La Chambre de commerce américaine au Cameroun, l’AmCham Cameroun, a un nouveau conseil d’administration présidé par Ella Martin, cadre de Citibank, selon Investir au Cameroun et Business in Cameroon, qui l’ont rapporté le 23 octobre 2026. Elle succède à Laure E. Djoukam, dirigeante de Shekina Invest. La nouvelle présidente arrive au moment où le commerce de biens entre les deux pays atteint déjà 464,9 millions de dollars sur les huit premiers mois de 2026, davantage que sur toute l’année 2025, selon le Bureau du recensement des États-Unis (Census Bureau).
Ce que l’on sait de la nouvelle équipe de l’AmCham Cameroun
Le bureau compte trois membres. La vice-présidence revient à Leah Malla Rackovsky, fondatrice d’Azamra Financial Technologies, qui présidait déjà le comité des technologies émergentes de la chambre. La trésorerie est confiée à Émilie Siewe, qui siégeait au conseil précédent.
Sept administrateurs complètent l’instance : Hélène Dengoue, Richard Fowang, Laure E. Djoukam, Sarada Nya, Alain Nono, John Phipps et Salamatou Bantse. Selon Business in Cameroon, plusieurs viennent du pétrole et du gaz, des télécommunications, des biens de consommation et des services juridiques.
Plusieurs points restent inconnus. Les deux médias ne précisent ni la date de la désignation, ni ses modalités, ni la durée du mandat, ni le poste exact d’Ella Martin chez Citi. Le 24 octobre 2026, la page du conseil sur le site de la chambre affichait encore l’équipe sortante, avec Laure Djoukam comme présidente. La chambre n’avait pas confirmé la nomination à cette date.
La feuille de route annoncée tient en deux lignes : développer les échanges et les investissements entre les deux pays, et améliorer les services aux membres. Investir au Cameroun note qu’elle ne comporte « aucun nouvel objectif chiffré ni calendrier ». Fondée en 1994 et affiliée à la Chambre de commerce des États-Unis, l’AmCham Cameroun revendique une centaine d’entreprises membres.
Pourquoi le profil bancaire compte
Le choix d’une cadre de banque coïncide avec les difficultés que la chambre a elle-même mises sur la table. Le 26 août 2026, elle a organisé à Yaoundé, avec l’ambassade des États-Unis, un forum sur les obstacles rencontrés par les entreprises de la banque, des technologies et de l’agro-industrie. Les opérations de change, l’accès au financement et la réglementation y figuraient en tête.
Ces sujets relèvent directement du métier de Citi. Le groupe est présent au Cameroun depuis 1997, avec des bureaux à Douala et à Yaoundé, et propose aux clients publics et privés gestion de trésorerie, financement du commerce, prêts et conseil, selon son site.
Pour un exportateur camerounais, trouver un client américain ne suffit pas : il faut encaisser le paiement, financer la commande et accéder aux devises.
Le 27 août 2026, une délégation conduite par l’ancien vice-président Guy Honoré Tchente a remis à la Direction générale des impôts des propositions pour la loi de finances 2027 : prévisibilité fiscale, taxe sur la valeur ajoutée (TVA), fiscalité du numérique et incitations à l’investissement. Le texte budgétaire dira ce qui en a été retenu.
Un commerce en hausse, mais étroit
Les séries du Census Bureau sur les échanges de biens avec le Cameroun montrent une relation modeste. En 2025, les États-Unis ont exporté pour 169,3 millions de dollars vers le Cameroun et en ont importé pour 287,3 millions, soit un total de 456,6 millions et un excédent d’environ 118 millions en faveur de Yaoundé.
L’année 2026 change d’échelle. De janvier à août, les importations américaines en provenance du Cameroun atteignent 277,7 millions de dollars et les exportations américaines 187,2 millions, déjà plus que sur l’ensemble de 2025 (calculs de la rédaction). Le seul mois d’avril pèse 99,5 millions côté importations, une concentration déjà relevée dans notre analyse de la hausse de 119 % des exportations camerounaises vers les États-Unis.
Ces montants restent sous le niveau de 2020, quand les importations américaines avaient atteint 470,5 millions de dollars, avant de tomber à 102,1 millions en 2022. La relation repose sur peu de produits : selon le Conseil national des chargeurs du Cameroun, cité par Business in Cameroon, la pâte de cacao arrive en tête, devant le bois scié et le caoutchouc naturel. Des produits bruts ou semi-transformés, dont une faible part de la valeur reste au pays.
L’AGOA toujours fermée au Cameroun
La loi américaine sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA), qui ouvre le marché américain sans droits de douane à de nombreux produits, ne bénéficie plus au Cameroun depuis 2020. Washington avait invoqué des violations des droits humains, selon le Service de recherche du Congrès (CRS). Dans sa note du 14 août 2026, le CRS compte 33 pays éligibles pour 2026, et le Cameroun n’en fait pas partie.
Le dispositif a pourtant été prolongé. Expiré le 30 septembre 2025, il a été rétabli jusqu’au 31 décembre 2026 par la loi de finances fédérale adoptée en février 2026, puis prolongé jusqu’à fin 2028 par une loi signée par le président Donald Trump début septembre 2026, selon la presse sud-africaine et kényane. Aucun retour du Cameroun dans la liste n’a été trouvé dans les sources consultées.
Côté droits de douane, parmi les pays d’Afrique subsaharienne visés depuis le 24 juillet 2026 par de nouveaux droits au titre de la section 301, le CRS ne cite que l’Angola, le Nigeria et l’Afrique du Sud.
Ce qui permettra de juger la présidence d’Ella Martin
Une chambre de commerce n’est ni un ministère ni un guichet de financement. Elle met en relation, défend les intérêts de ses membres et dialogue avec l’administration. Ses membres les plus puissants disposent déjà de juristes et de trésoriers.
Le risque est donc que la relation profite surtout aux groupes déjà intégrés aux circuits internationaux. Les projets évoqués lors du premier dialogue économique Cameroun–États-Unis d’août 2026 restent pour l’essentiel des intentions, sans engagement contraignant rendu public.
Quelques indicateurs diront si la nouvelle équipe change la donne : le nombre de projets d’investissement effectivement lancés, la place des petites et moyennes entreprises camerounaises dans les missions d’affaires, la part de produits transformés dans les exportations vers les États-Unis et le sort réservé aux propositions fiscales dans la loi de finances 2027. Ni la chambre ni sa présidente n’ont encore fixé d’objectif sur ces points.








