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CEDEAO : Faye préside une union réduite à 12 membres

Bassirou Diomaye Faye, president du Senegal, designe president en exercice de la CEDEAO au sommet de Freetown

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été désigné président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à l’issue de la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État, tenue le 19 juillet 2026 à Freetown. Il succède au Sierra-Léonais Julius Maada Bio pour un mandat d’un an, à la tête d’une organisation réduite à douze membres depuis le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Double consécration pour Dakar : le général Birame Diop prend aussi la présidence de la Commission communautaire.

Une double consécration pour Dakar

« Après avoir accompli mon mandat d’un an à la présidence de l’Autorité de la CEDEAO, je suis heureux de passer le relais à mon frère cadet », a déclaré Julius Maada Bio, qui n’a pas sollicité de second mandat. L’attribution simultanée de la présidence tournante à Bassirou Diomaye Faye et de la présidence de la Commission au général Birame Diop — ancien ministre de la Défense et ex-chef d’état-major, qui prendra ses fonctions le 1er septembre 2026 à Abuja pour le mandat 2026-2030 — place le Sénégal au cœur de l’architecture communautaire.

Ce cumul n’est pas neutre. Il traduit la confiance des pairs dans un pays qui a réussi une alternance démocratique en 2024, à rebours de la vague de ruptures institutionnelles sahéliennes. Le profil militaire du général Diop, qui succède au Gambien Omar Alieu Touray, signale par ailleurs que la dimension sécuritaire structurera l’agenda de la Commission.

CEDEAO amputée : le diagnostic sans fard de Faye

Le contexte est tout sauf routinier. L’organisation, qui a célébré son cinquantenaire en 2025, a vu partir le 29 janvier 2025 les trois États de l’Alliance des États du Sahel (AES), perdant une part considérable de sa profondeur territoriale et une bonne part de sa crédibilité de médiateur après l’échec de sa gestion des crises consécutives aux coups d’État sahéliens.

Devant ses pairs, le président sénégalais a choisi la franchise. Il a dressé sans détour l’état des vulnérabilités régionales : la propagation du terrorisme depuis le Sahel central vers les pays côtiers — Bénin, Togo, Ghana et Côte d’Ivoire sont désormais exposés —, la faiblesse persistante du commerce intra-régional, qui plafonne autour de 12 % des échanges, et l’exposition croissante aux chocs climatiques et alimentaires. Le diagnostic dessine les deux priorités probables du mandat : sécurité collective et intégration économique effective.

Le dossier de l’AES, ligne de crête du mandat

La principale équation laissée au nouveau président en exercice est celle des relations avec les trois voisins sahéliens. Le sommet a prorogé jusqu’en décembre 2026 le mandat de Lansana Kouyaté, négociateur en chef chargé du dialogue avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Les chefs d’État ont fixé une ligne claire : négocier avec l’AES comme un bloc et éviter les accords bilatéraux séparés susceptibles de fragiliser la position commune, tout en réclamant un mécanisme pragmatique de coopération sécuritaire.

La contradiction est frontale. Juridiquement, les trois États ont quitté la CEDEAO ; géographiquement et humainement, ils restent au cœur de l’Afrique de l’Ouest. L’organisation continue d’ailleurs de reconnaître les passeports à son logo délivrés à leurs citoyens et de préserver la circulation sans visa. Derrière les négociations entre présidents, des millions de commerçants, d’étudiants et de familles transfrontalières risquent de payer le prix d’une séparation mal organisée.

Guinée-Bissau, premier test de médiation

Le sommet a désigné le Sénégal médiateur en Guinée-Bissau, où un référendum constitutionnel est annoncé pour le 30 août 2026 et des élections générales pour le 6 décembre 2026. La CEDEAO y réclame un processus inclusif, la libération sans condition des responsables politiques encore détenus — notamment au sein du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) — et le respect des garanties judiciaires.

La mission touche directement les intérêts sénégalais : les deux pays partagent une frontière sensible et Dakar ne peut se permettre une nouvelle crise à sa lisière méridionale. Mais la crédibilité du médiateur dépendra de sa capacité à ne pas confondre stabilité et conservation du pouvoir.

Cette 69e session n’a pas produit que des nominations. Les chefs d’État y ont signé l’accord intergouvernemental encadrant le gazoduc atlantique Nigeria-Maroc et acté le retour de la Guinée après quatre ans d’absence, tandis que le lancement progressif de la monnaie unique ECO reste programmé à partir de 2027 pour les pays remplissant les critères. Faute de pouvoir reconquérir à court terme les États sahéliens, la CEDEAO mise sur les grands projets d’intégration pour redonner du contenu à son projet. Bassirou Diomaye Faye a posé le diagnostic ; l’année qui vient dira s’il dispose des leviers pour y répondre.

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