Au troisième sommet Russie-Afrique de Moscou, les 28 et 29 octobre 2026, Madagascar a réclamé une gouvernance mondiale « plus équitable » et un système financier international adapté aux pays en développement. Le rapprochement Madagascar-Russie reste pourtant modeste en chiffres : la partie russe évoque jusqu’à 10 millions de dollars pour des projets sociaux, quand le Fonds monétaire international (FMI) vient de verser 155 millions de dollars à la Grande Île.
Madagascar-Russie : ce qui a été dit à Moscou
Deux voix ont porté la position malgache, en marge d’un sommet Russie-Afrique riche en échanges mais pauvre en engagements. Le 28 octobre 2026, la ministre des Affaires étrangères Alice N’Diaye a participé à une table ronde réunissant ses homologues africains et le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.
Selon le communiqué de son ministère diffusé le 29 octobre, Alice N’Diaye, ministre des Affaires étrangères, a plaidé pour « une meilleure représentativité de l’Afrique dans les instances de décision multilatérales » et pour « un système financier international mieux adapté aux besoins et attentes des pays en développement ». Il défend aussi des partenariats diversifiés, « basés sur le respect mutuel et la souveraineté des pays ».
Le chef de l’État, le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar, a pour sa part mis en avant l’énergie, l’équipement agricole et l’accès à l’eau potable. Selon L’Express de Madagascar, il a souhaité des accords commerciaux pour « soutenir les chaînes de production destinées à la transformation des produits d’exportation de notre pays ». Ni projets précis ni montants n’ont été rendus publics.
10 millions de dollars promis, un accord à confirmer
Le seul chiffre russe vient d’une rencontre du 27 octobre 2026 à Moscou entre le président malgache et une délégation conduite par Boris Tchernyhov, présenté par le quotidien Newsmada comme haut responsable du groupe Eurasia. La partie russe se dit prête à mobiliser jusqu’à 10 millions de dollars pour des projets humanitaires, éducatifs et scientifiques, et a présenté le système de transfert d’argent A7.
Il s’agit d’une disponibilité annoncée, pas d’un décaissement. Newsmada fait état d’un accord de coopération signé dans l’humanitaire, l’éducation et la recherche ; L’Express de Madagascar, de son côté, ne mentionne aucun accord signé.
Le contexte politique pèse sur ces démarches. Michaël Randrianirina dirige le pays depuis le départ du président Andry Rajoelina, en octobre 2025, après des semaines de manifestations de la jeunesse et le ralliement d’une unité de l’armée. L’Union africaine (UA) a suspendu Madagascar le 15 octobre 2025 et son envoyé spécial indiquait en mars 2026 que les sanctions ne seraient levées qu’après l’élection présidentielle, selon la presse malgache.
Le FMI, bailleur bien plus lourd que Moscou
Le 30 septembre 2026, le conseil d’administration du FMI a achevé les troisième et quatrième revues combinées des deux programmes approuvés en juin 2024 : la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Selon le communiqué du FMI, il a débloqué 114,05 millions de droits de tirage spéciaux (DTS), soit environ 155 millions de dollars : 100 millions au titre de la FEC, 55 millions au titre de la FRD.
Le Fonds a accordé une dérogation pour un critère de solde budgétaire primaire manqué fin juin 2025. Il prévoit une croissance de 3,8 % en 2026, après 3,1 % en 2025, et une inflation de 9,3 % en fin d’année. En contrepartie, il exige l’application intégrale du mécanisme automatique de prix des carburants d’ici janvier 2027, le redressement de la Jirama, la compagnie publique d’eau et d’électricité, et la réduction des exonérations fiscales.
Ces conditions touchent directement le quotidien : prix à la pompe, coupures de courant, accès à l’eau. Ce sont aussi les priorités que le président malgache a présentées à Moscou. Antananarivo cherche ailleurs des moyens pour les secteurs que son principal créancier lui demande d’assainir.
Une finance « plus équitable » : ce que pèse Madagascar au FMI
Concrètement, la revendication vise d’abord la quote-part, qui fixe à la fois les droits de vote au FMI et l’accès à ses financements. Celle de Madagascar est de 244,4 millions de DTS, selon la fiche pays du FMI, qui chiffrait l’encours de ses crédits à 620,19 millions de DTS au 31 mars 2026, soit plus de deux fois et demie la quote-part. L’Express de Madagascar évalue le poids du pays à environ 0,08 % des voix.
La réforme en cours ne change pas cet équilibre. La 16e révision générale des quotes-parts, approuvée en décembre 2023, prévoit une hausse de 50 % répartie à proportion des quotes-parts existantes, donc sans redistribution entre pays. Faute de ratifications suffisantes, le FMI a repoussé en mai 2026 le délai d’entrée en vigueur au 15 novembre 2026.
Le plaidoyer malgache rejoint celui de Vladimir Poutine, qui a lui-même réclamé à l’ouverture du sommet un poids accru de l’Afrique au FMI et à la Banque mondiale. Mais la Russie n’a pas les moyens de remplacer ce financement : ses annonces à Madagascar sont plus de quinze fois inférieures au seul dernier versement du Fonds.
La souveraineté se mesurera aux usines
Transformer davantage la vanille, les produits agricoles ou les minerais sur place permettrait de garder dans le pays des emplois, des compétences et des marges. Madagascar s’y essaie déjà avec un quota de vente locale sur ses minéraux critiques, alors que ses grands projets miniers prévoient de transformer à l’étranger.
Mais une usine ne se décrète pas. Elle exige une électricité fiable, que la Jirama ne fournit pas aujourd’hui, des routes, des financements accessibles et des débouchés identifiés. Sans ces conditions, un équipement financé par un partenaire étranger risque de déplacer la dépendance plutôt que de la réduire.
La question décisive est donc moins de savoir qui finance que de savoir qui maîtrisera l’exploitation, les technologies et les bénéfices. Trois indicateurs permettront de juger le rapprochement de Moscou : la part de transformation réalisée à Madagascar, les compétences transférées aux entreprises locales et les recettes conservées dans l’économie nationale. Remplacer une dépendance par une autre ne ferait pas progresser la souveraineté que la diplomatie malgache revendique.