Maurice se classe au 9e rang mondial de la liberté économique dans l’édition 2026 du rapport Economic Freedom of the World de l’Institut Fraser, publiée le 6 octobre 2026, avec un score de 7,97 sur 10. L’île est la seule économie africaine du top 10 sur 165 pays et territoires classés. À l’autre bout, sept des dix derniers du classement sont africains.
Liberté économique 2026 : le top 10 africain du Fraser
Le classement repose sur des données de 2024, la dernière année complète disponible selon l’Institut Fraser, un centre de recherche canadien. Il décrit donc l’état des économies il y a près de deux ans : une réforme engagée en 2026 n’y figure pas encore. Au niveau mondial, Hong Kong reste en tête, devant la Suisse, Singapour, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.
Le top 10 africain, selon le classement complet publié par l’Agence Ecofin le 21 octobre 2026, se présente ainsi :
- Maurice, 9e mondial (7,97) ;
- Seychelles, 35e ;
- Cap-Vert, 42e ;
- Gambie, 68e ;
- Botswana, 70e ;
- Rwanda, 76e ;
- Ouganda, 78e ;
- Kenya, 85e ;
- Afrique du Sud, 87e ;
- Maroc, 91e.
Le haut du tableau est dominé par de petites économies ouvertes, souvent insulaires. Selon l’Agence Ecofin, Maurice doit sa note surtout à la stabilité monétaire (9,06) et à la liberté du commerce international (8,76). L’île était 21e dans l’édition 2025, mais l’Institut Fraser révise ses séries d’une année sur l’autre : ce bond ne se lit pas comme un progrès mécanique.
Un milieu resserré, une queue de classement africaine
Entre le Bénin (99e) et Madagascar (109e), onze pays africains occupent onze rangs consécutifs : Sénégal (100e), Namibie, Somalie, Nigeria, Tanzanie, Mozambique, Djibouti, Côte d’Ivoire (107e) et Mauritanie. Quelques centièmes de point y déplacent un pays de plusieurs places. Le Mali est 119e, le Ghana et la Tunisie partagent la 125e place, le Cameroun est 139e et le Gabon 146e.
Les dix derniers rangs mondiaux reviennent au Congo, à l’Égypte, au Malawi, à l’Algérie, à l’Iran, à la Birmanie, à la Libye, au Soudan, au Zimbabwe et au Venezuela, selon le communiqué de l’Institut Fraser. Sept sont africains. Le Zimbabwe (164e) n’est devancé que par le Venezuela. La Guinée équatoriale, l’Érythrée, Sao Tomé-et-Principe et le Soudan du Sud n’apparaissent pas parmi les 50 pays africains classés.
Que mesure l’indice de liberté économique ?
L’indice agrège une quarantaine de variables tirées de sources tierces, notées de 0 à 10 et regroupées en cinq domaines, pondérés à parts égales :
- la taille de l’État : dépenses publiques, transferts et subventions, poids des entreprises publiques, taux marginal supérieur d’imposition ;
- le système juridique et les droits de propriété : indépendance judiciaire, protection de la propriété, exécution des contrats, avec un ajustement pour les inégalités juridiques entre femmes et hommes ;
- la monnaie saine : croissance de la masse monétaire, niveau et instabilité de l’inflation, droit de détenir des comptes en devises ;
- la liberté du commerce international : droits de douane, barrières réglementaires, écart avec le marché noir des changes, contrôles des capitaux ;
- la réglementation : marché du crédit, marché du travail, contraintes administratives sur les entreprises.
Cette construction explique des résultats contre-intuitifs. Un pays en crise sécuritaire peut obtenir une note moyenne s’il intervient peu sur sa monnaie et son commerce : la Somalie est 102e, devant le Nigeria. À l’inverse, un État stable mais très présent dans l’économie, ou soumis à une forte inflation et à des contrôles de change, est pénalisé quelle que soit la qualité de ses services publics.
Ce que le classement ne dit pas
Les auteurs revendiquent une conception libérale classique : leur indice ne fait pas le bilan net des politiques publiques. Un impôt qui finance des écoles ou une route baisse le score comme une dépense improductive. Réduire une formalité inutile et supprimer une protection sociale ou environnementale ne posent pas la même question, mais l’indice ne les distingue pas.
Le lien avec la prospérité est le point le plus débattu. Selon le communiqué de l’Institut Fraser, le quart des pays les plus libres affiche un produit intérieur brut (PIB) par habitant de 65 596 dollars, contre 9 552 dollars pour le quart le moins libre, et une espérance de vie de 81 ans contre 67. Mais il s’agit de moyennes de groupes : rien n’y prouve qu’une hausse du score entraîne la richesse, et des pays riches peuvent aussi s’offrir plus de stabilité monétaire.
Une faiblesse technique touche directement l’Afrique. Plusieurs séries juridiques reposaient sur le rapport Doing Business de la Banque mondiale, arrêté en 2021, et sur l’enquête d’opinion du Forum économique mondial. Faute de mises à jour, certaines valeurs sont estimées ou reconduites, ce qui rend les écarts fins entre pays africains fragiles.
Un classement parmi d’autres
D’autres indicateurs placent aussi Maurice en tête du continent, avec des méthodes différentes. L’Index of Economic Freedom 2026 de la Heritage Foundation, un think tank américain, la classe 21e mondiale et 1re d’Afrique subsaharienne. Le Global Capitalism Index 2025 la met au 48e rang mondial, et le Global Innovation Index 2026 au 50e rang, toujours devant les autres pays africains.
Pour un investisseur ou un entrepreneur de la diaspora, ce palmarès sert de premier filtre, pas de diagnostic. La lecture utile se fait domaine par domaine : stabilité monétaire, exécution des contrats ou barrières douanières ne pèsent pas de la même façon selon qu’un projet vise l’export ou le marché intérieur. Le détail des scores par pays est disponible sur le portail de données de l’Institut Fraser. La prochaine édition, fondée sur les données de 2025, est attendue à l’automne 2027.








