AES Russie : accord VEB.RF sans montant, 12 mois pour agir

Siège de VEB.RF, avenue Académicien-Sakharov à Moscou, banque publique russe partenaire de la BCID dans le rapprochement AES Russie

Le 28 octobre 2026, à Moscou, la Banque confédérale pour l’investissement et le développement de l’Alliance des États du Sahel (BCID-AES) a signé avec la banque publique russe de développement VEB.RF un mémorandum d’entente que ses signataires qualifient eux-mêmes d’accord-cadre. Pour le rapprochement AES Russie, c’est un premier pas institutionnel, mais aucun montant n’a été rendu public. Au même moment, les grands projets maliens annoncés avec Moscou, raffinerie d’or et centrale solaire, n’ont toujours pas de mise en service documentée.

AES Russie : un mémorandum, pas un contrat de financement

La signature a eu lieu en marge du troisième sommet Russie-Afrique, dont nous avons détaillé le bilan commercial et le plan d’action signé avec l’Union africaine. Le texte a été paraphé par Balibié Serge Auguste Bayala, président de la BCID-AES, et Daniil Algoulian, vice-président de VEB.RF. Étaient présents Alexandre Novak, vice-Premier ministre russe, et Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, Premier ministre du Burkina Faso, qui représentait la Confédération.

Selon le compte rendu de la Primature burkinabè, le cadre porte sur le renforcement des capacités, la structuration de projets d’investissement et le financement conjoint de grands projets confédéraux. Les deux banques veulent aussi faciliter les paiements liés aux échanges commerciaux. Les secteurs cités sont l’énergie, l’agriculture, la transformation et le stockage des productions, ainsi que les routes, les chemins de fer et les corridors de transport.

Balibié Serge Auguste Bayala en résume lui-même la portée : « C’est un accord-cadre, il n’est pas limitatif ». Le texte intégral n’a pas été publié. Les mines, l’or, le nucléaire et le lithium, souvent associés au partenariat russo-sahélien, ne figurent pas parmi les secteurs cités.

Douze mois pour un premier projet, à la demande de Ouagadougou

Le calendrier le plus précis ne vient pas du texte, mais du Premier ministre burkinabè. Selon la Primature, il a demandé la désignation immédiate de points focaux, des procédures simples, un bilan annuel conjoint et la signature d’un premier projet dans les douze mois. Les comptes rendus publiés ne disent pas si ces demandes figurent dans le mémorandum.

Il affirme en revanche que trois critères de sélection y sont inscrits : la valeur ajoutée locale, l’emploi et le transfert de compétences. « C’est écrit dans le texte et nous y tenons », a déclaré Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo. Toujours selon la Primature, qui cite le gouvernement russe, VEB.RF devient le premier partenaire international de la banque confédérale.

Le symbole est réel pour une institution inaugurée à Bamako en décembre 2025, avec un capital initial annoncé de 500 milliards de francs CFA, soit environ 762 millions d’euros. Mais aucune enveloppe russe, aucune ligne de crédit et aucun projet nommé n’accompagnent la signature.

Qui emprunte, qui garantit, qui rembourse ?

Une banque confédérale peut porter des projets qui dépassent les frontières, comme un corridor ou une interconnexion électrique. Encore faut-il savoir quel État emprunte, lequel garantit et comment les recettes seront partagées. Sans ces règles, une infrastructure dite commune peut concentrer ses bénéfices dans un pays et répartir ses coûts entre trois budgets.

Les conditions financières restent inconnues : monnaie du prêt, taux, maturité, garanties souveraines, obligation éventuelle de recourir à des fournisseurs russes. Un crédit en devise étrangère remboursé avec des recettes en francs CFA peut coûter plus cher que prévu. La part de valeur captée au Sahel dépendra donc des contrats, de la sous-traitance locale et de la maintenance, pas de l’annonce.

Assimi Goïta à Moscou : protocole et camions

Le président de la Transition malienne, Assimi Goïta, a assisté le 28 octobre 2026 à la réception offerte au Kremlin par Vladimir Poutine à l’ensemble des participants au sommet. Le compte rendu de la présidence malienne décrit un échange de salutations puis un dîner officiel, sans accord ni montant.

Le 29 octobre, en séance plénière, il a défendu des partenariats fondés sur la souveraineté et la transformation locale des ressources stratégiques, en évoquant les « perspectives » de la centrale solaire de Sanankoroba. Un entretien bilatéral avec le président russe était annoncé pour le 30 octobre par la presse malienne ; aucun compte rendu officiel n’en avait été publié au moment de la rédaction.

Le seul engagement chiffré malien récent précède le sommet. Le 7 octobre 2026, la Société malienne de transport et de logistique (SMTL-SA) a signé avec le constructeur russe KAMAZ un contrat de plus de 30 milliards de francs CFA, environ 51,5 millions de dollars selon l’agence russe TASS, incluant maintenance et formation. Ici, c’est le Mali qui paie et l’industriel russe qui vend : l’inverse d’un investissement russe.

Raffinerie d’or et centrale solaire : des projets toujours en attente

Lors de la visite d’État de juin 2025, Moscou et Bamako ont signé un accord sur l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. C’est un cadre intergouvernemental : aucun projet de centrale, aucun calendrier ni financement n’ont été rendus publics depuis.

La raffinerie d’or SOROMA-SA, à Sénou, a reçu sa première pierre le 16 juin 2025. L’État malien en détient 62 % et le groupe russe Yadran 38 %, pour un capital social de 600 millions de francs CFA, environ 915 000 euros, face à une capacité annoncée de 200 tonnes d’or par an. Sa mise en service est attendue en décembre 2026 ; aucun point d’étape public récent n’a été trouvé, et le coût total du projet n’est pas documenté.

La centrale solaire de Sanankoroba, 200 mégawatts-crête confiés à NovaWind, filiale du groupe public russe Rosatom, a été lancée en mai 2024 pour plus de 120 milliards de francs CFA annoncés. Les autorités promettaient alors un an de travaux. Plus de deux ans plus tard, aucune mise en service n’apparaît dans les sources examinées.

Deux échéances pour mesurer le partenariat

Moscou consolide un cadre avec le Sahel, banque contre banque, commission contre commission. Sa valeur concrète se jugera à deux dates : la mise en service de la raffinerie promise pour décembre 2026, puis un premier projet BCID-AES et VEB.RF signé avant fin octobre 2027, si la demande burkinabè est tenue. D’ici là, la question reste entière : qui captera la valeur des investissements annoncés, les populations et les entreprises sahéliennes, ou les fournisseurs étrangers ?

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