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Emprunt obligataire BDEAC : 222 millions $ à 7,88 %

Tour Nabemba et centre de Brazzaville, ville siège de la BDEAC, émettrice de son premier emprunt obligataire BDEAC international

Le premier emprunt obligataire international de la BDEAC a été bouclé le 13 octobre 2026 : 222 millions de dollars, soit environ 130,2 milliards de francs CFA, remboursables en octobre 2029, avec un coupon de 7,88 % par an en euros après couverture de change. Trois semaines plus tôt, Moody’s avait maintenu la note Ba3 de la banque, condition de cette sortie.

La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), installée à Brazzaville, finance les projets des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Ce n’est pas sa première ressource extérieure : elle emprunte déjà auprès de bailleurs. C’est en revanche la première fois qu’elle émet des obligations sur les marchés internationaux de capitaux.

Ce que la BDEAC a annoncé, et ce qu’elle tait

Les termes viennent du communiqué publié par la BDEAC à Brazzaville le 14 octobre 2026. Les titres sont émis en dollars, mais une couverture de change euro-dollar conclue simultanément ramène le coupon à 7,88 % en euros. L’Africa Finance Corporation (AFC) y figure comme « investisseur d’ancrage stratégique », aux côtés d’autres investisseurs qui ne sont pas nommés.

Le président de la banque, Dieudonné Evou Mekou, y voit la preuve de « la confiance croissante des investisseurs internationaux dans ses fondamentaux financiers ». La banque affirme que l’opération accroît de près de 15 % sa surface bilancielle.

Plusieurs paramètres manquent : banques arrangeuses, prix et rendement à l’émission, taille du carnet d’ordres, place de cotation, commissions et coût de la couverture. Aucune source consultée ne permet donc de parler de sursouscription. Le coût complet pour la banque reste inconnu ; seul le coupon est public.

Emprunt obligataire BDEAC : plus cher que la bourse régionale, moins que les États

Sur la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC), la BDEAC emprunte moins cher. Son emprunt de mars 2024 comportait une tranche à trois ans rémunérée 4,70 % net et une tranche à sept ans à 6,20 % net, selon l’avis de cotation n° 032/2024 de la bourse. Ces taux sont nets d’impôt pour l’épargnant : la comparaison est imparfaite, mais l’argent international coûte plus cher que l’épargne régionale.

Face aux États de la zone, l’écart joue en faveur de la banque. Le 19 octobre 2026, le rendement de l’eurobond camerounais 2033 a touché 10,65 % après une dégradation de Fitch. Le 14 octobre, le Gabon a placé 580 millions de dollars à huit ans avec un coupon de 9,375 %. Maturités, devises et natures de taux diffèrent : ces chiffres donnent un ordre de grandeur, pas un écart exact.

Le choix de l’euro compte. Le franc CFA étant arrimé à l’euro par une parité fixe, une dette servie en euros neutralise l’essentiel du risque de change pour une banque qui prête en francs CFA, tant que la parité tient. Les États qui empruntent en dollars sans couverture complète portent, eux, ce risque.

Un marché régional que les Trésors saturent

La sortie s’explique aussi par l’encombrement du marché domestique. Les six États lèvent des montants records sur le marché des titres publics de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), largement souscrits par les banques commerciales. La BDEAC, émetteur régulier de la BVMAC, puise dans ce même réservoir de liquidité.

Lever des dollars à l’extérieur desserre cette contrainte. Les canaux classiques ont montré leurs limites, note l’Agence Ecofin : contributions des actionnaires, prêts de partenaires et emprunts régionaux. Le même 13 octobre, la banque a d’ailleurs signé un prêt distinct de 30 millions d’euros avec la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), à ne pas additionner à l’émission.

Le vrai goulet : décaisser et se faire rembourser

La BDEAC ne manque pas d’abord de ressources. Fin 2025, ses engagements confirmés mais non décaissés atteignaient 666,4 milliards de FCFA, en hausse de 22,7 % sur un an, selon la note 26 de son rapport annuel citée par Business in Cameroon. L’émission en représente environ 19,5 %.

En 2025, la banque n’a décaissé que 18,65 milliards de FCFA pour huit projets, contre un objectif de 373 milliards : un taux d’exécution d’environ 5 %. Les conditions préalables des conventions et l’avancement réel des chantiers pèsent autant que la trésorerie.

Côté remboursements, elle a encaissé 39,65 milliards sur 185,18 milliards facturés, soit environ 21 %, les débiteurs publics représentant 78 % des montants dus. Les États membres portent environ 66 % de l’encours de prêts, et les expositions non performantes s’élevaient encore à 360,15 milliards de FCFA, selon les états financiers 2025 analysés par Ecofin.

À qui profite l’opération ? D’abord aux projets qui attendent leurs fonds, si la liquidité se traduit en décaissements. Le risque, lui, reste circulaire : une banque mieux notée que plusieurs de ses actionnaires souverains dépend, pour se faire rembourser, de ces mêmes États sous tension budgétaire.

Octobre 2029, et des comptes à rendre tous les six mois

L’emprunt fixe un horizon de trois ans. D’ici là, la banque devra faire tourner des prêts souvent plus longs que la dette qui les finance, ce qui suppose une gestion de trésorerie serrée ou un refinancement. Rien ne permet aujourd’hui d’anticiper une difficulté ; l’échéancier détaillé n’est pas public.

La BDEAC s’est engagée à tenir des conférences investisseurs semestrielles et à publier, au même rythme, une présentation sur le soutien des actionnaires, la qualité du portefeuille, le financement et la liquidité. Ces rendez-vous permettront de vérifier si les 222 millions de dollars accélèrent réellement les décaissements prévus par le plan stratégique Azobé 2023-2027, évalué à environ 1 700 milliards de FCFA. Elle vise, à terme, la catégorie « investment grade » chez les agences de notation.

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