Deux fonds du gestionnaire américain Franklin Templeton détenaient au 30 juin 2026 3,11 millions d’euros de nominal de l’eurobond Cameroun 2032, selon leurs déclarations à la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur boursier des États-Unis, compilées par Investir au Cameroun le 25 octobre 2026. Un seul de ces fonds a réduit sa ligne, de 100 000 euros. Le message le plus net vient du marché : ce titre à 5,95 % s’échange autour de 84 % de sa valeur, soit un rendement proche de 10 %.
Eurobond Cameroun 2032 : ce que montrent les dépôts à la SEC
Les chiffres ne viennent ni d’une agence de presse ni d’un terminal financier, mais des inventaires de portefeuille que les fonds américains déposent sur EDGAR, la base publique de la SEC. Le titre concerné est l’emprunt de 685 millions d’euros émis en 2021, au coupon de 5,95 %, remboursable le 7 juillet 2032. Il s’ajoute à la dette de marché dont NotreAfrik a suivi la flambée récente du coût après la dégradation de Fitch.
Le rapport semestriel du Templeton Global Dynamic Income Fund, déposé le 28 août 2026, inscrit 2,89 millions d’euros de nominal au 30 juin, valorisés 2 958 513 dollars, soit 0,9 % du fonds. Le Franklin Master Intermediate Income Trust, ancien Putnam Master Intermediate Income Trust, déclare 220 000 euros, valorisés 225 216 dollars, dans un état de portefeuille déposé le 27 août 2026.
Un troisième véhicule, le Franklin Emerging Market Debt Opportunities Fund, détenait 2,13 millions d’euros au 31 janvier 2026. Arrêtée à une autre date, cette position ne s’additionne pas aux deux premières. Au total, les 3,11 millions d’euros de juin représentent environ 0,45 % de l’encours émis.
Un seul fonds allège, et avant les turbulences d’octobre
La seule baisse documentée concerne l’ancien fonds Putnam. Ses rapports successifs à la SEC montrent 360 000 euros au 31 mars 2023, 320 000 euros au 30 septembre 2025, puis 220 000 euros au 31 mars 2026, niveau inchangé au 30 juin. La cession de 100 000 euros a donc eu lieu entre octobre 2025 et mars 2026, sans date ni motif publiés.
Ce calendrier compte. La vente précède les tensions d’octobre 2026 sur la dette camerounaise : elle ne peut pas être lue comme une réaction à la dégradation de Fitch. La ligne, en outre, était déjà en portefeuille avant que Franklin Templeton n’achève le rachat de Putnam Investments, le 1er janvier 2024 : c’est un héritage, géré par un fonds rebaptisé en 2026 et toujours coté à New York sous le symbole PIM.
Présenter ces 100 000 euros comme un retrait du groupe serait donc inexact. Le pourcentage de 31,25 % ne vaut que pour un portefeuille, et aucune série historique n’a été publiée pour les deux autres fonds. Ces ventes sur le marché secondaire n’enlèvent ni n’apportent un franc au Trésor camerounais : les titres changent simplement de mains.
Le marché exige près de 10 % sur l’eurobond Cameroun
Le vrai signal est le prix. Le site spécialisé African Eurobonds affiche, à la clôture du 23 octobre 2026, l’eurobond 2032 entre 84 et 85,125 % du pair. Selon un calcul de la rédaction, ce prix correspond à un rendement à l’échéance d’environ 9,4 % à 9,7 % si le capital est remboursé en une fois en 2032, et de 10,1 % à 10,4 % s’il est amorti en trois tranches à partir de 2030. Ces cotations sont indicatives.
Autrement dit, un investisseur qui achète aujourd’hui réclame près de quatre points de plus que le coupon payé par Yaoundé. Les deux titres en dollars se négocient eux aussi sous le pair : entre 96,125 et 97 % pour l’obligation à 9,5 % de juillet 2031, entre 91,5 et 92,5 % pour celle à 8,875 % de janvier 2033.
De 5,95 % en 2021 à plus de 10 % aujourd’hui
La trajectoire résume la période. En 2021, le Cameroun avait levé ces 685 millions d’euros à 5,95 % surtout pour racheter son eurobond de 2015, qui coûtait 9,5 %. Selon le ministère des Finances, cité par Investir au Cameroun, 205 investisseurs avaient proposé 2,258 milliards d’euros.
Depuis, la fenêtre s’est refermée. Yaoundé est revenu en juillet 2024 avec un placement privé de 550 millions de dollars à 9,5 %, puis en janvier 2026 avec 750 millions de dollars à 8,875 %, échéance 2033, également hors appel public. Ces opérations sans prospectus public rendent la base d’investisseurs plus opaque : les dépôts des fonds américains sont l’une des rares fenêtres sur les détenteurs, et ils ne couvrent que les véhicules soumis à la SEC.
Ce que coûte un point de rendement au Trésor
Pour le contribuable camerounais, l’enjeu n’est pas la décision d’un gérant américain, mais le prix auquel l’État pourra refinancer. Les trois titres internationaux arrivent à échéance entre 2031 et 2033, et le gouvernement a annoncé début octobre, selon l’Agence Ecofin, une émission complémentaire de 300 millions de dollars sur la souche 2033. Si le marché maintient ses exigences autour de 10 %, chaque refinancement coûtera nettement plus que les 5,95 % obtenus en 2021.
Ce surcoût se paie en recettes fiscales absorbées par les intérêts plutôt que par les dépenses utiles. Le réduire passe moins par la surveillance de quelques lignes dans des fonds américains que par la gestion des échéances, l’apurement des arriérés et la transparence budgétaire, seuls leviers que Yaoundé maîtrise. Les mouvements de quelques centaines de milliers d’euros ne changent pas cette équation ; le rendement exigé sur le marché secondaire, lui, la fixe.








