La dette du Mali va surtout servir à rembourser la dette. Selon la Stratégie d’endettement public à moyen terme (SDMT) 2027-2029 du ministère de l’Économie et des Finances, l’État devra emprunter 6 369,8 milliards de francs CFA (FCFA) sur trois ans, dont 4 428,6 milliards pour rembourser le capital d’emprunts arrivant à échéance, soit environ 70 %. Plus de 95 % des fonds de 2027 viendront du marché régional.
Dette du Mali : 70 % des emprunts pour refinancer
Le document, daté de septembre 2026 et mis en ligne en octobre 2026 sur le site du ministère, fixe les besoins de financement à 1 858,5 milliards de FCFA en 2027, 2 044,1 milliards en 2028 et 2 467,2 milliards en 2029. Ce ne sont pas des fonds déjà levés, ni une hausse équivalente de l’encours : ce sont des plafonds d’emprunt.
Le tableau de financement de la SDMT montre ce qu’ils couvrent. En 2027, l’État doit rembourser 1 270 milliards de capital, payer 303,3 milliards d’intérêts et combler un déficit primaire, c’est-à-dire hors intérêts, de 292,8 milliards. Sur trois ans, les remboursements de capital atteignent 1 270, puis 1 480,8, puis 1 677,8 milliards. Rapportés au total, ils pèsent 69,5 % des besoins, selon le calcul de la rédaction.
Emprunter pour rembourser un titre arrivé à échéance renouvelle un financement. Cela ne crée aucune ressource nouvelle pour construire une route ou payer des enseignants. Le Mali emprunte d’abord pour faire rouler sa dette.
Qui prête au Mali, et à quel prix
En 2027, la SDMT prévoit de lever 1 768,5 milliards de FCFA en financement classé intérieur (95,2 %) et seulement 90 milliards à l’extérieur (4,8 %). La part extérieure doit remonter à 12 % en 2029. Le plan 2027 se répartit ainsi :
- bons du Trésor à un an : 15 % (265,3 milliards) ;
- obligations assimilables du Trésor (OAT) à trois et cinq ans : 41 % (725,1 milliards) ;
- OAT à sept et huit ans : 19 % (336 milliards) ;
- OAT à dix et douze ans : 17 % (300,6 milliards) ;
- prêts de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et du Fonds monétaire international (FMI) : 8 % (141,5 milliards).
Ces deux derniers prêteurs sont classés en dette intérieure parce que leurs concours sont libellés en monnaie locale : les 95,2 % ne désignent donc pas tous des titres vendus sur le marché régional. Côté extérieur, 72 % de l’enveloppe de 2027 doit venir de prêteurs très concessionnels : l’Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale, le Fonds africain de développement et le Fonds international de développement agricole.
L’écart de coût est massif. La dette extérieure coûte en moyenne 0,9 % par an, la dette intérieure 5,7 %, soit environ sept fois plus, selon la SDMT. Pour 2027, le ministère retient des taux indicatifs de 5,90 % à 6,15 % sur trois ans et de 6,40 % à 6,75 % sur dix à douze ans. À titre de comparaison, le Burkina Faso a levé 40 milliards de FCFA à plus de 7 % sur le même marché.
Qui paie, qui encaisse
Ceux qui encaissent les intérêts sont d’abord les banques et les investisseurs de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), mais aussi les particuliers. Le 21 juillet 2026, la Direction générale du Trésor a lancé un emprunt par appel public à l’épargne de 100 milliards de FCFA, ouvert aux personnes physiques et morales, résidentes ou non. Il comprenait une tranche à dix ans rémunérée 6,55 % par an et une tranche à sept ans à 6,35 %. Son résultat définitif n’a pas été retrouvé.
Ceux qui paient sont les contribuables maliens. Les intérêts passent de 245,9 milliards de FCFA en 2026 à 303,3 milliards en 2027 (+23 %), puis à 365,5 milliards en 2028. En additionnant intérêts et capital, le service de la dette atteint 1 573,3 milliards en 2027. Rapporté aux 3 547,3 milliards de recettes, dons compris, inscrits au même tableau, cela fait environ 44 %, selon le calcul de la rédaction.
Chaque franc consacré au service de la dette manque aux dépenses courantes. Allonger les échéances desserre la contrainte de trésorerie, mais reporte aussi des paiements. Et un calendrier d’émissions longues doit trouver preneur : les investisseurs choisissent leurs durées selon le rendement offert et le risque perçu.
Un endettement modéré, un risque de refinancement
La SDMT projette un encours de 7 447 milliards de FCFA fin 2026, soit 38,8 % du produit intérieur brut (PIB), contre 41,8 % fin 2025. C’est loin du plafond de 70 % fixé par l’UEMOA, et le pays reste classé en risque de surendettement « modéré ». Le ministère vise toutefois 45 % du PIB en 2029.
La vulnérabilité est ailleurs. La dette intérieure, 58,7 % de l’encours, a une durée de vie moyenne de 3,2 ans seulement, et 23,8 % arrive à échéance dans l’année. La stratégie retenue veut porter cette durée à 4,1 ans en 2029, en privilégiant les titres de cinq ans et plus et les prêts de la BOAD et du FMI.
Ce qui reste à confirmer
Le pari repose sur deux conditions. Le Trésor doit pouvoir refinancer chaque année plus de 1 200 milliards de FCFA sur le marché régional. Sorti de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2025, le Mali reste membre de l’UEMOA, ce qui lui garde l’accès à ce marché.
Il doit aussi obtenir les financements concessionnels qu’il inscrit dans son plan, y compris ceux du FMI. Le Mali n’a pas aujourd’hui de programme financé avec le Fonds : une mission tenue début octobre 2026 a préparé des discussions sur une facilité élargie de crédit encore à négocier. Tant qu’aucun accord n’est conclu, la part « BOAD/FMI » du plan 2027 reste une hypothèse, et le marché régional devra combler l’écart, au prix le plus élevé.








