La croissance du Ghana a atteint 7,4 % sur un an en juillet 2026, selon l’indicateur mensuel publié le 15 octobre 2026 par le Ghana Statistical Service (GSS). Mais cette accélération repose surtout sur les services, pendant que l’agriculture ralentit et que les réserves de change ont fondu de plus de 3 milliards de dollars entre mars et août. La reprise est réelle ; elle n’est ni uniforme ni acquise.
Croissance du Ghana : les services tirent, l’agriculture décroche
L’indicateur mensuel de croissance économique (Monthly Indicator of Economic Growth, MIEG) du GSS est passé de 113,2 en juillet 2025 à 121,6 en juillet 2026. La hausse de 7,4 % se compare à 4,9 % un an plus tôt. Ce thermomètre mensuel n’est pas le produit intérieur brut (PIB) annuel : il donne une tendance, pas un bilan.
Le détail par secteur est parlant. Les services ont progressé de 12,2 %, contre 6,7 % en juillet 2025, portés par l’information et la communication ; ils expliquent 63,8 % de la croissance du mois. L’industrie a crû de 5,4 %, après 0,4 % un an plus tôt, grâce aux mines et carrières. L’agriculture, elle, est tombée à 3,7 %, contre 8,2 % en juillet 2025, et ne pèse que 14,1 % de la croissance.
La Bank of Ghana (BoG) mesure de son côté un indice composite d’activité économique (CIEA) en hausse de 14,9 % en juillet 2026. Ce n’est pas une contradiction : le CIEA, autre instrument, intègre le crédit et le commerce. Au deuxième trimestre, le PIB réel a progressé de 6,0 %, un peu moins que les 6,6 % du même trimestre de 2025, selon la banque centrale.
Une reprise inégale : qui en profite ?
Une croissance tirée par les télécommunications et les services urbains ne se diffuse pas au même rythme dans les campagnes. Le ralentissement agricole touche les ménages ruraux, qui ne vivent pas la conjoncture des entreprises d’Accra. Le MIEG ne mesure ni l’emploi, ni les salaires, ni la répartition régionale : présenter les 7,4 % comme une hausse générale du niveau de vie irait au-delà des chiffres.
La relance industrielle mérite la même prudence. Les mines, en particulier l’or, créent en général moins d’emplois et de sous-traitance locale qu’une expansion manufacturière. La croissance non pétrolière du deuxième trimestre est d’ailleurs revenue à 5,4 %, contre 8,5 % un an plus tôt, selon la BoG.
Les entreprises, en revanche, respirent. Le crédit au secteur privé a bondi de 35,5 % sur un an en août 2026 et le taux débiteur moyen des banques est descendu à 15,9 %, contre 24,2 % un an plus tôt. L’inflation est restée basse, à 5,2 % en septembre 2026 selon le statisticien général Alhassan Iddrisu, sous la cible de 8 % plus ou moins 2 points. Le 24 septembre, la BoG a maintenu son taux directeur à 14 %, à l’unanimité.
Réserves de change : 3 milliards de dollars perdus en cinq mois
Le point faible est extérieur. Selon les données de la BoG, les réserves internationales brutes sont passées de 13,83 milliards de dollars fin 2025 (5,7 mois d’importations) à 14,16 milliards en mars 2026, puis à 12,94 milliards en juin et 11,07 milliards fin août, soit 4,2 mois. Au 22 septembre, elles étaient remontées à 12,05 milliards, ou 4,5 mois, « soutenues par l’amélioration des recettes d’exportation d’or », écrit la banque centrale dans son communiqué de politique monétaire du 24 septembre 2026.
Le gouverneur Johnson Asiama a cité trois risques à l’ouverture du comité de septembre : le recul des réserves, un déficit projeté de la balance courante et la suspension des exportations d’or du Ghana Gold Board (GoldBod) depuis la mi-août, dont les raisons n’ont pas été rendues publiques. « Reconstituer les réserves sera une priorité clé », a-t-il déclaré. Le cedi accusait au 18 septembre une dépréciation de 9,5 % face au dollar depuis le début de l’année, selon la BoG.
L’or, pilier fragile de la stratégie d’Accra
L’or porte l’économie extérieure du Ghana. Sur les huit premiers mois de 2026, il a rapporté 14,86 milliards de dollars, soit environ deux tiers des 22,44 milliards d’exportations totales (calcul de la rédaction sur les données de la BoG). La banque centrale détenait 25,2 tonnes d’or en août, valorisées à 3,57 milliards de dollars, contre 18,6 tonnes fin 2025.
La politique d’accumulation accélérée des réserves 2026-2028, publiée par le ministère des Finances, fait de ce métal son outil principal. Elle vise au moins 8,6 mois d’importations fin 2026, plus de 11,8 mois fin 2027 et 15 mois fin 2028. Le GoldBod doit acheter au moins 2,45 tonnes par semaine à la petite mine, un secteur qui paie encore très peu d’impôts.
En septembre 2026, le GoldBod a déclaré 1,871 milliard de dollars de recettes en devises, dont 1,170 milliard cédé à la BoG, au-delà de l’objectif de 700 millions. Mais pour octobre, il n’annonce que 1,5 milliard, dont jusqu’à 500 millions pour la banque centrale. À 4,5 mois de couverture, l’écart avec la cible de fin d’année reste d’environ quatre mois. Le modèle a aussi un coût : le Fonds monétaire international (FMI) avait chiffré à 1,7 milliard de dollars les pertes du programme d’achat d’or de la BoG en 2025.
Après le FMI, une solidité à prouver
Le 27 juillet 2026, le conseil d’administration du FMI a achevé la sixième et dernière revue de la facilité élargie de crédit, avec un ultime décaissement d’environ 371 millions de dollars, pour près de 3 milliards au total. Accra est passée à un instrument de coordination des politiques de 36 mois, sans financement. La dette publique atteignait 45,9 % du PIB fin juillet 2026, selon la BoG.
La discipline budgétaire a rassuré les marchés plus vite que les ménages, et la croissance de juillet prolonge ce décalage. La solidité de la reprise se jugera sur trois points : les prochains relevés du MIEG, pour écarter un simple effet de mois ; la capacité de l’agriculture à repartir ; et la reprise des exportations d’or du GoldBod, sans laquelle l’objectif de 8,6 mois à fin 2026, presque le double des 4,5 mois de septembre, paraît difficile à tenir.








