Le troisième sommet Russie-Afrique s’est ouvert le 28 octobre 2026 à Moscou, avec 48 pays africains représentés. Le Kremlin revendique plus de 27 milliards de dollars d’échanges avec le continent en 2025, loin des 40 milliards promis en 2019. Le même jour, la Russie et l’Union africaine (UA) ont signé un plan d’action 2027-2029 qui, selon l’UA elle-même, ne crée aucune obligation juridique.
Le sommet se tient les 28 et 29 octobre 2026, après ceux de Sotchi en 2019 et de Saint-Pétersbourg en 2023. Selon l’Associated Press, une vingtaine des 48 délégations étaient conduites par des dirigeants ; Al Jazeera en compte 22 au niveau des chefs d’État. Dans son discours d’ouverture, Vladimir Poutine, président russe, a affirmé que les entreprises russes ne pratiquent pas d’exploitation « prédatrice, néocoloniale » des ressources du continent, et a plaidé pour un poids accru de l’Afrique au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale.
Un plan Russie-UA dans 19 domaines, sans engagement contraignant
Le texte le plus concret de la première journée a été signé en marge du sommet par Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA, et Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères. Selon le communiqué de l’Union africaine, ce plan d’action couvre 19 domaines de coopération sur 2027-2029.
La liste est large : paix et sécurité, lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale, énergie, transports, agriculture, eau, santé, éducation, commerce et investissement. S’y ajoutent l’intelligence artificielle, la transformation numérique, la cybersécurité et les technologies spatiales.
L’UA précise toutefois que le plan « constitue un cadre de coopération et ne crée pas de droits ou d’obligations en droit international ». Le communiqué ne mentionne ni enveloppe financière ni calendrier par pays. Sa portée dépendra donc des accords d’exécution qui suivront, pas de la signature elle-même.
Sommet Russie-Afrique : 27 milliards de dollars, un poids encore marginal
Le 26 octobre 2026, Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique du Kremlin, a déclaré que les échanges avaient « dépassé 27 milliards de dollars » en 2025, soit une hausse d’environ 1,5 fois depuis le sommet de 2023, selon l’agence TASS. Il a ajouté que l’action « aurait pu être encore plus efficace ». Les chiffres officiels russes varient : Vladimir Poutine rapporte la même hausse à 2022, et la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a parlé de plus de 25 milliards, selon l’Agence de presse sénégalaise.
L’objectif fixé à Sotchi en 2019, « au moins 40 milliards de dollars », n’est pas atteint. Rapporté au commerce de marchandises de l’Afrique, que la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) évalue à environ 1 400 milliards de dollars en 2024, le commerce avec la Russie pèse autour de 2 %. Ce ratio est un calcul de la rédaction, sur des années qui ne coïncident pas exactement.
Les échanges sont aussi concentrés. Le quotidien russe Izvestia attribue environ 60 % du commerce russo-africain à l’Afrique du Nord, l’Égypte en tête. Le flux est surtout à sens unique : la Russie vend des céréales, des engrais et des produits pétroliers. Selon Iouri Ouchakov, elle a livré plus de 18 millions de tonnes de céréales à l’Afrique en 2025, et 13 millions sur les neuf premiers mois de 2026.
Les armes : une position en net recul
Moscou reste un fournisseur d’armes majeur, mais en perte de vitesse. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), la part de la Russie dans les exportations mondiales d’armes est tombée de 21 % sur 2016-2020 à 6,8 % sur 2021-2025, une chute « largement due » à la baisse des livraisons à l’Algérie, à la Chine et à l’Égypte.
En Afrique, le SIPRI classe la Russie troisième fournisseur sur 2021-2025, avec 15 % des importations d’armes majeures, derrière les États-Unis (19 %) et la Chine (17 %). L’institut note que l’Algérie, premier client historique de Moscou, est « souvent secrète » sur ses achats, et que ses estimations peuvent être sous-évaluées.
Le volet sécuritaire passe aussi par l’Africa Corps, structure placée sous le ministère russe de la Défense, qui a pris le relais du groupe Wagner. L’Associated Press estime entre 1 700 et 2 000 le nombre de combattants russes au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Au Mali, Kidal, tombée en avril 2026 aux mains du Front de libération de l’Azawad, a été reprise le 6 octobre par l’armée malienne et l’Africa Corps.
Nucléaire civil : un chantier réel, beaucoup d’offres
L’atome illustre l’écart entre réalisation et annonce. En Égypte, la centrale d’El Dabaa, construite par l’entreprise publique russe Rosatom, compte quatre réacteurs VVER-1200 en chantier, le premier béton de l’unité 1 ayant été coulé en juillet 2022. Selon World Nuclear News, le combustible de l’unité 1 doit être livré en 2027 et son raccordement au réseau est prévu en 2028. Deux unités supplémentaires sont en discussion, sans accord signé.
Ailleurs, rien n’est construit. Le 28 octobre 2026, Alexeï Likhatchev, directeur général de Rosatom, a fait état de « discussions avancées » avec l’Égypte, le Togo, la Namibie et la Tanzanie pour des centrales nucléaires flottantes de 100 mégawatts, selon Reuters. Aucun contrat africain n’est annoncé. Au Burkina Faso aussi, le projet de centrale repose sur un accord conclu avec la Russie en 2025, pas sur un chantier.
Ce que les capitales africaines peuvent en attendre
Selon le Kremlin, cité par la presse, 33 documents doivent être signés pendant le sommet. Le bilan des éditions précédentes invite à les juger sur trois critères : un financement chiffré, un calendrier et un suivi public. Le doublement promis en 2019 n’a pas eu lieu, et le plan Russie-UA de 2026 n’engage juridiquement personne.
Pour les États africains, l’intérêt n’est pas de choisir un partenaire exclusif, mais d’élargir leurs options face à la Chine et à l’Union européenne, qui pèsent bien davantage dans leur commerce. La Russie a multiplié les cadres, comme le mémorandum avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) annoncé en août 2026. Reste à convertir des achats de blé, d’engrais et d’armes en investissements productifs et en transformation locale sur le continent.








