Économie organique : le Sénégal signe 4 projets sans montant

Échantillonnage de minerai de fer en sacs au bord de la Falémé, au Sénégal, pour illustrer le volet minier du programme d'économie organique

Le 26 octobre 2026, le ministère sénégalais de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire a signé avec le partenaire privé Nexus un accord-cadre qui lance le premier programme d’économie organique du pays. Il annonce quatre projets : un village minier, de l’énergie décentralisée, une coopération universitaire et l’accès à la télévision numérique. Aucun montant, aucun calendrier et aucun objectif chiffré n’ont été rendus publics.

Ce que recouvre l’économie organique, et ce qu’elle exclut

Le mot trompe. « Organique » n’est pas ici l’agriculture biologique ni les engrais organiques, et aucun des quatre projets ne porte sur l’agriculture. Le ministre Alioune Dione décrit une économie qui fonctionne comme un organisme vivant, où « rien ne se perd et tout se transforme », selon le quotidien national Le Soleil.

Dans le texte de son discours rapporté par l’Agence de presse africaine (APA), il la définit par opposition : « C’est le contraire de l’économie extractive et prédatrice. C’est une économie circulaire, solidaire et ancrée dans nos terroirs. » L’idée tient en trois points : transformer les ressources sur place, associer coopératives et communautés aux chaînes de valeur, redistribuer une part de la richesse aux territoires.

Le programme est rattaché à la Vision Sénégal 2050, le référentiel économique du gouvernement. Il n’existe pas, à ce stade, de définition juridique ou statistique de l’« économie organique » : le terme sert d’étiquette à un ensemble de projets relevant de l’économie sociale et solidaire (ESS), le portefeuille d’Alioune Dione, qui figure dans le gouvernement formé début juin 2026.

Qui est Nexus ? Ce que disent les sources publiques

L’identité du partenaire reste peu documentée. L’Agence de presse sénégalaise (APS), agence publique, nomme « Nexus Groupe Alliance », un organisme « spécialisé dans l’ingénierie et le déploiement de modèles économiques durables », présidé par Sandro Vincenzi. La Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS) et Le Soleil parlent de « Groupe Nexus », décrit seulement comme « un groupe international ».

Aucune des sources consultées ne précise le pays d’immatriculation, le siège, la forme juridique ni l’actionnariat du groupe. Le seul indice géographique est la mention, par l’APS, d’« universités italiennes et européennes partenaires de Nexus ». Plusieurs sociétés sans lien établi avec cet accord portent le nom Nexus, y compris à Dakar : l’homonymie impose de s’en tenir aux comptes rendus officiels.

Selon l’APA, la création d’une société de droit sénégalais dirigée par Roberto Colantoni est présentée comme le signe de l’ancrage local du partenaire. Cette information n’apparaît pas dans la dépêche de l’APS. Sandro Vincenzi a déclaré que la signature était « le résultat d’années de travail » et qu’elle « marquera de manière visible l’histoire moderne du Sénégal ».

Même le lieu diverge : Diamniadio selon l’APS, Dakar selon la RTS et Le Soleil. Aucun communiqué du ministère ni de Nexus n’a été trouvé, et le texte de l’accord n’est pas public.

Quatre projets, de la mine aux décodeurs

  • Un village minier modèle, avec la Société des mines du Sénégal (SOMISEN), société nationale créée par la loi du 6 novembre 2020 pour gérer les participations de l’État dans les mines. Il associerait extraction, transformation locale, formation des jeunes et financement de coopératives. « Il s’agit de mettre la mine au service de la communauté, et non l’inverse », a déclaré Alioune Dione, selon l’APS.
  • Des solutions énergétiques décentralisées pour les unités de transformation de l’ESS, les coopératives et les territoires.
  • Une coopération interuniversitaire avec la Direction générale de l’Enseignement supérieur, pour co-construire diplômes, centres de recherche et incubateurs.
  • Un volet numérique avec la Télédiffusion du Sénégal (TDS), pour faciliter l’accès aux signaux de télévision numérique et aux décodeurs. L’APA évoque une possible fabrication locale de ces décodeurs.

Ni le site ni le minerai du village minier ne sont indiqués. Aucun établissement partenaire n’est nommé pour le volet universitaire, aucune technologie ni capacité pour le volet énergétique.

Un accord-cadre de l’économie organique sans enveloppe

C’est le point aveugle. Aucune source ne chiffre l’enveloppe globale, la part de chaque partie ou le nombre de bénéficiaires. Selon l’APA, le ministère veut mobiliser des investisseurs privés qui récupéreraient leur mise grâce aux revenus des projets, l’État gardant la main sur la sélection des bénéficiaires et l’accompagnement. « Il ne s’agit pas d’un laisser-aller, d’un laisser-faire », a insisté le ministre, toujours selon l’APA.

Ce montage pose une question que les dépêches laissent ouverte. Des projets à vocation sociale, comme des coopératives minières, de l’énergie pour de petites unités ou des décodeurs accessibles, dégageront-ils assez de revenus pour rémunérer un investisseur ? Sans plan d’affaires publié, impossible de dire qui portera le risque et qui captera la marge. D’autres dispositifs liés à la Vision 2050 affichent leurs montants, comme les 85 milliards de FCFA du Fonsis pour les PME.

Le ministre inscrit l’accord dans une série. Il dit avoir signé la semaine précédente une entente « de même nature » avec un investisseur privé à Dubaï. Le site PressAfrik rapporte un accord de 50 millions de dollars signé le 19 octobre 2026, au forum AGREX de Dubaï, avec SIDDCO Group pour soutenir l’entrepreneuriat et l’ESS, sans le rattacher à l’économie organique.

Ce qui permettra de juger l’accord

Alioune Dione a lui-même fixé le critère : « Cet accord-cadre doit se traduire en actes, en délais, en impacts pour les femmes, les jeunes », selon l’APS. Trois éléments permettront d’en mesurer la portée : la publication du texte et des conventions par projet, l’immatriculation et la capitalisation de la société sénégalaise annoncée par Nexus, et la désignation du site du village minier avec la SOMISEN.

Pour les coopératives et les communautés minières, la question décisive sera l’accès aux décisions et aux bénéfices, pas la signature. Tant que ces éléments manquent, l’économie organique reste un cadre politique cohérent avec la Vision 2050, mais sans chiffre pour en mesurer la valeur.

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