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Visas Afrique du Sud : Rubio cible 3 motifs, sans liste

Ronald Lamola, ministre sud-africain des Relations internationales, qui a répondu aux restrictions de visas visant l'Afrique du Sud

Chapô — Le mardi 15 septembre 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé une politique de restriction de visas visant des ressortissants d’Afrique du Sud, pour trois motifs précis. Aucune liste de personnes n’a été publiée : les intéressés ne l’apprendront qu’en demandant un visa. Pretoria a répondu le lendemain en invoquant sa souveraineté.

Ce que visent vraiment les restrictions de visas en Afrique du Sud

La formulation du département d’État est étroite, et il faut la citer exactement pour ne pas lui faire dire autre chose. Sont visés les ressortissants étrangers « responsables ou complices » de l’adoption ou de la mise en œuvre de lois ou de politiques permettant des expropriations de terres sans compensation, des discriminations fondées sur la race, ou l’incitation à une violence imminente contre des membres de minorités ethniques ou raciales en Afrique du Sud. Leur famille proche est également concernée.

La mesure ne vise donc ni l’État sud-africain en tant que tel, ni les Sud-Africains en général, ni les détenteurs de visas ordinaires. Elle s’applique individuellement, à la discrétion du département d’État. Washington s’appuie sur une disposition de la loi américaine sur l’immigration qui permet de déclarer inadmissible tout étranger dont l’entrée aurait des conséquences graves pour la politique étrangère des États-Unis — un outil déjà employé contre des responsables d’autres pays.

Marco Rubio a renvoyé au décret présidentiel signé par Donald Trump en février 2025, qui dénonçait des discriminations visant les Afrikaners et d’autres populations minoritaires. Ce décret avait gelé une partie de l’aide américaine et ouvert un programme d’accueil pour des réfugiés afrikaners.

Derrière les trois motifs, on reconnaît trois dossiers sud-africains : la loi sur l’expropriation promulguée en janvier 2025, qui autorise dans des cas limités une compensation nulle ; les politiques d’autonomisation économique des Noirs et d’équité à l’emploi ; et des chants politiques que la justice sud-africaine a jugés protégés par la liberté d’expression. Aucune instance internationale n’a retenu la qualification de discrimination raciale avancée par Washington.

La réponse de Pretoria : un impératif constitutionnel

Le ministère sud-africain des Relations internationales et de la Coopération a réagi le 16 septembre. Le ministre Ronald Lamola dit avoir noté « avec préoccupation » des restrictions décidées unilatéralement, et met en cause des groupes marginaux qui présenteraient de façon erronée les politiques intérieures du pays aux autorités américaines.

Sur le fond, sa défense tient en une phrase : « C’est notre droit souverain d’adopter des lois qui traitent les conséquences de siècles d’injustice raciale. » Pretoria présente ses politiques de redistribution non comme une discrimination, mais comme une obligation découlant de sa Constitution post-apartheid. Le ministère ajoute que les différends bilatéraux ne peuvent se régler que par un engagement constructif entre États, et non par des actes unilatéraux.

Les deux lectures sont irréconciliables et aucune des deux n’est ici reprise à notre compte : Washington qualifie de discrimination ce que Pretoria qualifie de réparation.

L’information qui change la portée du dossier

Elle est passée inaperçue dans les reprises francophones. L’ambassadeur des États-Unis en Afrique du Sud, Leo Brent Bozell III, a déclaré que ces restrictions ne constituaient que « la première étape d’une série de mesures d’escalade ». Il a ajouté que « le temps du dialogue sans fin a fait son temps » et que la patience américaine avait des limites.

C’est ce qui distingue cette annonce d’un geste symbolique. Une restriction de visas sans liste publique a une portée pratique faible et une portée politique forte ; annoncée comme une première étape, elle devient un calendrier. Les leviers suivants sont connus : droits de douane, accès préférentiel au marché américain, coopération sécuritaire.

Le dossier s’inscrit dans une série. Washington a resserré ces derniers mois ses conditions d’accès pour l’ensemble du continent, en concentrant le traitement des visas dans une vingtaine de villes, et a déjà fait de la question migratoire un instrument de pression bilatérale, comme au Nigeria. L’Afrique du Sud, qui disait encore souhaiter de bonnes relations avec Washington, se retrouve la cible la plus explicite de cette approche.

Ce qu’il faudra observer n’est pas la liste — elle ne sera pas publiée — mais la suite annoncée par l’ambassadeur. C’est elle qui dira si l’on assiste à un avertissement ou à l’ouverture d’un front commercial.

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