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Gazoduc Nigeria-Maroc : 6 800 km et 25 milliards actés

Gazoduc Nigeria-Maroc : 6 800 km et 25 milliards actés

Réunis en sommet à Freetown le 19 juillet 2026, les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO ont signé l’Accord intergouvernemental (IGA) encadrant le développement du Gazoduc Africain Atlantique reliant le Nigeria au Maroc. Long d’environ 6 800 kilomètres, traversant treize pays de la façade atlantique et estimé à quelque 25 milliards de dollars, ce projet titanesque — initié en 2016 par le roi Mohammed VI et le défunt président nigérian Muhammadu Buhari — franchit ainsi une étape institutionnelle et financière décisive.

Une signature qui engage toute l’Afrique de l’Ouest

Par cet acte, les États membres de la CEDEAO consacrent leur adhésion collective à un projet jusqu’ici porté au niveau bilatéral. L’accord, paraphé sous la présidence du Sierra-Léonais Julius Maada Bio, marque le passage du projet dans sa phase opérationnelle : les études techniques, environnementales et d’ingénierie (FEED) sont désormais achevées. Le développement est piloté conjointement par l’Office national des hydrocarbures et des mines marocain (ONHYM) et la compagnie nigériane NNPC Ltd., avec le soutien réaffirmé de l’actuel président nigérian Bola Ahmed Tinubu. Une cérémonie de signature distincte réunira ultérieurement le Maroc et la Mauritanie, États non-membres de la CEDEAO, en présence du président nigérian.

Un ouvrage aux dimensions continentales

Les chiffres donnent le vertige. Le gazoduc s’étendra sur 6 800 kilomètres, combinant tronçons offshore et onshore, avec une capacité de transport évaluée à 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, dont jusqu’à 15 milliards destinés au Maroc et à l’Europe via le raccordement, dans le nord du royaume, au gazoduc Maghreb-Europe. Le déploiement se fera par segments : les premiers tronçons doivent relier le Maroc aux champs gaziers de Mauritanie et du Sénégal, un tronçon sud connecter le Ghana à la Côte d’Ivoire, avant que les segments manquants ne soient bouclés. Les premières mises en service pourraient intervenir au début de la prochaine décennie.

La prochaine étape : structurer le financement

L’IGA n’est qu’un jalon. Les étapes suivantes portent sur la création de la société de projet, dont le siège sera à Casablanca, et de l’autorité de gouvernance du gazoduc (Pipeline Higher Authority), basée à Abuja et réunissant les représentants ministériels des treize pays traversés pour assurer la coordination politique et réglementaire. Viendront ensuite la mobilisation des investisseurs et la préparation de la décision finale d’investissement — l’étape la plus critique pour un projet de 25 milliards de dollars. C’est à ce stade que se mesurera la solidité de l’engagement : signer un accord-cadre est une chose, réunir les capitaux d’un des plus lourds projets d’infrastructure du continent en est une autre.

Un pari énergétique et géopolitique

Le gazoduc est présenté comme un levier de sécurité énergétique pour l’Afrique de l’Ouest, susceptible de soutenir la production électrique et l’industrialisation des pays traversés, tout en offrant au Maroc et à l’Europe une source d’approvisionnement gazier alternative — argument d’autant plus fort depuis la réduction des livraisons russes. Pour Rabat, le projet consacre son rôle de hub énergétique entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe et prolonge sa stratégie d’ancrage continental. Pour Abuja, il valorise d’immenses réserves gazières encore sous-exploitées. Mais l’histoire des méga-gazoducs africains — à commencer par le projet concurrent transsaharien Nigeria-Algérie, en gestation depuis des décennies — invite à la prudence sur les délais. La signature de Freetown est une avancée réelle ; le premier mètre cube de gaz effectivement transporté reste, lui, à l’horizon de la prochaine décennie.

Sources : MAP via Le Desk et Médias24 (19-20 juillet 2026), France 24 (20 juillet 2026), Le360, ONHYM/NNPC, Reuters (avril 2026).

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