Rebranding Africa Forum 2026 23 & 24 octobre 2026 · Bruxelles « Systèmes de santé en Afrique :
Innover pour soigner,
Soigner pour développer. »
Réserver ma place

Lavage des mains : 19 % des Maliens ont eau et savon (EDS)

Dispositif de lavage des mains en Afrique de l'Ouest : seau violet à robinet posé sur un tabouret en bois et seau de récupération

Le Mali a lancé le 23 octobre 2026 sa campagne nationale pour le lavage des mains au savon, avec un message adressé d’abord aux écoliers. Or, selon l’Enquête démographique et de santé (EDS) 2023-2024, seuls 19 % des Maliens disposent chez eux d’un dispositif équipé d’eau et de savon. Le problème n’est pas l’absence d’un endroit pour se laver les mains : c’est ce qui manque dessus.

Une campagne nationale lancée aux portes de Bamako

La cérémonie s’est tenue le vendredi 23 octobre 2026 à Dialakorobougou, dans le cercle de Kati, selon l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP). Elle était présidée par le ministre de la Santé et du Développement social, le Colonel-major Assan Badiallo Touré, en présence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF). La Journée mondiale tombe le 15 octobre ; au Mali, des lancements régionaux ont précédé, à Koulikoro et Bafoulabé le 15 octobre, puis à Dioïla le 21 octobre.

Le thème mondial, « Soyez un héros du lavage des mains », a été décliné en slogan local : « Mes mains propres, ma santé, ma responsabilité ! » Le ministre a évoqué de « nombreux cas de conjonctivite » dans plusieurs foyers du pays, sans chiffre public à ce stade. Le choix d’une école est assumé : « L’enfant qui apprend aujourd’hui à se laver correctement les mains au savon devient demain un adulte qui transmettra cette bonne pratique », a-t-il déclaré.

Lavage des mains au Mali : ce que mesure vraiment le chiffre de 19 %

Le chiffre a été cité par Fosca Giulidori, représentante adjointe de l’UNICEF au Mali. Il provient de l’EDS 2023-2024, réalisée dans le cadre du programme international des enquêtes démographiques et de santé (DHS). Dans cette enquête, l’enquêteur ne demande pas si l’on se lave les mains : il regarde l’endroit prévu à cet effet et note si l’eau et le savon y sont présents au moment de la visite.

Les tableaux de l’enquête, consultés dans la base du programme DHS, donnent la mesure de l’écart. Dans 78,3 % des ménages, un endroit pour se laver les mains a bien été observé. Mais seuls 19,1 % des ménages, soit 19 % de la population, y avaient à la fois de l’eau et du savon. Autrement dit, environ six ménages sur dix ont un seau, une bouilloire ou un robinet prévu pour le geste, sans eau ou sans savon à portée de main.

Ce chiffre ne dit donc pas combien de Maliens se lavent effectivement les mains : il mesure un équipement, ce qui en fait un indicateur de politique publique plutôt qu’un jugement sur les comportements. Le Programme commun OMS/UNICEF de suivi de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (JMP), qui modélise ces données, estimait la part des Maliens disposant d’un service d’hygiène de base à 17,3 % en 2022, selon la série reprise par la Banque mondiale.

Le savon, d’abord une question de revenu

La ventilation de l’EDS montre où se loge le manque. En ville, 29,8 % des habitants disposent d’eau et de savon au point de lavage ; à la campagne, 15,6 %. L’écart est bien plus fort selon le niveau de vie : 4,1 % seulement parmi les 20 % de Maliens les plus pauvres, contre 43,8 % parmi les 20 % les plus aisés, soit un rapport de un à dix.

Ce gradient rappelle que l’hygiène a un coût pour les familles : l’achat du savon, la corvée ou l’achat de l’eau, l’entretien du récipient. Là où l’approvisionnement est irrégulier, la même eau doit servir à boire, à cuisiner et à laver, et le lavage des mains passe après. Une campagne qui s’adresse à la « responsabilité » de chacun touche d’abord ceux qui ont déjà les moyens de l’exercer.

La tendance est positive mais lente. Lors de l’EDS 2018, 14,3 % de la population disposait d’un dispositif avec eau et savon. Le gain est d’environ cinq points en cinq ans : à ce rythme, la majorité des Maliens resterait encore longtemps sans le minimum pour appliquer le geste chez eux.

L’école, maillon choisi par l’État et maillon fragile

Le gouvernement mise sur l’école pour diffuser le geste. Mais selon une étude 2026 de la Cellule de planification et de statistique du secteur de l’éducation, citée par l’UNICEF lors de la cérémonie, 63 % des écoles font face à des ruptures ou à l’absence de dispositifs de lavage des mains, d’eau et de savon. Le ministre a lui-même appelé à y renforcer l’eau et le savon.

Les cérémonies régionales illustrent le décalage entre sensibilisation et équipement. Studio Tamani signale la distribution de plus de 100 kits de lavage des mains aux ménages à Koulikoro le 15 octobre 2026 ; l’AMAP ne mentionne à Dioïla que des démonstrations pratiques. Les communiqués consultés ne font état ni d’enveloppe budgétaire, ni d’objectif chiffré d’équipement.

Installer un seau à robinet est la partie facile. Le remplir chaque jour, racheter le savon et réparer le robinet supposent un budget de fonctionnement que personne ne revendique clairement : l’hygiène se trouve à la croisée des budgets de l’eau, de la santé, de l’éducation et des collectivités. Sans responsable désigné, un dispositif inauguré devient vite un récipient vide.

Un enjeu sanitaire chiffré, des indicateurs à suivre

L’enjeu dépasse le symbole. Selon une estimation de l’OMS publiée le 28 juin 2023 sur des données de 2019, un accès insuffisant à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène a causé au moins 1,4 million de décès dans le monde, dont 356 000 par infections respiratoires aiguës liées à une hygiène des mains insuffisante. Les détails sont dans le communiqué de l’OMS. Le geste reste une barrière de base face aux épidémies, du choléra en RD Congo à Ebola dans les camps de déplacés de l’Ituri.

Le succès de la campagne malienne ne se mesurera pas au nombre de cérémonies. Les indicateurs existent : part des ménages avec eau et savon au point de lavage, part des écoles et des centres de santé équipés en continu, fréquence des ruptures. La prochaine EDS dira si les 19 % de 2023-2024 ont bougé, et surtout si l’écart de un à dix entre ménages pauvres et aisés commence à se refermer.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app