Une délégation du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine, conduite par le diplomate algérien Mohamed Khaled, a été reçue le dimanche 16 août 2026 à Khartoum par Abdel Fattah al-Burhan, président du Conseil de souveraineté soudanais. Elle a rejeté toute ingérence étrangère et toute création de gouvernement parallèle, salué le retour du gouvernement à Khartoum et appelé à des élections libres.
La position n’est pas nouvelle. Ce qui l’est, c’est le lieu : le Soudan demeure suspendu de l’Union africaine depuis le coup d’État de 2021, et sa réintégration, débattue au sommet d’Addis-Abeba de février 2026, n’a pas été tranchée. Une visite de cette nature ne vaut pas reconnaissance formelle, mais elle installe un canal direct avec les autorités de fait.
Soudan : pourquoi le gouvernement parallèle est la ligne rouge
Le 26 juillet 2025, les Forces de soutien rapide (FSR) annonçaient depuis le Kordofan du Sud la nomination d’un Premier ministre, franchissant une étape de plus vers un pouvoir concurrent de celui de l’armée. Le 30 juillet 2025, le CPS dénonçait une manœuvre compromettant gravement les efforts de paix et appelait les États membres à ne pas reconnaître cette structure.
Le 12 février 2026, réuni au niveau ministériel pour sa 1330e session, le CPS réaffirmait son rejet total du gouvernement parallèle mis en place par l’Alliance fondatrice du Soudan (Tasis). L’Assemblée de mars 2026 a employé un mot rare dans le vocabulaire de l’organisation : « balkanisation ».
Le fond du dossier n’est pas la formule diplomatique, c’est le risque de fragmentation. Un gouvernement parallèle reconnu par une poignée d’États créerait un précédent de partition de fait, sur un continent où l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation est un principe fondateur. Le précédent pèse : après la sécession du Soudan du Sud en 2011, une nouvelle partition donnerait le sentiment que les frontières d’un grand État africain peuvent être redessinées par la force.
L’ingérence que personne ne nomme
C’est le point le plus délicat, et il mérite d’être exposé tel qu’il est. La condamnation de l’ingérence étrangère est constante dans les communiqués de l’Union africaine, mais elle ne désigne aucun État. Les Émirats arabes unis sont accusés par les autorités soudanaises et par plusieurs observateurs de soutenir militairement les FSR — accusations qu’Abou Dhabi dément.
L’organisation s’était pourtant donné les moyens de sortir de l’implicite. Dans son communiqué du 12 février 2026, le CPS demandait à son sous-comité des sanctions d’accélérer la mise en œuvre d’une décision de juin 2024, avec le Comité des services de renseignement et de sécurité d’Afrique (CISSA) et le Mécanisme de coopération policière de l’Union africaine (AFRIPOL), afin d’identifier tous les acteurs extérieurs soutenant militairement, financièrement et politiquement les parties au conflit. Le délai fixé était de trois mois au maximum.
Ce délai est échu depuis mai 2026. Aucune publication de ces travaux n’a été identifiée à ce jour. C’est l’écart le plus mesurable entre la position déclarée de l’organisation et sa capacité à la traduire en actes.
Un épisode antérieur illustre la difficulté. Le 6 janvier 2026, la Commission de l’Union africaine publiait un communiqué conjoint avec les Émirats arabes unis. Le ministère soudanais des Affaires étrangères avait exprimé son regret, dénonçant une présentation non objective du dossier. La Commission et le Conseil de paix et de sécurité n’ont donc pas toujours tenu le même registre.
Des élections dont les conditions ne sont réunies nulle part
L’appel à des élections libres formulé le 16 août appelle une réserve. Les conditions matérielles d’un scrutin — recensement, sécurité des bureaux de vote, retour des déplacés, accès des candidats au territoire — ne sont réunies sur aucune portion significative du pays. Une large partie du Darfour et du Kordofan échappe au contrôle de Khartoum, et le massacre de civils commis à El-Fasher, condamné par le CPS, donne la mesure du niveau de violence.
S’y ajoute une difficulté politique : le général al-Burhan n’est pas considéré comme légitime par l’ensemble des États membres. Dans ces conditions, l’appel aux urnes fonctionne moins comme une échéance opérationnelle que comme une affirmation de principe — celle d’un règlement par le vote plutôt que par la partition.
Ce que l’Union africaine peut encore faire
Deux signaux méritent d’être notés. Le 9 février 2026, le Soudan a été réintégré à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), dont il s’était exclu en 2024 en jugeant que la médiation engagée portait atteinte à sa souveraineté. Et en juin et juillet 2026, la Commission a travaillé à la réouverture de son bureau de liaison à Khartoum.
Les 3, 4 et 5 juin 2026, des consultations menées à Addis-Abeba dans le cadre du Quintet — Union africaine, IGAD, Ligue arabe, Union européenne et Nations unies — ont cherché à préparer un dialogue soudanais plus inclusif, en rejetant les structures parallèles susceptibles de fragmenter l’État. Le 22 juin 2026, le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, appelait à la cessation des hostilités et au respect de l’unité et de l’intégrité territoriale du Soudan.
La multiplication des médiations depuis 2023 est cependant devenue un problème en soi : elle offre aux belligérants le choix de la table la plus favorable. Sur le refus de la partition, la position africaine est claire et constante. Sur les moyens de la faire respecter — nommer les soutiens extérieurs, activer les sanctions —, elle reste à démontrer. Le calendrier que l’organisation s’est elle-même fixé est le premier test qu’elle a manqué.
Les communiqués et décisions cités sont publiés par l’Union africaine.








