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Envois de fonds Afrique : 5 pays captent 72 %, dit le FIDA

Kiosque de transfert d'argent en Afrique de l'Ouest, canal des envois de fonds vers l'Afrique

Chapô — Les envois de fonds vers l’Afrique ont atteint 124,2 milliards de dollars en 2025, en hausse de 86 % sur dix ans, selon le rapport Sending Money Home 2026 publié le 14 septembre par le Fonds international de développement agricole (FIDA). Cinq pays en captent 90,1 milliards, soit près des trois quarts. L’Égypte à elle seule en reçoit un tiers.

Cinq pays, trois quarts des envois de fonds en Afrique

Le classement est d’une concentration rare. L’Égypte reçoit 41,51 milliards de dollars, le Nigeria 22,78, le Maroc 13,65, l’Éthiopie 7,13 et le Kenya 5. Ces cinq destinations totalisent 90,1 milliards sur les 124,2 milliards reçus par le continent.

Le montant égyptien place le pays au quatrième rang mondial, derrière l’Inde (150,7 milliards), le Mexique (64,4) et les Philippines (41,6). Aucun autre pays africain n’approche ce niveau.

Une précision s’impose sur ce chiffre égyptien, nettement supérieur à ce qui était publié pour les années précédentes. Les estimations du FIDA sont construites à partir des balances des paiements : elles mesurent les flux formels. Quand une part des transferts quitte un marché de change parallèle pour revenir dans le circuit bancaire officiel, le montant enregistré bondit sans qu’un dollar de plus ait été envoyé. Le chiffre décrit donc autant la politique monétaire d’un pays que la générosité de sa diaspora — une réserve qui vaut aussi pour le Nigeria, où une partie des envois échappe traditionnellement aux circuits déclarés.

Plus que l’aide publique, plus que les investissements

À l’échelle des pays à revenu faible et intermédiaire, le FIDA chiffre les transferts à 728,6 milliards de dollars en 2025. C’est plus de quatre fois l’aide publique au développement mondiale de la même année, et davantage que les investissements directs étrangers reçus par ces pays.

La progression est plus rapide que la migration elle-même : les flux ont augmenté de 94 % entre 2016 et 2025, quand le nombre de migrants issus de ces pays n’augmentait que de 28 %. Autrement dit, chaque migrant envoie davantage — effet conjugué de la baisse des coûts de transfert et de la numérisation des canaux.

Le rapport avance un autre ordre de grandeur, plus parlant que les milliards : 220 millions de migrants et de membres de diasporas font vivre 1,1 milliard de proches. Une personne sur six dans le monde est reliée à ce circuit.

La dépendance ne se lit pas dans les montants

C’est la lecture que le classement masque. L’Égypte encaisse le plus gros montant, mais rapporté à la taille de son économie, ce n’est pas elle la plus dépendante. Le FIDA relève que dans 23 pays, les transferts représentent plus de 10 % du produit intérieur brut. Et dans neuf pays, ils dépassent la valeur totale des exportations de biens et de services.

Pour ces économies, l’argent de la diaspora n’est pas un appoint : c’est la première ressource extérieure, devant toute exportation agricole ou minière. Cela leur donne un filet de sécurité remarquable — les transferts se sont maintenus pendant la pandémie, quand les investissements étrangers s’effondraient — et une vulnérabilité symétrique : leur balance des paiements dépend de décisions d’emploi prises à Paris, Dubaï ou Houston.

Ce que coûte encore le trajet

Le coût d’envoi a baissé sur la décennie, sous l’effet de la concurrence des acteurs numériques. Mais l’Afrique subsaharienne reste la région du monde où envoyer de l’argent coûte le plus cher, loin de la cible de 3 % fixée par les Objectifs de développement durable à l’horizon 2030.

L’écart n’est pas anecdotique : sur 124 milliards de dollars, chaque point de commission représente plus d’un milliard qui reste chez l’intermédiaire au lieu d’arriver à la famille. C’est le même combat que celui mené sur les paiements domestiques, où la monnaie électronique gagne du terrain dans l’UEMOA, et où les acteurs numériques ont fait reculer les tarifs bancaires traditionnels.

Le sous-titre du rapport dit l’ambition du FIDA : passer de la « bouée de sauvetage » à la « résilience ». Comprendre : ces fonds servent aujourd’hui d’abord à manger, se soigner et payer l’école — ce qui est légitime — mais une part pourrait être orientée vers l’épargne, le logement ou l’investissement productif. Encore faut-il que les produits financiers existent, et qu’ils soient accessibles à des ménages souvent hors du système bancaire.

Le sujet n’est pas neuf pour le continent : nous suivons la progression de ces flux depuis plusieurs années. Ce que le millésime 2026 ajoute, c’est la mesure de leur poids relatif — et le constat qu’ils pèsent désormais plus lourd que l’aide et l’investissement réunis dans beaucoup de ces économies. Une dépendance qui, comme les déséquilibres commerciaux égyptiens, se règle moins par des annonces que par des décisions de politique économique.

Source : Fonds international de développement agricole, « Sending Money Home 2026 », 14 septembre 2026.

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