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ECO en 2027 : la CEDEAO lance sa monnaie sans attendre tous

Drapeaux des pays membres de la CEDEAO, projet de monnaie unique ECO

Réunis en Sierra Leone, les dirigeants de la CEDEAO ont maintenu l’objectif d’un lancement de l’ECO en 2027. La nouvelle stratégie est progressive : seuls les pays respectant les critères de convergence entreraient dans la première phase. Mais aucun groupe de départ n’a encore été désigné et plusieurs choix décisifs restent ouverts.

Après plusieurs reports, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest remet une date sur la table : 2027. Lors de leur 69e session ordinaire, organisée le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d’État ont réaffirmé leur volonté de lancer l’ECO, la monnaie unique régionale.

La décision la plus importante n’est toutefois pas la date. Elle réside dans la méthode. La CEDEAO renonce à attendre que tous ses membres soient simultanément prêts. La monnaie pourrait être adoptée dans un premier temps par un groupe restreint d’États respectant les critères de convergence, les autres rejoignant le système ultérieurement.

Cette approche vise à sortir d’un blocage vieux de plusieurs décennies. Le projet monétaire régional remonte aux premières années de la CEDEAO et a déjà connu plusieurs calendriers, dont ceux de 2003, 2005, 2009, 2015 et 2020. Chaque échéance a buté sur les divergences économiques, les choix de régime de change et l’absence de consensus politique.

La première inconnue : qui sera prêt ?

Les critères adoptés par la région imposent notamment un déficit budgétaire inférieur ou égal à 3 % du produit intérieur brut, des réserves de change couvrant au moins trois mois d’importations et une inflation annuelle moyenne inférieure à 10 %. Le financement du déficit par la banque centrale doit rester inférieur ou égal à 10 % des recettes fiscales de l’année précédente. La dette publique ne doit pas dépasser 70 % du PIB et les variations du taux de change doivent rester dans une bande définie.

Ces règles cherchent à éviter qu’un pays très endetté, confronté à une inflation élevée ou dépendant du financement monétaire ne fragilise l’ensemble de la zone. Mais leur respect simultané et durable reste difficile. Les économies ouest-africaines subissent des chocs différents : prix des matières premières, insécurité, dette, coûts des importations alimentaires et énergétiques ou dépréciation des monnaies nationales.

La CEDEAO n’a pas encore publié la liste des pays capables d’entrer dans la première phase en 2027. Sans cette liste, la décision reste une orientation politique plutôt qu’un calendrier opérationnel. Il faudra également préciser pendant combien de temps les critères devront être respectés et comment seront traités les écarts survenant après l’entrée dans la zone.

Deux espaces monétaires à réunir

L’Afrique de l’Ouest fonctionne aujourd’hui avec des régimes très différents. Huit pays utilisent le franc CFA de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, émis par la BCEAO et arrimé à l’euro. D’autres disposent de monnaies nationales administrées par leurs propres banques centrales, comme le naira nigérian, le cedi ghanéen, le leone sierra-léonais ou le dalasi gambien.

Créer l’ECO suppose donc de rapprocher des pays qui ne partent pas du même point. Les membres de l’UEMOA disposent déjà d’une banque centrale commune, d’un marché monétaire régional et de règles partagées. Les autres États devraient transférer une partie de leur souveraineté monétaire à une institution fédérale encore à construire.

Le Nigeria constitue le centre de gravité du projet par la taille de son économie et de sa population. Une monnaie commune sans Abuja aurait une portée limitée ; une monnaie dominée par le Nigeria pourrait inquiéter les économies plus petites. La gouvernance de la future banque centrale, la répartition des droits de vote et le lieu de son siège seront donc aussi politiques que techniques.

La sortie du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO ajoute une contradiction. Les trois pays ne participent plus aux institutions politiques de la Communauté, mais restent membres de l’UEMOA et continuent d’utiliser le franc CFA. Leur place dans une éventuelle transition vers l’ECO n’est pas clarifiée.

Un nom enregistré, mais une architecture inachevée

À Lungi, les dirigeants se sont félicités de l’enregistrement de la marque « ECO » auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle. Ils ont aussi demandé la poursuite de sa protection internationale. Cette étape évite une bataille sur le nom, mais ne répond pas aux questions qui détermineront la confiance dans la monnaie.

Quel sera son régime de change ? La région avait retenu en 2019 un système flexible, avec un objectif de stabilité des prix, ainsi qu’un modèle de banque centrale fédérale. Il reste à définir les réserves qui garantiront l’émission, les règles de conversion des monnaies existantes, la circulation des billets, les systèmes de paiement et le mécanisme de soutien aux États confrontés à une crise.

La Commission de la CEDEAO et l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest doivent intensifier les consultations avec les gouverneurs des banques centrales. Une réunion de la Task Force présidentielle doit être organisée avant le sommet de décembre 2026. La Guinée a demandé à rejoindre cette instance, tandis que le président ivoirien Alassane Ouattara en demeure le seul membre encore en fonction parmi les dirigeants initialement désignés.

Ce que la monnaie changera pour les citoyens

Pour les entreprises et les voyageurs, une monnaie commune pourrait supprimer une partie des frais de conversion et faciliter les échanges régionaux. Elle pourrait aussi rendre les prix plus comparables et améliorer les paiements transfrontaliers. Ces bénéfices ne sont cependant pas automatiques. Une conversion mal préparée peut provoquer des hausses de prix perçues ou réelles, alimenter la spéculation et fragiliser l’épargne.

La crédibilité dépendra surtout de l’indépendance de la banque centrale, de la discipline budgétaire des gouvernements et de la transparence du passage aux nouveaux billets. Les citoyens devront savoir à quel taux leurs salaires, dépôts, dettes et contrats seront convertis. Les marchés devront connaître les mécanismes de défense de la monnaie.

L’année 2027 peut donc marquer un lancement limité, et non l’achèvement de la monnaie unique ouest-africaine. Le choix d’une avant-garde rend le projet plus réaliste, mais crée un nouveau risque : voir apparaître un ECO à plusieurs vitesses, dont certains membres resteraient durablement à l’extérieur. La prochaine étape ne sera pas une nouvelle déclaration. Ce sera la publication des pays candidats, des règles d’entrée et de l’architecture institutionnelle.

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