avec des hôpitaux à construire, des usines pharmaceutiques à implanter, des chaînes du froid à déployer, des systèmes d’information à sécuriser, de l’énergie fiable à fournir et de l’eau à assainir. Des mouvements existent déjà en ce sens, comme le premier générique contre la drépanocytose produit en Afrique, ou l’objectif de 60 % de production locale affiché à Accra.
Neuf secteurs déjà dans la chaîne de valeur
C’est la grille que le forum met en avant cette année, et elle se lit comme une liste de marchés :
- BTP, ingénierie, immobilier : hôpitaux, centres de diagnostic, parcs industriels pharmaceutiques
- Banque, assurance, finance : couverture santé panafricaine, partenariats public-privé, financement d’infrastructures
- Énergie : continuité électrique des plateaux techniques, solutions décentralisées en zone rurale
- Numérique, télécoms, informatique : dossier médical électronique, télémédecine, intelligence artificielle, cybersécurité
- Logistique, transport, distribution : chaîne du froid, traçabilité des produits de santé
- Industrie et production locale : médicaments, vaccins, dispositifs médicaux, consommables
- Eau, assainissement, environnement : traitement des sols et des eaux, prévention en amont du soin
- Agro-industrie : nutrition, sécurité alimentaire, valorisation de la pharmacopée africaine
- Conseil, audit, juridique : réglementation, propriété intellectuelle, homologation, gouvernance des partenariats public-privé
La donnée est d’ailleurs le premier verrou de plusieurs de ces chantiers : le Burkina Faso a dû reconstituer 93 % des informations sur son propre personnel soignant avant de pouvoir planifier quoi que ce soit.
Douze ans, de Bruxelles à Ouagadougou
Le forum n’en est pas à son coup d’essai. La première édition se tient le 18 octobre 2014 à Bruxelles, à l’initiative de Thierry Hot, promoteur de Notre Afrik, autour d’une question : à quel prix l’Afrique peut-elle réaliser son émergence ?
Dès 2015, le thème de l’investissement réunit une délégation sénégalaise conduite par le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne, représentant le président Macky Sall. En 2016, l’industrialisation ; le Burkina Faso est pays invité d’honneur.
Le tournant géographique arrive les 5 et 6 octobre 2018 : Ouagadougou accueille la première édition organisée sur le continent, consacrée à l’économie verte. Les présidents Roch Marc Christian Kaboré et Nana Akufo-Addo participent à l’ouverture, aux côtés du Premier ministre nigérien Brigi Rafini. Le quotidien Sidwaya y recense plus de 500 participants.
La série connaît une interruption : l’édition prévue à Niamey en 2020 est annulée pour cause de pandémie. Le forum reprend les 29 et 30 octobre 2021 à Bruxelles, sur la révolution numérique. Douze ans d’existence ne signifient donc pas douze rencontres consécutives — c’est bien la douzième édition qui se tiendra en 2026, la onzième s’étant tenue en 2025.
Les chefs d’État s’y succèdent : le président sierra-léonais Julius Maada Bio intervient le 21 octobre 2023 ; en 2024, la Première ministre congolaise Judith Suminwa Tuluka représente Félix Tshisekedi dans une édition où la République démocratique du Congo est mise à l’honneur.
Les Rebranding Africa Awards racontent l’autre versant du forum, celui de la culture et des médias : Manu Dibango distingué en 2015, Samuel Eto’o récompensé d’un Lifetime Achievement en 2017, et le président cap-verdien José Maria Neves honoré d’un Governance Leadership Award en 2025.
Une réserve de méthode s’impose sur ce récit : il s’appuie sur des comptes rendus de presse et sur les communications des organisateurs. Il documente des rencontres et des prises de parole, pas les suites qui leur ont été données — le suivi des projets annoncés reste un exercice distinct, et il n’a pas été mené ici.
Format, dates et accès
La journée du vendredi 23 octobre 2026 réunit communications inaugurales, panels, Hard Talks, Deal Rooms et ateliers thématiques, ainsi que l’Innovation Time porté par la RAF Academy et la cérémonie des Rebranding Africa Awards. Le samedi 24 octobre prolonge le forum par un volet culturel.
Le public visé mêle décideurs politiques et institutionnels, bailleurs et investisseurs, dirigeants d’entreprises — et, cette année plus que les précédentes, des opérateurs venus de secteurs non médicaux. Bruxelles reste le lieu, pour sa position de carrefour institutionnel des relations entre l’Afrique et l’Europe.
La salle impose une jauge stricte : les inscriptions sont traitées par ordre d’arrivée jusqu’à épuisement des places.
N.B. — NotreAfrik est édité par Samori Media Connection, qui organise également le Rebranding Africa Forum. Cet article porte sur un événement de notre propre groupe.








