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Inondations en Somalie : l’OIM projette 874 000 déplacés

Inondations en Somalie : vue aérienne du fleuve Shabelle et des terres agricoles près de Beledweyne, Hirshabelle

Les inondations en Somalie pourraient déplacer 874 319 personnes entre octobre et décembre 2026, selon des projections de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et du Conseil danois pour les réfugiés (DRC) publiées le 21 octobre 2026. Les crues compteraient pour 92 % de ces départs. C’est un scénario de risque, pas un bilan : il sert à préparer, et l’OIM n’a réuni que 14,4 % des 16,62 millions de dollars qu’elle juge nécessaires.

Inondations en Somalie : ce que mesure le chiffre de 874 000

Le chiffre sort des projections trimestrielles de déplacement de la Matrice de suivi des déplacements (DTM) de l’OIM. Elles s’appuient sur la prévision saisonnière du Centre de prévision et d’applications climatiques (ICPAC) de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui donne plus de 90 % de chances de pluies supérieures à la normale sur une partie du centre et du sud du pays. L’OIM précise que ses estimations sont cumulées et inégalement réparties : le pic des départs est attendu fin octobre et en novembre, avec des retours progressifs en décembre, sur le modèle de 2023.

Une seconde estimation existe. Le 23 septembre 2026, l’agence somalienne de gestion des catastrophes (SODMA) jugeait que 2,5 à 3,5 millions de personnes pourraient être exposées aux crues et qu’environ un million pourraient être déplacées, selon un communiqué conjoint avec l’ONU diffusé par le Programme alimentaire mondial (PAM). Les deux chiffres ne portent pas sur la même méthode et ne s’additionnent pas.

Le précédent sert d’étalon. Selon l’OIM, les crues liées à l’épisode El Niño de 2023 avaient déplacé environ 1,2 million de personnes. La saison des pluies d’octobre à décembre, appelée Deyr en Somalie, s’annonce de nouveau excédentaire.

Shabelle et Jubba : où l’eau monte déjà

L’OIM localise le risque. Environ 229 000 personnes sont menacées de déplacement à Beledweyne (Beletweyne pour l’OIM), sur le fleuve Shabelle, et 82 000 à Gaalkacyo, au centre du pays. Le 21 octobre, le Jubba approchait de son niveau de crue à Dollow, le Shabelle montait vers le haut de ses berges à Jowhar, et de fortes pluies avaient déjà endommagé des maisons à Baidoa, poussant des familles à quitter plusieurs quartiers.

Les deux fleuves descendent des hauts plateaux éthiopiens. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avertissait le 1er septembre 2026 que de fortes pluies en amont peuvent produire des ondes de crue qui atteignent la Somalie plus tard : une accalmie locale ne signifie pas que le danger est passé. Son programme de gestion de l’information sur l’eau et les terres (SWALIM) cartographie les zones inondables, les terrains surélevés, les itinéraires d’évacuation et les points de rupture des berges.

Agir avant les crues : ce que l’argent doit acheter

L’action anticipative consiste à payer avant que l’eau n’arrive. L’OIM veut renforcer l’alerte précoce avec les autorités et les communautés, repérer des itinéraires d’évacuation sûrs, aménager des zones de relocalisation et fournir abris, eau potable, assainissement et soins. Son plan vise plus de 517 000 personnes, un public distinct des 874 000 déplacés projetés.

« Il reste du temps pour réduire l’impact, mais cette fenêtre se referme », a déclaré Manuel Marques Pereira, chef de mission de l’OIM en Somalie. Il évoque « des centaines de milliers de personnes » qui pourraient perdre leur logement « en quelques semaines », souvent des familles déjà déplacées par la sécheresse.

D’autres guichets se sont ouverts. Le 24 septembre 2026, le Royaume-Uni a annoncé 5 millions de livres pour la préparation aux crues, via deux programmes existants : Caafimaad Plus, mené par Action contre la faim, et RESTORE, porté par la FAO, l’OIM et World Vision. L’enveloppe doit toucher 600 000 personnes, maintenir jusqu’à 71 centres de santé et protéger les moyens de subsistance à Jowhar et Beledweyne. Le 21 octobre, l’ONU a aussi inclus la Somalie parmi les onze pays bénéficiaires de plus de 50 millions de dollars de son Fonds central d’intervention pour les urgences (CERF), sans publier la part somalienne.

Qui finance, et combien il manque

Pour l’OIM, l’écart est net : sur 16,62 millions de dollars, environ 2,4 millions sont réunis et quelque 14,2 millions manquent (calcul de la rédaction à partir du taux de 14,4 %). Le don britannique ne se soustrait pas de ce besoin : les opérateurs, les périodes et les bénéficiaires diffèrent, et les sources publiques ne détaillent pas les décaissements.

Le cadre général est plus serré encore. Le plan humanitaire 2026 pour la Somalie, lancé le 26 janvier, demande 852 millions de dollars pour 2,4 millions de personnes ciblées, sur 4,8 millions dans le besoin ; il n’était couvert qu’à environ 15 % à la mi-mai 2026, selon les agences de l’ONU. Selon le PAM, 5,4 millions de personnes seront en situation de crise alimentaire ou pire d’octobre à décembre 2026, dont 1,5 million en urgence, avec un risque de famine à Baidoa, où 26 000 déplacés étaient déjà menacés.

Le calendrier pèse autant que le montant. Un abri prépositionné ou un itinéraire d’évacuation balisé suppose que l’argent soit utilisable sur le terrain au moment où les routes sont encore praticables. Une promesse de contribution ne remplit pas ce rôle.

Ce qui dira si la prévention a marché

La réussite ne se mesurera pas au nombre de départs enregistrés, mais aux familles mises à l’abri, aux centres de santé restés ouverts et aux troupeaux sauvés. Une consigne d’évacuation ne protège que si les habitants ont une destination accessible et des services à l’arrivée, y compris pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer seuls.

La Somalie dépend aussi de pluies tombées hors de ses frontières : la surveillance des débits en amont, en Éthiopie, reste son meilleur système d’alerte. Dans la région, d’autres pays affrontent le même épisode, comme le Soudan du Sud, où 7,8 millions de personnes sont menacées par la crise alimentaire. Le détail des projections et des besoins figure dans le communiqué de l’OIM du 21 octobre 2026 ; les prochaines semaines diront si les 874 000 restent un scénario.

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