Des contraceptifs achetés par l’USAID pour des programmes de planification familiale, principalement africains, sont immobilisés en Belgique depuis janvier 2025. Le stock, évalué à 9,7 millions de dollars, comprend des implants, des injectables, des stérilets et des pilules. Mais un rapport de l’Office of Inspector General de l’agence américaine, publié en juin 2026, apporte une correction essentielle : en avril 2026, environ 8 millions de dollars de produits étaient considérés comme largement non viables, et 1,7 million de dollars seulement restaient utilisables. Le temps est devenu le facteur décisif.
24 conteneurs, dont 20 inutilisables
Les stocks avaient été commandés par l’Agence des États-Unis pour le développement international sous la présidence de Joe Biden, pour approvisionner des ministères de la Santé africains. Le gel de l’aide américaine décidé par l’administration de Donald Trump les a bloqués en Belgique. Selon la VRT, l’expédition représente 24 conteneurs : une vingtaine de chargements entreposés à Kallo, en Flandre-Orientale, sont inutilisables depuis longtemps en raison de mauvaises conditions de stockage ; les quatre derniers, à Geel, près d’Anvers, contiennent encore des produits utilisables. Selon l’audit américain, la partie encore viable porte des dates de péremption comprises entre avril 2028 et septembre 2031 ; Reuters avait cité une fourchette commençant en avril 2027.
L’immobilisation coûte aussi de l’argent. Stockage et transport avaient coûté plus de 360 000 dollars entre janvier 2025 et mars 2026, soit environ 24 550 dollars de frais mensuels de stockage, selon le même rapport. À l’été 2025, Washington avait prévu d’incinérer les produits en France, pour 160 000 dollars, l’administration ne voulant pas que des articles portant le logo de l’USAID soient redistribués, selon Reuters. L’USAID a ensuite demandé à son prestataire Chemonics de suspendre la démarche, et aucune instruction définitive n’a réglé le dossier. En septembre 2025, après que l’agence a déclaré au New York Times que les stocks avaient été détruits, les autorités belges ont vérifié et constaté qu’ils étaient toujours là.
Contraceptifs USAID : une offre belge sans réponse
Le gouvernement belge affirme avoir proposé aux autorités américaines de reprendre les produits encore utilisables, sous conditions de qualité, de documentation, de transparence et de transfert vers les pays bénéficiaires. Début octobre 2026, le cabinet du ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot indiquait, selon Le Monde, n’avoir reçu aucune réponse de Washington. La société civile s’est mobilisée : le 7 avril 2026, Amnesty International, Médecins du Monde et le Planning familial ont mis en scène un « braquage féministe » devant l’entrepôt de Geel, après six mises en demeure adressées au gouvernement belge ; en juillet, l’organisation flamande Sensoa a réclamé à nouveau la libération des stocks.
La date de péremption n’est pas la seule échéance. Transfert de propriété, documentation, autorisations d’importation, transport et distribution prennent des mois, et certains pays exigent une durée de conservation résiduelle minimale avant d’autoriser l’entrée de médicaments. Chaque mois passé à Geel réduit ce qui pourra réellement être distribué.
Les conséquences en Afrique
Selon MSI Reproductive Choices, 77 % des fournitures étaient destinées à cinq pays : la République démocratique du Congo, le Kenya, la Tanzanie, la Zambie et le Mali. Selon des estimations citées par la VRT, 1,4 million de femmes africaines pourraient être privées d’une contraception qu’elles souhaitent. La Reproductive Health Supplies Coalition a estimé que la destruction de ce seul stock pourrait entraîner 362 000 grossesses non désirées, 161 000 naissances non planifiées et 110 000 avortements à risque ; ces méthodologies n’ont pas été vérifiées de manière indépendante.
L’affaire illustre une dépendance structurelle : les besoins sont africains, les marchandises belges, le propriétaire américain, et les pays destinataires ne contrôlent ni le financement initial ni la décision de distribution. Pour Africtelegraph, l’enjeu est d’accélérer la production locale de contraceptifs, de diversifier les bailleurs et de renforcer les achats groupés à l’échelle de l’Union africaine. C’est une question de souveraineté sanitaire autant que d’aide : une décision prise dans un pays donateur ne devrait pas pouvoir interrompre une chaîne d’approvisionnement entière.
Sources
- USAID Office of Inspector General, Management Advisory, juin 2026 ; Reuters, 15 juin 2026, et Reuters via NBC News, juillet 2025.
- Le Monde, 3 octobre 2026 ; Africtelegraph, 3 octobre 2026 ; VRT NWS, 1er juillet 2026 ; NPR, 15 novembre 2025.
- Amnesty International Belgique et Planning familial, 7 avril 2026 ; MSI Reproductive Choices ; IPPF Africa, 2026 ; Reproductive Health Supplies Coalition.
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