Le 22 octobre 2026 à Abidjan, Alassane Ouattara a signé l’Acte additionnel instituant le nouveau pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont l’application est suspendue depuis 2020. Le texte doit encore être signé par les autres chefs d’État, et ses critères chiffrés n’ont pas été publiés. Il arrive alors que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) prévoit un déficit budgétaire de l’Union de 3,5 % du PIB en 2026, au-dessus du plafond historique de 3 %.
Une signature ivoirienne, pas encore une adoption
Selon la note d’information de la présidence ivoirienne, reprise par Abidjan.net, la signature a suivi un entretien avec Abdoulaye Diop, président de la Commission de l’UEMOA, en présence du ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly. Le chef de l’État ivoirien a signé en sa qualité de président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union.
La présidence le précise : les autres chefs d’État doivent signer à leur tour pour une adoption définitive. Aucune autre signature n’a été trouvée au 24 octobre 2026. Abdoulaye Diop parle d’« un élément essentiel du dispositif de surveillance multilatérale », mais ni seuil de déficit, ni plafond de dette, ni horizon, ni sanctions n’ont été publiés.
Ce que le pacte de convergence imposait jusqu’en 2020
Le cadre précédent, l’Acte additionnel n°01/2015 adopté en janvier 2015, fixait trois critères de premier rang : un solde budgétaire global, dons compris, d’au moins -3 % du PIB, une inflation annuelle moyenne d’au plus 3 % et une dette publique d’au plus 70 % du PIB. Deux critères de second rang s’y ajoutaient : une masse salariale limitée à 35 % des recettes fiscales et une pression fiscale d’au moins 20 %. L’horizon de convergence était fixé au 31 décembre 2019.
En avril 2020, face au Covid-19, les chefs d’État ont suspendu l’application du pacte, en s’appuyant, selon la presse de l’époque, sur sa clause de circonstances exceptionnelles. Les déficits ont alors pu se creuser.
Le 3 avril 2025 à Dakar, le Conseil des ministres de l’Union avait déjà examiné le projet d’acte et demandé à la Commission de le soumettre à la Conférence des chefs d’État. Le 6 mai 2025, le Fonds monétaire international (FMI) soutenait la proposition de réintroduire le pacte avec les anciens plafonds de 3 % de déficit et de 70 % de dette, assortis d’une « clause de sauvegarde bien conçue » et d’un « mécanisme de correction ». Rien ne permet encore de confirmer que le texte signé reprend ces plafonds tels quels.
Une Union encore au-dessus de la norme
Selon le rapport sur la politique monétaire de la BCEAO de septembre 2026, le déficit de l’Union est revenu à 3,2 % du PIB en 2025, mais doit remonter à 3,5 % en 2026 avant de redescendre à 3,1 % en 2027. La banque centrale attribue cette rechute à des « mesures temporaires » prises par certains États face à la crise au Moyen-Orient.
Au deuxième trimestre 2026, les cours de l’énergie ont progressé de 19,9 % sur un trimestre, tirés par une hausse de 24,4 % du brut. D’où la hausse du carburant dans six pays de l’UEMOA sur huit.
La Côte d’Ivoire, bon élève qui desserre la ceinture
Selon le FMI, qui a bouclé en juin 2026 une revue des accords ivoiriens d’environ 3,5 milliards de dollars, le déficit de la première économie de l’Union est revenu à 3 % du PIB en 2025 et la dette publique est passée de 59,5 % à 57,1 % du PIB. Le risque de surendettement a été abaissé de « modéré » à « faible ».
Le signataire du pacte s’accorde pourtant une marge : l’objectif de déficit ivoirien pour 2026 a été relevé à 3,8 % du PIB, avec un retour à 3 % d’ici 2028. Le FMI juge ce desserrement « temporaire et modéré » approprié. Et les recettes publiques ivoiriennes, à 16,8 % du PIB en 2025, restent loin des 20 % de pression fiscale visés en 2015, même si les deux agrégats ne se recouvrent pas exactement.
Qui supportera le retour de la discipline ?
Le Sénégal, dont la dette a été réévaluée après la révélation, en septembre 2024, d’engagements non déclarés sous le régime précédent, que l’ancienne équipe conteste, a conclu le 1er septembre 2026 un accord avec les services du FMI pour un programme d’environ 2,2 milliards de dollars, qui attend l’aval du conseil d’administration. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a assuré le 8 septembre devant les députés : « Ce n’est pas une restructuration, c’est reprofilage ». Washington, de son côté, pousse pour un accord sur la dette sénégalaise en moins de douze mois.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis dans l’Alliance des États du Sahel (AES), restent membres de l’UEMOA et partagent le franc CFA, avec des budgets alourdis par les dépenses sécuritaires. Leur signature sera un test politique autant que budgétaire.
Reste la question distributive. Si la baisse des déficits passe surtout par des taxes indirectes ou des coupes dans les services de base, les ménages modestes en paieront la plus grosse part. Si elle repose sur une meilleure collecte et la suppression d’exonérations inefficaces, l’effort sera réparti autrement. Les entreprises guetteront les délais de paiement : un État peut afficher un déficit maîtrisé en laissant ses factures impayées.
La crédibilité de la surveillance en jeu
Une règle commune protège la parité fixe du franc CFA avec l’euro : des déficits non coordonnés finissent par peser sur les réserves de change et sur le coût du financement régional. En mai 2026, le FMI relevait que la hausse des émissions sur le marché régional de la dette avait accru l’exposition des banques aux États, et pressait pour l’adoption rapide d’un pacte « renforcé ».
La clause de sauvegarde, le mécanisme de correction, la publication des trajectoires nationales et le suivi des arriérés diront si la signature d’Abidjan marque le retour d’une discipline commune ou une déclaration d’intention de plus. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prépare, elle, une monnaie unique réservée aux pays qui respectent ses critères de convergence.








