Le SoutH2 Corridor a franchi une étape politique à Alger. Le 1er octobre 2026, l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne ont signé la Déclaration ministérielle d’Alger sur ce projet de route de l’hydrogène renouvelable entre l’Afrique du Nord et l’Europe centrale, un pipeline d’environ 3 300 kilomètres. La veille, le ministre algérien des Hydrocarbures Mohamed Arkab et son homologue autrichien de l’Économie et de l’Énergie Wolfgang Hattmannsdorfer avaient discuté d’un élargissement de la coopération gazière entre les deux pays. Le gaz d’aujourd’hui, l’hydrogène de demain : l’Autriche ne regarde pas seulement la molécule qu’elle achète, mais celle qui pourrait la remplacer.
Le gaz reste la base de la relation
Les discussions bilatérales du 30 septembre, en présence du président-directeur général de Sonatrach, ont porté sur toute la chaîne : exploration, production, transport, stockage, commercialisation, produits raffinés, ingénierie et formation. Aucun nouveau contrat gazier chiffré n’a été annoncé à cette occasion. L’Algérie cherche des partenaires industriels autant que des acheteurs ; l’Autriche, dont le groupe OMV a sécurisé des capacités de transport supplémentaires via l’Allemagne et l’Italie pour réduire sa dépendance aux flux russes, cherche des routes et des fournisseurs de rechange.
Plus de vingt entreprises autrichiennes accompagnaient la délégation, parmi lesquelles OMV, VERBUND Green Hydrogen, Gas Connect Austria, ANDRITZ, AVL, Siemens Mobility Austria et RHI Magnesita. L’énergie sert de porte d’entrée à une coopération plus large, de l’ingénierie aux équipements et à l’eau.
SoutH2 Corridor : une déclaration, pas encore un pipeline
Le corridor doit transporter de l’hydrogène produit en Afrique du Nord vers l’Italie via la Tunisie, puis vers l’Allemagne via l’Autriche, en adaptant pour partie des infrastructures gazières existantes. Les étapes se sont succédé : accord entre l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche le 30 mai 2024, avec des investissements estimés à plus de 4 milliards d’euros ; déclaration conjointe des cinq pays à Rome le 21 janvier 2025 ; déclaration d’Alger le 1er octobre 2026, qui prévoit un secrétariat de soutien technique accompagné par l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI).
Il faut lire cette signature pour ce qu’elle est : un cadre politique et technique, pas une infrastructure en fonctionnement. Volumes, producteurs, acheteurs, prix, certification de l’hydrogène, financement, conversion ou construction des conduites et calendrier restent à déterminer. L’hydrogène algérien ne circule pas encore vers Vienne.
Le pari algérien
L’Algérie ambitionne de fournir 10 % des besoins en hydrogène de l’Union européenne d’ici 2040. Elle possède un potentiel solaire considérable, mais aussi ce qui le distingue d’un simple territoire ensoleillé : une industrie gazière, des pipelines, des ports, des ingénieurs et Sonatrach. Celle-ci a signé en juin 2026 un mémorandum avec l’allemand VNG sur l’hydrogène vert et la réduction des émissions de méthane, puis en juillet un autre avec Bosch pour explorer la fabrication d’électrolyseurs en Algérie. Le 12 février 2026, l’Union européenne avait réaffirmé que l’Algérie restait un fournisseur majeur et fiable de gaz.
Le défi est de ne pas reproduire le modèle du gaz. Exporter une molécule brute n’est pas la meilleure capture de valeur : une partie de cette énergie pourrait servir à produire localement de l’acier vert, de l’ammoniac, des engrais ou des carburants de synthèse. C’est le même débat que pour le pétrole africain, exporter le brut ou le produit transformé. Pour l’Autriche, le corridor est une assurance : plusieurs fournisseurs, plusieurs routes, dès maintenant, pour l’énergie qu’elle consommera dans dix ou vingt ans. Pour Alger, l’enjeu est que, lorsque l’Europe changera de molécule, la route continue de passer par l’Afrique du Nord.
Sources
- Ministère algérien des Hydrocarbures et APS, 30 septembre 2026 ; APS, Déclaration ministérielle d’Alger sur le SoutH2 Corridor, 1er octobre 2026.
- Ministère fédéral autrichien de l’Économie, de l’Énergie et du Tourisme, septembre 2026 ; OMV, stratégie de diversification des approvisionnements.
- Anadolu Agency et Africtelegraph, 1er octobre 2026 ; Observalgérie, 21 janvier 2025 et 18 avril 2026 ; TSA, 12 février 2026 ; Capmad, 3 septembre 2026.
À lire aussi sur NotreAfrik : Hydrogène vert : Alger et Berlin relancent SoutH2 · Afrique-Méditerranée-Europe : 30 ans d’une idée sans suite