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Hydrogène vert : Alger et Berlin relancent SoutH2

Hydrogène vert : Alger et Berlin relancent SoutH2

En marge du réchauffement spectaculaire des relations algéro-allemandes, Alger et Berlin ont annoncé mi-juillet leur intention de lancer « bientôt » le projet SoutH2 Corridor, ce gazoduc de plus de 3 300 kilomètres destiné à acheminer l’hydrogène vert nord-africain vers le cœur industriel de l’Europe. Une déclaration d’intention politique qui relance un projet stratégique — sans lever, pour autant, les incertitudes qui pèsent sur un chantier prévu à l’horizon 2030.

Un axe Alger-Berlin qui monte en puissance

L’annonce s’inscrit dans une séquence diplomatique dense : lors de sa visite mi-juillet, le chancelier Friedrich Merz a affiché la volonté allemande d’ouvrir une « nouvelle page » économique avec l’Algérie, sur fond d’environ 900 millions de dollars d’investissements et d’un intérêt marqué pour le gaz, l’hydrogène et les terres rares algériennes. En collaboration avec l’Italie, l’Allemagne et l’Algérie disent vouloir accélérer la mise en œuvre du SoutH2 Corridor « au cours des prochains mois ». Le projet bénéficie du statut de projet d’intérêt commun (PCI) européen depuis décembre 2025, gage d’un accès facilité aux financements et procédures de l’UE.

Anatomie d’un mégaprojet

Le SoutH2 Corridor doit relier l’Afrique du Nord — Algérie et Tunisie — à l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne via un réseau de pipelines de 3 300 à 4 000 kilomètres, majoritairement constitué (60 à 70 % du tracé européen) de gazoducs de gaz naturel reconvertis, ce qui réduit les coûts. Objectif : transporter jusqu’à 4 millions de tonnes d’hydrogène vert par an, dont environ 1,2 million en provenance d’Algérie, vers les pôles industriels européens — de quoi couvrir plus de 40 % des besoins d’importation d’hydrogène renouvelable de l’UE au titre du plan REPowerEU. Le consortium réunit Sonatrach et Sonelgaz côté algérien, l’italienne Snam et Sea Corridor, l’allemande VNG et l’autrichienne Verbund. Snam a prévu quelque 200 millions d’euros pour amorcer le développement d’un réseau hydrogène de bout en bout.

Pourquoi l’Algérie ? Le soleil, le gaz et la géographie

Alger dispose d’atouts objectifs : un ensoleillement quasi permanent pour produire de l’hydrogène vert à bas coût par électrolyse alimentée en solaire, des infrastructures gazières existantes reconvertibles, et une proximité géographique avec l’Europe. Pour l’UE, le corridor coche deux cases : sécuriser un approvisionnement en énergie propre et réduire les émissions de CO₂ du continent, dans le cadre de l’European Hydrogen Backbone. La logique est symétrique : l’Algérie valorise ses renouvelables et prolonge sa rente énergétique au-delà des hydrocarbures fossiles ; l’Europe diversifie ses sources et verdit son mix.

Les zones d’ombre d’un « bientôt » élastique

Reste que « bientôt » est un mot élastique dans l’histoire de ce projet, discuté depuis 2022 et jalonné de mémorandums, d’études de faisabilité et de déclarations d’intention sans qu’aucune construction n’ait débuté. La mise en service reste fixée à 2030, et plusieurs inconnues demeurent : le modèle économique de l’hydrogène vert exporté (dont le coût reste supérieur à celui de l’hydrogène gris), le rythme réel de déploiement des capacités solaires et d’électrolyse en Algérie, et l’articulation entre les cinq États partenaires. La demande européenne, souvent présentée comme le débouché garanti, dépend elle-même de la vitesse de décarbonation de l’industrie du continent. Le PDG de Sonatrach l’a d’ailleurs formulé sans détour : il faut « assurer le marché avant de se lancer dans la production ».

Un test pour la diplomatie énergétique euro-méditerranéenne

Au-delà de la molécule, le SoutH2 Corridor est un marqueur géopolitique. Il ancre l’Algérie — retirée de la liste grise du GAFI en juin 2026 — au cœur du moteur économique européen par la transition énergétique, au moment où Berlin cherche à sécuriser ses approvisionnements post-gaz russe. L’annonce commune Alger-Berlin transforme une coopération technique en engagement politique de haut niveau. Mais comme pour tout mégaprojet d’infrastructure transcontinental, la vraie information ne sera pas la déclaration d’intention : ce sera la première décision finale d’investissement, et le premier kilomètre de pipeline effectivement posé. Sur ce terrain, le corridor reste au stade des promesses.

Sources : déclarations Tebboune/Merz via Anadolu et Le Jeune Indépendant (15-17 juillet 2026), Agence Ecofin (janvier 2025), L’Algérie Aujourd’hui (mars 2026), Portail de l’IE (mars 2025).

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