Algérie-Niger : Tebboune envoie l’ANP, 148 voix pour

Paysage désertique près d'Agadez, région nigérienne du permis pétrolier de Kafra, au cœur de l'axe Algérie Niger

Le 26 octobre 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a décidé d’envoyer des unités de l’Armée nationale populaire (ANP) au Niger, « afin d’assurer la protection des intérêts énergétiques et économiques communs algéro-nigériens », selon l’agence officielle APS. La décision suit l’approbation des deux chambres du Parlement, la veille, dont 148 voix sur 148 votants au Conseil de la nation. L’axe Algérie-Niger change ainsi de nature, mais ni les effectifs, ni la durée, ni les zones de déploiement n’ont été rendus publics.

Ce que dit la décision, et ce qu’elle ne dit pas

Le texte publié par Algérie Presse Service (APS) le 26 octobre 2026 tient en une phrase et fixe un seul objectif : la protection d’intérêts énergétiques et économiques communs. Le résumé de l’APS ne mentionne ni article de la Constitution, ni demande nigérienne.

Ces deux éléments viennent du quotidien en ligne TSA, qui cite le communiqué de la présidence. Selon TSA, celui-ci invoque les articles 30 et 91 de la Constitution et précise que l’envoi intervient « à la demande des autorités nigériennes ». Aucun communiqué du gouvernement nigérien sur ce déploiement n’a été trouvé dans les sources examinées au 28 octobre 2026.

Le président a adressé sa notification au Parlement le 22 octobre 2026. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, l’a présentée en son nom le 25 octobre, en séances plénières à huis clos.

Un vote aux deux tiers, des décomptes qui divergent

Depuis la révision de 2020, la Constitution algérienne encadre ces envois. Dans sa version publiée au Journal officiel du 26 mars 2026, l’article 91 donne au président le pouvoir de décider « de l’envoi des unités de l’Armée Nationale Populaire à l’étranger après approbation à la majorité des deux tiers (2/3) de chaque chambre du Parlement ».

Au Conseil de la nation, la chambre haute, l’APS parle d’une approbation « à l’unanimité ». L’agence turque Anadolu donne le détail : 148 voix pour, sur 148 votants, dont 131 présents et 17 procurations, pour 174 sièges. Le seuil des deux tiers était donc de 116 voix.

Pour l’Assemblée populaire nationale (APN), la chambre basse, les sources officielles ne concordent pas. La dépêche de l’APS du 25 octobre indique une approbation « à la majorité absolue », sans aucun décompte. Le communiqué présidentiel, cité par TSA, parle au contraire d’une « approbation à l’unanimité » des deux chambres. Seul un procès-verbal de séance permettrait de vérifier que le seuil constitutionnel des deux tiers a été atteint à l’APN.

Algérie-Niger : ce que l’armée doit protéger

Aucune liste officielle des sites concernés n’a été publiée. Selon Anadolu, le communiqué du Conseil de la nation évoque la protection des intérêts énergétiques et la mise en œuvre d’un accord bilatéral entre les deux pays, et une source anonyme au sein de la chambre parle d’un « détachement » chargé de sécuriser les projets de Sonatrach au Niger.

Le premier de ces projets est le permis de Kafra, dans la région d’Agadez. Sonatrach y est présente depuis 2005 par sa filiale Sipex, avec la Société nigérienne de pétrole (Sonidep). Après deux puits forés en 2018 et 2019 et la découverte Kafra-1, Niamey a prolongé le permis de deux ans le 15 avril 2026. Le 13 août 2026, les deux Premiers ministres ont lancé le forage de quatre nouveaux puits, confié à Enafor, filiale de Sonatrach.

Le second est le gazoduc transsaharien (TSGP). Selon Observ’Algérie, il doit relier Warri, au Nigeria, à Hassi R’Mel, en Algérie, sur 4 128 km, dont 841 km au Niger, pour une capacité de 30 milliards de mètres cubes par an et un coût estimé à 13 milliards de dollars. Les travaux ont démarré côté algérien le 4 juin 2026 à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar ; côté nigérien, seuls des relevés topographiques étaient annoncés pour début octobre 2026.

Le lieu de stationnement reste inconnu. L’ancien diplomate algérien Amar Belani a évoqué dans une tribune la base de Madama, au nord du Niger. Ni Alger ni Niamey ne l’ont confirmé.

Qui porte le coût, qui capte la valeur

La répartition des rôles est asymétrique. Le Niger apporte le territoire et les permis ; l’Algérie apporte l’opérateur, les capitaux et, désormais, la sécurité. Aucun accord chiffré de partage de la production à Kafra ni de droits de transit sur le gazoduc n’a été rendu public.

Pour Sonatrach, l’enjeu dépasse deux gisements. Le TSGP ferait de l’Algérie le passage obligé du gaz nigérian vers l’Europe, en concurrence directe avec le projet de gazoduc Nigeria-Maroc le long de la façade atlantique. Une présence militaire au nord du Niger renforce cette position de négociation.

Restent sans réponse publique le coût budgétaire de l’opération, sa durée, la chaîne de commandement et les règles d’engagement, débattues à huis clos. Les populations du nord du Niger, premières concernées, ne disposent d’aucun périmètre officiel de la mission.

Une doctrine qui bouge depuis août 2026

Plusieurs médias présentent cet envoi comme le premier déploiement militaire algérien à l’étranger depuis la guerre d’octobre 1973. La formule doit être nuancée. Fin août 2026, après la mutinerie de la base aérienne 101 de Niamey, Alger avait déjà envoyé quatre chasseurs Su-30, un avion de transport et un ravitailleur à Niamey, un épisode que le magazine ADF qualifiait déjà de premier déploiement depuis 1973. La nouveauté d’octobre tient plutôt à la procédure : un envoi d’unités soumis au vote des deux chambres.

Le rapprochement est récent. En 2025, après la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne, les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Niger, avaient rappelé leurs ambassadeurs. Le dégel est intervenu en février 2026, avec la visite du général Abdourahamane Tiani à Alger. Le 21 octobre 2026, selon le ministère algérien de la Défense cité par l’agence Xinhua, le chef d’état-major Saïd Chanegriha et le ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Mody, ont signé à Alger un protocole de coopération militaire dont le contenu n’a pas été publié.

Au 28 octobre 2026, aucune réaction officielle de l’AES, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ni du gouvernement malien n’a été trouvée dans les sources examinées. Le prochain fait vérifiable sera l’arrivée effective des unités sur le sol nigérien, et la première communication de Niamey à ce sujet.

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