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Russie-CEDEAO : 2e mémorandum en 6 semaines, après l’AES

Réunion diplomatique à Moscou : le mémorandum Russie-CEDEAO annoncé par Sergueï Lavrov

Un mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO sera signé prochainement, a annoncé le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov le lundi 17 août 2026 à Moscou, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue ghanéen Samuel Okudzeto Ablakwa. Le texte couvrira plusieurs domaines, dont la sécurité. Aucune date de signature n’a été précisée.

L’annonce intervient six semaines après un texte analogue conclu avec l’Alliance des États du Sahel. Moscou se propose désormais de jeter des ponts entre deux blocs qu’elle fréquente simultanément.

Une relation Russie-CEDEAO construite depuis Le Caire

Le rapprochement ne commence pas avec cette annonce. Le 19 décembre 2025, en marge de la deuxième Conférence ministérielle du Forum de partenariat Russie-Afrique au Caire, Sergueï Lavrov avait rencontré Omar Alieu Touray, alors président de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

Les deux parties avaient discuté de la sécurité en Afrique de l’Ouest et dans l’espace sahélo-saharien. La CEDEAO avait indiqué que Moscou souhaitait soutenir son agenda d’intégration, notamment sur la paix et la sécurité, les infrastructures et les initiatives commerciales. Le ministère russe des Affaires étrangères avait de son côté insisté sur la nécessité d’un dialogue pragmatique entre la CEDEAO et la Confédération des États du Sahel.

La symétrie construite avec l’AES

C’est le point qui donne sa portée au dossier, et il exige de poser la chronologie.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont formellement quitté la CEDEAO en janvier 2025, après une longue confrontation politique avec l’organisation régionale. Ils ont parallèlement renforcé leurs relations diplomatiques et sécuritaires avec Moscou.

En juillet 2026, la Russie et les États de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont signé un mémorandum instituant un cadre permanent de consultation diplomatique. Le même mois, Sergueï Lavrov s’est rendu à Niamey pour une session de consultations avec les ministres des Affaires étrangères des trois pays, à l’issue de laquelle Moscou a confirmé sa volonté de poursuivre son soutien, notamment militaire et sécuritaire.

Six semaines plus tard, la Russie annonce un texte de même nature avec l’organisation dont ces trois États viennent de sortir.

Une contradiction ? Pas nécessairement

À première vue, la double stratégie surprend. Comment Moscou peut-il être l’un des principaux partenaires extérieurs de l’AES et renforcer simultanément ses relations avec la CEDEAO ?

Cette posture correspond à une diplomatie de diversification. La Russie cherche moins à choisir un camp qu’à multiplier les points d’entrée dans une région en recomposition : relations bilatérales avec plusieurs États membres de la CEDEAO, dialogue avec l’organisation régionale, format spécifique Russie-AES. L’architecture lui permet de préserver son influence quelle que soit l’évolution des rapports entre les deux blocs.

L’intérêt n’est d’ailleurs pas uniquement russe. Pour la CEDEAO, maintenir un dialogue structuré avec Moscou évite que la relation Russie-Afrique de l’Ouest ne passe exclusivement par l’AES. L’organisation conserve ainsi sa propre capacité diplomatique, dans un environnement où la Chine, la Turquie, les États du Golfe, l’Inde, l’Union européenne et les États-Unis cherchent tous à approfondir leurs positions.

Ce que « jeter des ponts » signifie concrètement

Lavrov a présenté l’initiative comme visant à faciliter le dialogue entre la CEDEAO et l’AES, et comme répondant aux besoins quotidiens des populations en matière de sécurité.

La formule mérite d’être prise au sérieux, car elle place Moscou dans un rôle qu’aucun autre partenaire extérieur n’occupe aujourd’hui. Aucune puissance ne dispose simultanément d’un canal institutionnel avec les deux ensembles. La Russie deviendrait, de fait, l’intermédiaire d’une réconciliation régionale que ni Abuja ni Bruxelles ne sont en mesure de conduire.

Deux réserves s’imposent toutefois. Le texte n’est pas signé, aucune date n’est fixée, et un mémorandum de coopération n’engage ni budget ni calendrier opérationnel. Et la médiation suppose que les deux parties souhaitent être rapprochées — ce qu’aucune déclaration de la CEDEAO ou de l’AES n’a établi à ce jour.

Le contexte du retrait sahélien est traité dans notre suivi de la libre circulation régionale, et la position africaine sur les ingérences extérieures dans notre article sur l’Union africaine au Soudan.

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