Rebranding Africa Forum 2026 23 & 24 octobre 2026 · Bruxelles « Systèmes de santé en Afrique :
Innover pour soigner,
Soigner pour développer. »
Réserver ma place

Fleuve Congo : Tshisekedi pose 2 conditions à tout transfert

Pêcheurs en pirogue dans les rapides du fleuve Congo entre Kinshasa et Brazzaville

Le 22 octobre 2026, à Luanda, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a posé deux conditions à tout transfert des eaux du fleuve Congo vers d’autres bassins : un référendum et des « garanties scientifiques rigoureuses ». Ce n’est pas une décision nouvelle mais le rappel d’un principe inscrit dans la loi sur l’eau de 2015, alors que le projet Transaqua promet de détourner plus de 1 500 m³ par seconde vers le lac Tchad.

Fleuve Congo : ce que Tshisekedi a dit à Luanda

Le chef de l’État s’exprimait à l’ouverture de la 4e Biennale de Luanda, forum panafricain pour la culture de la paix organisé les 22 et 23 octobre 2026 par le gouvernement angolais, l’Union africaine (UA) et l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Le thème, selon la présentation de l’UNESCO, portait sur la gouvernance de l’eau comme outil de prévention et de résolution des conflits.

Selon l’Agence congolaise de presse (ACP), Félix Tshisekedi a déclaré que tout engagement sur d’éventuels transferts devait respecter « notre Constitution et nos lois ». Il a ajouté : « Nous maintenons comme conditions la consultation du peuple congolais par référendum ». La seconde condition porte sur des garanties scientifiques sur « la préservation des intérêts de notre pays » et de ses équilibres écologiques.

Le discours ne nomme ni projet, ni pays destinataire, ni volume. Il n’annonce ni scrutin, ni décret, ni calendrier. Le président a aussi plaidé pour une coalition africaine pour la sécurité hydrique, une proposition dont la création n’est pas établie.

Un verrou déjà inscrit dans la loi

Le verbe « maintenons » dit la continuité. La loi n° 15/026 du 31 décembre 2015 relative à l’eau pose, selon son exposé des motifs, le principe de la consultation préalable du peuple congolais par référendum pour tout transfert d’eau douce hors du territoire national. La Constitution, en son article 9, consacre déjà la souveraineté permanente de l’État sur les eaux.

La portée exacte reste à préciser. Le principe vise les transferts vers l’étranger, pas les usages internes. Et la forme d’un éventuel accord, traité, concession ou contrat, déterminerait la procédure applicable. Aucune question sur l’eau n’est soumise aux électeurs à ce stade.

Le mot « référendum » résonne à Kinshasa dans un autre débat. La loi référendaire voulue par le camp présidentiel pour changer la Constitution a été renvoyée au Parlement le 10 août 2026, et une partie de l’opposition et des Églises s’y oppose, jusque dans la rue. Le discours de Luanda ne relie pas les deux dossiers.

Transaqua, le projet en arrière-plan

Le principal candidat à une dérivation est le lac Tchad, dont la surface a fondu d’environ 90 % depuis les années 1960, selon la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT). Le projet Transaqua, conçu par les ingénieurs de la société italienne Bonifica, prévoit des barrages sur des affluents de rive droite du Congo et un canal d’environ 2 400 km vers le Chari, puis le lac. Il livrerait plus de 1 500 m³/s pour un coût supérieur à 50 milliards de dollars, selon les compilations publiques de sources ; aucun chiffrage officiel récent n’a été trouvé.

Des variantes plus modestes existent. L’étude de faisabilité du cabinet CIMA, menée de 2009 à 2012, envisageait notamment un pompage d’environ 91 m³/s sur l’Oubangui, pour une dizaine de milliards de dollars. En février 2018, à Abuja, la CBLT a pourtant retenu Transaqua comme seule option jugée faisable ; l’Italie a ensuite financé des premières études.

Rien n’est décidé côté congolais. En avril 2018, la ministre de l’Environnement de l’époque, Amy Ambatobe, a déclaré devant l’Assemblée nationale qu’il n’était pas question de transférer les eaux de l’Oubangui vers le lac Tchad, en invoquant le risque pour le projet Grand Inga, selon Afrik21. Aucun accord de transfert signé n’est connu en octobre 2026.

Ce que pèse l’eau du Congo

Le fleuve débite en moyenne plus de 40 000 m³/s selon les estimations couramment citées, le deuxième débit du monde. Selon un calcul de la rédaction, les 1 500 m³/s de Transaqua représenteraient moins de 4 % de ce débit moyen. Ce chiffre ne dit rien de l’étiage, ni de l’effet sur l’Oubangui lui-même, beaucoup plus faible que le cours principal.

Les États du bassin du Congo ont mis en avant trois inquiétudes : la production hydroélectrique d’Inga, la navigation sur l’Oubangui et le Congo, et la pêche. La Commission internationale du bassin Congo-Oubangui-Sangha (CICOS) a jugé en 2016 que l’étude d’impact CIMA n’avait « pas pris en compte les impacts socio-économiques et environnementaux », notamment dans la cuvette centrale. Elle a réclamé, dans une note publiée le 8 février 2016, une étude complémentaire du barrage de Mobaye jusqu’à l’océan.

L’exigence scientifique posée à Luanda n’est donc pas un ornement du référendum. Elle reprend une demande formulée depuis dix ans par l’institution de bassin, et dont l’aboutissement n’est pas documenté.

Qui capterait la valeur d’un transfert ?

Le message de Luanda fixe une règle de négociation : l’eau du Congo est traitée comme un actif national, dont l’exportation suppose un consentement populaire et des garanties scientifiques. Pour les pays riverains du lac Tchad, Nigeria, Niger, Tchad et Cameroun, cela signifie qu’aucun chantier ne peut avancer sans Kinshasa.

Reste une question que le discours ne tranche pas : si un transfert était un jour approuvé, la RDC le céderait-elle contre une redevance, de l’énergie, des infrastructures ou un partage des récoltes irriguées ? Pour que des électeurs puissent trancher, il faudrait des scénarios chiffrés : volume, saison, lieu de prélèvement, coût et responsabilité en cas de dommage. Aucun n’a été rendu public.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app