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Sonatrach Niger : 4 puits à Kafra et 20 000 b/j visés

Siège de Sonatrach à Oran, groupe engagé dans les forages Sonatrach Niger

Quatre puits d’exploration lancés le 13 août à Kafra, une première cargaison de brut nigérien commercialisée conjointement le 14, les premières livraisons de Jet A1 le même jour, et le bloc de Bilma remis au centre des discussions le 29 août à Alger. En un semestre, Sonatrach est passée au Niger du statut d’explorateur à celui d’opérateur sur toute la chaîne. Reste à savoir ce que ces annonces engagent réellement.

Vingt ans de présence, et un changement d’échelle

Sonatrach n’arrive pas au Niger. Sa filiale SIPEX détient le permis de Kafra depuis 2005. Le groupe indique y avoir acquis environ 2 200 kilomètres de données sismiques 2D et 760 kilomètres carrés de sismique 3D, puis foré deux puits d’exploration en 2018 et 2019. Les autorités nigériennes ont prolongé ce permis de deux ans le 15 avril 2026, donnant à SIPEX le temps de délimiter et d’évaluer le gisement.

Le 13 août 2026, Sonatrach et la Société nigérienne de pétrole (Sonidep) ont lancé une campagne de quatre nouveaux puits, destinée à caractériser les réservoirs et à tester la viabilité économique du permis.

Ce que Sonatrach Niger couvre désormais

L’élargissement s’est fait par étapes rapprochées. Trois mémorandums d’entente ont été signés le 2 juin 2026 entre Sonidep et des filiales du groupe algérien : Enageo pour l’acquisition et le traitement des données sismiques, Enafor pour une coentreprise de forage pétrolier et gazier, Naftal pour la distribution des produits pétroliers — avec transfert d’expertise, installations de conditionnement et création d’une société mixte pour fabriquer, stocker et distribuer du bitume.

Puis l’aval. Le 14 août, les deux compagnies ont chargé au terminal de Sèmè, au Bénin, une première cargaison de brut nigérien « Meleck » commercialisée conjointement. Le même jour, Sonatrach a commencé à livrer du carburant aviation Jet A1 au Niger depuis sa raffinerie d’Adrar, dans le cadre d’un contrat de vente conclu avec la compagnie publique nigérienne.

Le groupe ne se contente donc plus d’explorer : il vend le brut avec Sonidep et fournit des produits raffinés au marché local.

Bilma, le projet central — et ce qu’il pèse

Le 29 août à Alger, le ministre algérien de l’Énergie Mohamed Arkab et le directeur général de la Sonidep Ali Seibou Hassane ont replacé le bloc de Bilma, situé dans l’est du pays entre Diffa et Agadez, au centre de la coopération. Sonatrach s’est engagée à réviser l’étude de faisabilité du périmètre, étape préalable au plan de développement.

Selon les autorités nigériennes, citées par l’Agence Ecofin, le gisement pourrait produire plus de 20 000 barils par jour pendant une vingtaine d’années. Deux précisions s’imposent. Ce chiffre n’apparaît pas dans le communiqué algérien, et il précède la révision de l’étude : ce n’est pas une réserve certifiée.

Quant à l’ordre de grandeur, il dépend de la production actuelle du pays — et les sources divergent, entre environ 90 000 barils par jour sur le champ d’Agadem et près de 110 000 selon d’autres publications récentes. Bilma représenterait donc un cinquième environ de la production nationale : significatif, mais pas un doublement. Et une réserve annoncée ne vaut pas un investissement : le Nigeria vient d’en faire l’expérience, où 37 milliards de barils prouvés ne suffisent plus à attirer les capitaux.

Ce que chaque partie vient chercher

La symétrie des besoins est réelle.

Le Niger cherche à sortir d’une double dépendance. Il exporte du brut et raffine 20 000 barils par jour à Zinder, tout en important une partie de ses produits raffinés au prix du marché mondial — configuration qui explique que la hausse des cours ait été invoquée comme motif de rectification budgétaire le 21 août. Son accès au marché passe par le Bénin, et les relations entre Niamey et Cotonou sont tendues au point que la frontière a déjà été fermée.

L’Algérie a le problème inverse. Les hydrocarbures représentent en moyenne 92 % de ses exportations et 43 % de ses recettes budgétaires selon le Fonds monétaire international. Cette dépendance pousse Sonatrach à chercher des relais de croissance à l’international en valorisant son ingénierie plutôt que ses seules réserves.

C’est ce qui distingue ce partenariat : Sonatrach n’apporte pas d’abord du capital mais du savoir-faire — sismique, forage, distribution, bitume. Un transfert d’une compagnie nationale africaine vers une autre, configuration rare sur un continent où l’expertise pétrolière vient généralement des majors occidentales ou asiatiques.

Le point non documenté : Dosso

Le partenariat s’étend à la modernisation du système de raffinage de Zinder, où Naftal étudie l’implantation d’un centre d’approvisionnement en bitume et des solutions logistiques pour le Jet A1 et les carburants routiers. Un projet de raffinerie et de complexe pétrochimique à Dosso est également évoqué.

Or le Niger a signé le 15 août 2026 une convention avec le groupe Zimar pour une raffinerie de 100 000 barils par jour à Dosso, d’un montant de 1,9 milliard de dollars. L’articulation entre ce projet et l’intérêt de Sonatrach pour le même site n’est documentée nulle part : même projet, participation envisagée, ou deux dossiers concurrents ? Les sources ne le disent pas, et nous ne trancherons pas à leur place.

Une diversification tous azimuts

Le Niger multiplie les partenaires sans en privilégier un : la Chine sur Agadem et le pipeline, l’Algérie sur Bilma et la distribution, des discussions engagées avec les États-Unis sur les blocs matures, une convention avec un groupe australien sur l’uranium de Madaouela, Zimar sur le raffinage.

Le rapprochement énergétique avec Alger avance de pair avec le politique. Les relations s’étaient dégradées après juillet 2023, autour de la proposition de médiation algérienne, de la gestion des flux migratoires, et après la destruction d’un drone nigérien par l’armée algérienne. Le dialogue s’est renoué jusqu’à la visite d’Abdourahamane Tiani à Alger les 15 et 16 février 2026. Et le 31 août, Abdelmadjid Tebboune a téléphoné à son homologue après la mutinerie de la base 101, réaffirmant que l’Algérie resterait aux côtés du Niger « en toutes circonstances ».

Une réserve de méthode

Un mémorandum d’entente n’est pas une convention, une convention n’est pas un chantier, et une révision d’étude de faisabilité n’est pas une décision d’investissement. Le montant des investissements nécessaires à Bilma n’est pas publié ; les résultats des quatre puits de Kafra ne sont pas connus ; la part de chacun dans la marge commerciale de la cargaison « Meleck » n’est pas détaillée.

Trois indicateurs diront si Sonatrach Niger passe du communiqué au développement industriel : la constitution effective de la coentreprise de forage entre Enafor et Sonidep, la publication du plan de développement de Bilma, et les résultats des forages de Kafra. Le reste, pour l’instant, tient dans des signatures.

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