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Pétrole Turkana : premier baril promis pour décembre 2026

Lodwar, chef-lieu du comté de Turkana au Kenya, au coucher du soleil, région du projet de pétrole de Turkana

Quatorze ans après la découverte de brut dans le bassin de South Lokichar, le Kenya fixe à décembre 2026 la date de son premier pétrole de Turkana en production commerciale. « La date du premier pétrole a été fixée à décembre 2026 », a confirmé à la mi-septembre Edward Kinyua, directeur du pétrole et du gaz de l’Autorité de régulation de l’énergie et du pétrole (EPRA), qui attend les premières exportations depuis Mombasa au premier trimestre 2027. Mais dans le comté de Turkana, l’indemnisation des terres, le partage des revenus et les avantages consentis à l’opérateur restent contestés.

Un calendrier enfin tenu ?

Le gisement de South Lokichar, réparti entre les blocs T6 et T7 dans le nord-ouest du pays, a été découvert en 2012. Pendant plus d’une décennie, le projet a buté sur son éloignement et son coût. Le britannique Tullow Oil, opérateur historique, a fini par céder ses intérêts à Gulf Energy, un groupe kényan, pour 120 millions de dollars, selon le site d’information environnementale Mongabay.

Le nouveau plan de développement du champ a été soumis le 30 septembre 2025 et ratifié par le Parlement en février 2026, selon la radiotélévision publique KBC. Selon la presse kényane, une plateforme de forage est arrivée au port de Mombasa en septembre 2026, et le premier puits de la phase initiale est prévu pour le 1er novembre. Gulf Energy viserait une production de 20 000 barils par jour dans un premier temps, puis 50 000.

Devant les parlementaires, le président de Gulf Energy a évoqué un investissement pouvant atteindre 6 milliards de dollars, selon Mongabay. Le Kenya n’en serait pas à son premier baril : selon des données du ministère de l’Énergie et du Pétrole, plus de 415 000 barils auraient été produits et acheminés vers Mombasa lors d’une phase pilote, presque tous exportés.

Des avantages fiscaux contestés

Pour relancer le projet, l’État a consenti des concessions importantes. Selon le magazine Business Today Kenya, Gulf Energy et ses sous-traitants sont exonérés de plusieurs prélèvements, dont la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), la redevance de développement ferroviaire, les droits de déclaration à l’importation et la retenue à la source sur les services pétroliers. Le point de transfert du brut aux acheteurs aurait aussi été déplacé de Mombasa à Turkana, ce qui allège les coûts logistiques de l’opérateur.

Ces conditions nourrissent les critiques. Muturi wa Kamau, coordinateur du Kenya Oil and Gas Working Group, un collectif de la société civile, doute que l’arrivée de Gulf Energy améliore le sort des communautés de Turkana. Il s’interroge aussi sur la manière dont une entreprise sans expérience reconnue dans l’exploration-production a obtenu le contrat.

Le Parlement lui-même a relevé un risque. En février 2026, des experts auditionnés par les commissions de l’énergie ont demandé un contrôle renforcé des coûts que l’opérateur récupère avant tout partage des revenus : plus ces coûts sont élevés, plus la part de l’État est réduite. L’auditrice générale, Nancy Gathungu, a de son côté signalé des lacunes législatives, fiscales et de supervision susceptibles de réduire les recettes du Kenya.

Pétrole de Turkana : les communautés veulent leur part

Sur le terrain, la défiance est ancienne. Selon le quotidien Daily Nation, des milliers d’habitants sont appelés à libérer des terres et des biens destinés à une acquisition obligatoire, et réclament d’être indemnisés avant la reprise des opérations. L’organisation Indigenous Peoples Rights International dénonce, elle, une procédure d’expropriation conduite sans le consentement libre, préalable et éclairé du peuple turkana.

En janvier 2026, à l’approche de la ratification des contrats de partage de production, des habitants avaient demandé aux parlementaires une transparence totale sur des accords qu’ils jugeaient « secrets ». Le sénateur James Lomenen a menacé de bloquer les expéditions de pétrole tant que des routes praticables en toute saison ne seraient pas construites. Le partage des revenus entre l’État central, le comté et les communautés reste au cœur des tensions.

Turkana et Lamu, deux projets distincts

Le pétrole de Turkana est souvent présenté avec le projet de raffinerie du groupe Dangote à Lamu, sur la côte, lancé le 30 septembre 2026 en présence de plusieurs chefs d’État selon AP. Les deux projets n’ont pas la même échelle : la raffinerie annoncée affiche une capacité de 700 000 barils par jour, bien au-delà de ce que South Lokichar doit produire. Elle devra donc traiter du brut venu d’ailleurs. Le terme d’« autosuffisance pétrolière » est donc à manier avec prudence : le Kenya peut réduire ses importations de produits raffinés sans devenir autosuffisant en brut.

Dans les deux cas, le foncier s’invite au calendrier. Pour Turkana, l’échéance est fixée : un premier baril commercial en décembre 2026. Le Kenya doit montrer qu’il peut devenir producteur sans que les contestations locales deviennent le principal risque du projet.

Sources

  • KBC, « Kenya targets first Turkana crude oil exports in early 2027 », déclarations d’Edward Kinyua (EPRA), 16 septembre 2026 : kbc.co.ke.
  • Mongabay, « Can Kenya finally deliver on Turkana’s oil promise? », mars 2026.
  • Business Today Kenya, sur le plan de développement et les exonérations fiscales.
  • Daily Nation, septembre 2026, sur l’indemnisation des habitants de Turkana.
  • Dawan Africa, 14 janvier 2026 ; The Standard, 16 février 2026 ; Indigenous Peoples Rights International, février 2026.
  • Parlement du Kenya, auditions sur South Lokichar, février 2026 ; Associated Press, 30 septembre 2026.

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